Des sinistrés du séisme de 2003 attendent toujours leur relogement

Des manifestations continuent d’être organisées à Boumerdès

Des sinistrés du séisme de 2003 attendent toujours leur relogement

El Watan, 16 janvier 2010

Six ans après la catastrophe, des sinistrés du séisme de mai 2003 manifestent encore pour réclamer leur relogement.

Ceux de la cité des 1200 Logements de Boumerdès, une cité où l’on avait enregistré le plus grand nombre de décès suite à ce cataclysme, sont redescendus jeudi dernier dans la rue, 7 jours seulement après leur dernière manifestation, pour réclamer le parachèvement des travaux de construction de leurs habitations à la cité Ibn Khaldoun, dans la ville de Boumerdès. En effet, ils étaient des dizaines à se rassembler durant la matinée devant le siège de la wilaya, bloquant la circulation automobile sur la rue longeant cette institution, pendant plus de deux heures. Les manifestants voulaient voir le wali pour lui exprimer leur « ras-le-bol et lui demander d’intervenir pour mettre fin à notre attente qui dure maintenant depuis plus de six ans », nous a-t-on dit sur place. Après maintes tentatives de dissuasion de la part du service d’ordre mobilisé sur les lieux, leur disant que le wali n’était pas là, une délégation représentant les protestataires a été reçue vers midi par le chef de cabinet du wali.

Ce dernier leur a donné rendez-vous avec le premier responsable de la wilaya, en présence de représentants des différents services concernés pour le milieu de cette semaine. « Il y aurait même un responsable du ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme », nous a affirmé un membre de ladite délégation. A l’issue de cette action, les manifestants se sont dispersés dans le calme mais la colère était visible sur leur visage. Ces sinistrés ont opté, pour rappel, pour l’option « reconstruction » qui leur permet de bénéficier d’une aide de l’Etat d’une valeur d’un million de dinars. Le reste du coût du projet étant à leur charge. Leur projet a connu d’abord des blocages bureaucratiques relatifs à la formule de vente sur plan que les concernés refusaient. Par la suite, ils ont été confrontés à des problèmes financiers. Tous ne peuvent pas apporter leur contribution pour permettre au maître de l’ouvrage délégué (OPGI) de parachever les travaux. Ceci pénalise les citoyens qui se sont acquittés de tous les frais car il suffit d’un cas de blocage pour que tout le projet s’arrête. « Nous exigeons de l’Etat des solutions. Nous ne voulons pas être pris en otages par des bénéficiaires qui n’arrivent pas à payer. Avec le temps, d’autres problèmes ont apparu : il y a même des bénéficiaires qui sont décédés depuis et maintenant nous avons des problèmes avec leurs héritiers. Ce n’est pas normal, il faut que l’Etat réagisse », nous dit l’un d’entre eux.

A rappeler que suite au recensement des pertes provoquées par le séisme, l’Etat a lancé un programme de reconstruction de 8000 logements et il a dégagé 3850 aides à la reconstruction dont 2079 en type individuel et 1771 en collectif (coopératives). Mais un bon nombre parmi ces derniers changeront d’avis suite aux obstacles rencontrés sur le terrain. Théoriquement « tous les sinistrés ont été relogés » car toutes les aides prévues ont été versées, il reste quand même un important nombre de cas qui ne le sont pas encore. Des retards dans la réalisation des projets de reconstruction à Thénia, Bordj Menaïel, Cap Djinet, les Issers, Dellys, Taourga et Baghlia ont fait que des citoyens restent encore dans les chalets depuis 2003. Il y a 2 mois environ, la wilaya de Boumerdès nous affirmait qu’il restait environ 5% du nombre global des sinistrés à reloger, soit quelque 600 familles, qui doivent être en vérité plus nombreux. Et là, il nous a fallu un mois environ pour avoir la réponse à notre demande de renseignement à ce sujet. A Thenia, il aura fallu attendre cette année pour que les 250 logements inscrits au profit des sinistrés de cette commune soient réceptionnés. Dernièrement, l’administration a mené dans l’opacité absolue l’opération de distribution des logements. Même les responsables élus de la commune n’étaient pas associés à l’opération. Ce n’est pas uniquement à Thenia qu’on a enregistré des retards énormes dans la réalisation des logements : à Taourga et Baghlia, les travaux n’ont même pas démarré. Les autorités considèrent que l’opération est presque close parce que les citoyens qui ne sont pas encore relogés « refusent d’aller dans d’autres communes, là où il y a un excédent de logements ». Et les citoyens concernés répondent qu’on ne devrait nullement les obliger à aller ailleurs : « On a inscrit des programmes de logements pour nos communes respectives, là où nous habitions, il n’y a pas de raison à ce qu’ils ne soient pas réalisés ». Et il s’avère que l’administration a construit plus de logements qu’il n’en fallait dans quelques communes, comme à Ouled Moussa où on a réalisé 1700 unités. Beaucoup de logements demeurent à ce jour fermés, et ce, depuis leur réception il y a trois ans. L’ex-wali de Boumerdès a même parlé d’un surplus qu’on devait verser dans le chapitre social, mais, aujourd’hui personne ne sait ce que sont devenus ces logements. Comme personne ne connaît la liste des bénéficiaires des habitations de la cité des 800 Logements de la Sablière, au bord de la mer, à Boumerdès. « Elle était destinée aux sinistrés, mais je défie les autorités de rendre publique la liste des bénéficiaires », lance un habitant. Ceci, pendant que se pose encore le problème des « fiches éclatées », c’est-à-dire des fiches contenant plus d’une famille résidant sous le même toit quand s’est produit le séisme. Les autorités ont décidé de ne reloger que le propriétaire (c’est le père généralement).

Il se pose encore le problème des citoyens qui étaient locataires chez des particuliers. Il y a un mois environ, quelques dizaines de sinistrés de cette catégorie ont fermé le siège de la daïra de Boumerdès pour protester à leur tour. Il reste en outre des citoyens qui occupaient des logements de fonction, comme dans l’éducation par exemple. Ceux-ci n’étaient pas des propriétaires et ils sont par conséquent exclus des aides destinées aux sinistrés. Des sinistrés de l’est (Bordj Menaïel, Issers, Chabet) reviennent cycliquement devant le siège de la wilaya pour protester contre le non-versement des aides au loyer. « Où est passé notre argent ? », s’interrogent-ils. C’est dire que la gestion de l’après-séisme n’a pas été une réussite totale pour l’Etat en général et l’administration locale en particulier. Ces six années ont révélé toute l’inconséquence du système de gestion dans notre pays tant des projets entiers n’ont pas pu être réalisés à cause de problèmes bureaucratiques : « absence » de terrains, nature juridique des assiettes foncières, lenteur dans le transfert des lots à bâtir… Ceci a fait que tous les sinistrés n’ont pas été relogés dans les délais malgré l’injection de l’équivalent d’un milliard de dollars dans le programme de la reconstruction. Ils continuent d’habiter dans des chalets.

Par Kamel Omar