La CIA a une « alliance base » à Alger

La CIA a une « alliance base » à Alger

La coopération entre les services s’intensifie

El Watan, 6 juillet 2005

Octobre 2001. Un officier des services algériens explique calmement, dans un cadre officieux, la valeur ajoutée que peut apporter l’expertise algérienne en matière de lutte internationale antiterroriste.

Il explique que les Algériens n’ont cessé depuis des années d’avertir les gouvernements et les services occidentaux sur la nature transfrontalière du terrorisme. L’officier, qui a été engagé pendant une grande partie des dix dernières années dans le combat sur le terrain du renseignements, espère que « les Américains et les Européens réalisent des avancées concrètes dans le cadre d’une coopération durable et non conjoncturelle ». « Qu’ils nous communiquent les photos satellites des maquis terroristes, c’est la priorité », dit-il pour illustrer les besoins immédiats des forces algériennes. Depuis, les choses ont changé. Il y eut surtout les attentats du 11 septembre 2001 et le lancement de la « global war » contre le terrorisme, décentralisant les efforts de lutte de Washington à Melbourne. Les Algériens ont senti alors qu’ils n’étaient plus seuls. Et lorsqu’au début 2003, une délégation du FBI, de la CIA et de la NSA (chargée, entre autres, de l’intelligence satellitaire) a effectué une visite secrète à Alger pour rencontrer des hauts cadres de l’armée et des services, l’attitude américaine de coopération à commencé à transformer les vœux en « avancées concrètes ». L’existence, révélée lundi 4 juillet 2005 par le Washington Post, d’un centre secret de renseignement algéro-américain, Alliance Base, semble s’inscrire dans la reconnaissance de l’Administration US du rôle de l’Algérie en tant que « leader régional agressif » au sein de la coalition mondiale de l’antiterrorisme comme le notait le rapport 2003 du département d’Etat sur le terrorisme dans le monde. L’acte culminant de cette reconnaissance demeure les séries de manœuvres militaires conjointes (Flintlock 2005 au Sud) et, sur le plan politique également, la visite du général-major Ahmed Senhadji, secrétaire général du ministère de la Défense, au Pentagone en mai 2005. A rappeler également la visite à Alger, en juin 2005, du général US James L. Jones, commandant suprême des forces américaines en Europe (Eucom) ainsi que celle, en octobre 2004, du coordinateur du bureau de lutte contre le terrorisme au département d’Etat, Coffer Black, ancien directeur de la CIA, et celle du général Charles F. Wald, commandant adjoint des forces américaines en Europe en septembre 2003. Reconnaissance reconfirmée par le président George Bush dans son message au président Abdelaziz Bouteflika à l’occasion du la fête de l’Indépendance algérienne du 5 Juillet. « L’Amérique continue de compter sur l’Algérie en sa qualité de partenaire de grande valeur dans la lutte contre le terrorisme et dans notre objectif commun de promouvoir la démocratie et la prospérité dans votre région ainsi que de par le monde », a écrit le chef de la Maison-Blanche. « Mon espoir demeure que nous puissions œuvrer ensemble pour la consolidation de cette coopération afin d’améliorer les relations entre les pays du Maghreb », a ajouté George Bush. De son côté, Abdelaziz Bouteflika a écrit à son homologue américain à l’occasion de la fête nationale du 4 Juillet. « Il y a 210 ans, le Traité d’Alger, signé entre l’Algérie et les Etats-Unis d’Amérique, traduisait déjà notre aspiration commune à l’entente, à l’amitié et à la coopération ainsi que notre attachement commun aux valeurs de liberté et de justice », a écrit Abdelaziz Bouteflika. Les relations algéro-américaines, a ajouté le Président algérien, « sont aujourd’hui fondées sur ces mêmes valeurs et portées par ces mêmes aspirations ». Loin des échanges protocolaires, les réunions d’experts et de responsables des services de renseignements et de sécurité, tenues à Alger et ailleurs depuis trois ans dans le cadre de la coopération mondiale antiterroriste, ont reconnu le statut de l’expérience algérienne en pole position de l’offensive. L’expertise algérienne tient en une formule : l’appareil militaire et la communauté des services ont mué en dix ans en complexe opérationnel hautement encadré. La chaîne de commandement héritée des organigrammes des armées soviétiques a été progressivement poussée vers une meilleure souplesse de mobilisation des unités de combat d’infanterie avec l’appui, en amont, des centres de renseignements militaires, et en aval, par une décentralisation des forces spéciales et la rénovation du matériel de la lutte, notamment l’introduction et l’adaptation des blindés légers. Les services de sécurité ont également investi le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent du terrorisme et les réseaux internationaux tout en réactualisant leur modus operandi global selon les développements inhérents à la gestion politique du phénomène de la violence. Les Américains ont noté l’élaboration par l’Algérie de dispositif législatif criminalisant le blanchiment d’argent et la création d’une unité de renseignement financier. En outre, l’Algérie tient à jouer son rôle de pays pivot dans la région du Maghreb, malgré les difficultés rencontrées dans ses relations avec le Maroc et les questions « sécuritaires » que pose le conflit au Sahara-Occidental, récemment soulevées par le chef de l’Etat. Mais aussi un rôle aux niveaux arabe, méditerranéen et africain. Dans le rapport 2005 sur le terrorisme mondial, le département d’Etat a noté le souci de Abdelaziz Bouteflika de présider, en octobre 2004, la conférence africaine sur la lutte contre le terrorisme et la création du Centre de l’Union africaine pour l’étude et la recherche sur le terrorisme. Les Etats-Unis ont décidé, en avril 2005, de débourser jusqu’à 60 millions de dollars par an pour la mise en œuvre de leur nouvelle initiative de lutte contre le terrorisme au Maghreb et dans les pays du Sahel.

Adlène Meddi