Les assassins de Benhamouda condamnés à la peine capitale par contumace

Une salle d’audience vide et les cinq accusés en fuite

Les assassins de Benhamouda condamnés à la peine capitale par contumace

Le Quotidien d’Oran, 5 janvier 2005

Les cinq terroristes qui ont planifié et exécuté l’assassinat de l’ancien secrétaire général de l’UGTA ont été condamnés, hier, à la peine capitale par contumace par le tribunal d’Alger dans une salle d’audience… vide.

Huit années après l’assassinat d’un des leaders syndicaux et politiques algériens, Abdelhak Benhamouda, le box des accusés du tribunal d’Alger était vide de ses accusés. Djenidid Djamel, Kamli, Sabri, Djamel et Ouahal, les cinq terroristes du FIDA, organisation terroriste dissidente du GIA qui s’était spécialisée dans l’assassinat des intellectuels et des personnalités de la société civile durant les années 90, sont toujours recherchés, probablement morts. Ils devaient répondre par contumace aux chefs d’accusation d’assassinat planifié de Benhamouda, tué sur l’aire du parking de la Maison du peuple de l’UGTA, le matin du 28 janvier 1997. La cour, composée de trois magistrats et de deux jurys, a suivi le réquisitoire du parquet général qui a requis contre ces terroristes «en fuite» la peine capitale. A peine 50 minutes de procès pour une des figures les plus courageuses de la République, comme l’a tristement rappelé Me Miloud Brahimi, avocat de la famille Benhamouda. «Son assassinat est une catastrophe nationale. Benhamouda a voué son existence et est mort pour l’Algérie», en déplorant que l’audience se soit déroulée dans une salle vide. Me Brahimi a fustigé l’indifférence des acteurs politiques et des proches de Benhamouda, notamment la centrale syndicale. «Je trouve inadmissible que l’UGTA ne se soit pas constituée partie civile, alors qu’il (Benhamouda) était leur secrétaire général et était aimé de tous les travailleurs. Je trouve également inexcusable que le RND, dont Benhamouda est le véritable fondateur, ne se soit pas constitué aussi partie civile». Me Brahimi indiquera pour conclure que «si l’UGTA a eu cette indélicatesse envers un de ses symboles, le peuple algérien est la vraie partie civile lors de ce procès».

Notons que les accusés sont recherchés depuis lors mais on considère qu’ils sont probablement morts à l’heure présente. Le FIDA avait déjà ciblé Benhamouda lors d’un attentat en 1993, à la sortie de son domicile de Garidi, à Kouba, auquel il avait échappé. Un de ses frères, commissaire de police, avait été tué à Constantine, sa ville natale, sans pour autant décourager Abdelhak Benhamouda dans sa lutte contre l’intégrisme. Le FIDA, dirigé à l’époque par Abdelkader Seddouki, dit Ahmed Abou El-Fida, Abdennour Kaddour et Mohamed Brahini dit Abou Hammam, avait placé Benhamouda comme un homme à abattre en priorité du fait de ses engagements et convictions politiques, notamment depuis qu’il avait fondé, avec d’autres figures de la société civile, le CNSA, Comité de sauvegarde de l’Algérie, «grâce auquel ce pays est encore debout», dixit Me Brahimi.

Mais le plus frappant dans cette affaire et ce procès Benhamouda, jugé sans la présence des principaux inculpés, est l’attitude digne de la famille de l’ancien SG de l’UGTA. Jamais, depuis l’assassinat revendiqué par le FIDA, la famille Benhamouda n’a fait de déclarations ambiguës ou douté de l’origine et de l’identité des assassins. La famille Benhamouda a toujours refusé de faire des déclarations, préférant se conformer à la justice algérienne et ses décisions, et acceptant la mort de Benhamouda dans la dignité, le courage et le silence.

A l’image du personnage lui-même, dont l’aura a fait un des symboles de la résistance à l’islamisme et à la destruction du pays. Et sur ce plan, sa femme, ses enfants et son frère, avocat, ne méritaient certainement pas que ce procès se déroule dans l’indifférence des uns, l’oubli des autres et une salle vide.

Mounir B. Et M.A.

Pour Rappel :

Medjahed Rachid , 30 ans, étudiant à l’Université d’Alger et demeurant à El Mouradia est arrêté le 12 février 1997 par la sécurité militaire et gardé au secret. Le 23 février il est présenté à la télévision officielle, le visage déformé par la torture et la voix tremblotante comme étant le commanditaire de l’assassinat de Abdelhak Benhamouda. Il fait des « aveux » et « demande » des excuses à la famille de la victime. Les parents de Rachid ne sauront jamais son lieu de détention. Début mars, l’un des parents ira au tribunal de Sidi M’Hamed (Alger) pour demander à tout hasard un permis de communiquer pour pouvoir rendre visite à son fils. Sa surprise fut grande quand le magistrat lui répondit que Rachid Medjahed était mort le 26 février en détention soit trois jours après son passage (théorique) à la TV, se basant sur un PV de police établi au Commissariat de la rue Debbih Chérif (Casbah). Un avocat de la famille confirmera le décès. Le 2 avril, le père de la victime est convoqué par la police de son quartier pour se rendre à la morgue de l’hôpital Frantz Fanon de Blida afin d’identifier le cadavre de son fils et ce, après qu’un large tapage médiatique fut entrepris par les organisations internationales des droits de l’homme. Le corps de Rachid présentait des orifices de balles au niveau du cou, du thorax et des membres inférieurs. Le cadavre avait été ramené par des hommes de la protection civile de Blida qui l’avaient retrouvé dans la rue. Le père ne fut pas autorisé à enterrer son fils. Il sera enterré sous la forme d’X Algérien. Un certificat de décès daté du 3 avril et signé par un médecin légiste de cet hôpital sera délivré au père.
Source: Algeria-Watch et Salah-Eddine Sidhoum: 1100 Exécutions sommaires
http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1100_executions/1100_executions_M.htm

et
Le cas de Rachid Medjahed