Algérie : le président Bouteflika s’est fait plébisciter

Reportage

Algérie : le président Bouteflika s’est fait plébisciter

LE MONDE | 10.04.09 , ALGER ENVOYÉE SPÉCIALE

Abdelaziz Bouteflika, 72 ans, souhaitait pour son troisième mandat une victoire en forme de plébiscite. Son voeu a été exaucé. Jeudi 9 avril, le chef de l’Etat sortant a emporté entre 85 % et 90 % des suffrages, selon son entourage. Ce chiffre devait être affiné et officialisé par le ministre de l’intérieur, Yazid Zerhouni, lors d’une conférence de presse, vendredi 10 avril en fin de matinée, à Alger.

Le taux de participation – l’unique enjeu de cette élection considérée comme gagnée d’avance – a été annoncé dès la fermeture des bureaux de vote, jeudi soir. Il est de 74 %, d’après le ministère de l’intérieur. Largement supérieur aux 58 % de participation de la présidentielle de 2004, ce score sera sans doute dénoncé avec vigueur par l’opposition, en particulier le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), deux partis qui avaient appelé au boycottage.

Dans cette élection sans passion, une femme, Louisa Hanoune, dirigeante du Parti des travailleurs (PT, trotskiste) arrive en seconde position, loin derrière M. Bouteflika. Elle devrait obtenir de 4 % à 6 % des voix. Les quatre autres concurrents en lice se partageront les miettes.

Toute la soirée de jeudi, Alger a retenti des cris de joie des partisans du vainqueur, descendus dans la rue sans attendre la proclamation des résultats officiels. Des centaines de jeunes, mobilisés pour l’occasion, ont sillonné la capitale à bord de cortèges automobiles, Klaxons bloqués, en agitant le drapeau algérien.

C’est à la jeunesse – 70 % de la population algérienne a moins de 30 ans – que le président Bouteflika va devoir tenter de rendre espoir pendant son troisième mandat. Le chef de l’Etat a promis un nouveau plan de développement de 150 milliards de dollars (114 milliards d’euros) sur cinq ans, la création de trois millions d’emplois et la construction d’un million de logements. Ces engagements ont créé une forte attente. Car le chômage des jeunes (de l’ordre de 25 %), les emplois précaires et mal payés et la pénurie de logement restent les fléaux de l’Algérie.

TENTATION DU REPLI

La dépendance de l’économie aux hydrocarbures va demeurer le souci de ce nouveau quinquennat. Aucune alternative n’a encore été trouvée. Les investissements directs étrangers restent limités, ce qui crée incompréhension et ressentiment dans le pays. Mais le problème du foncier, la part excessive de l’économie informelle et les règles du jeu jamais garanties expliquent en bonne partie les hésitations des investisseurs étrangers.

L’agriculture, quant à elle, n’a pas donné les résultats espérés, en dépit d’un coûteux programme de soutien lancé en 2000. L’industrie en est encore au stade de la réflexion stratégique. Quant aux services – tourisme, banques, économie numérique -, ils peinent à décoller ou à se maintenir.

Tous les observateurs le notent : dans le contexte actuel de crise internationale, l’Algérie est fortement tentée par le repli. Pour convaincre le patronat, le syndicat UGTA et la kyrielle d’associations qui maillent le pays de le maintenir au pouvoir, le président Bouteflika n’a pas hésité à flatter l’électorat nationaliste. Les entreprises étrangères, accusées de profiter de la situation sans contreparties, se sont vu rappeler à l’ordre par une série de mesures (en particulier l’obligation d’intégrer des capitaux algériens à hauteur de 30 % ou 51 %). L’heure est désormais à la préférence nationale.

Dans le domaine politique, aucun changement majeur ne semble se profiler à l’horizon. Un référendum, qui porterait sur une nouvelle amnistie générale pour les islamistes, est envisagé. Le président Bouteflika a évoqué cette hypothèse à plusieurs reprises pendant la campagne électorale. La réconciliation nationale reste son souci quasi obsessionnel. Mais le dernier groupe armé en activité, Al-Qaida au Maghreb islamique (ex-GSPC), a déjà fait savoir qu’il rejetait la main tendue par le pouvoir. La lutte contre les groupes armés risque donc de se poursuivre et la crainte des attentats-suicides va perdurer.

Une ouverture démocratique est improbable. Le régime va continuer à contrôler le champ politique en le verrouillant. La liberté d’expression devrait se restreindre. De multiples indices l’attestent. Fait nouveau : la population hésite désormais à parler librement.

Reste une incertitude majeure : M. Bouteflika, 72 ans, ira-t-il jusqu’au bout de son mandat ? Il est considéré comme indécent, à Alger, de poser la question. Officiellement, le président s’est remis de ses ennuis de santé. Il est vrai que, pendant les trois semaines de la campagne électorale, il a fait preuve d’une énergie étonnante. Pourtant, la question hante les esprits. « En cas de problème, qui prendra la relève ? Et surtout, pour combien de temps ? », se demandent avec inquiétude les Algériens. Une chose est sûre : la réforme de la Constitution, à l’automne 2008, a ouvert la voie à la présidence à vie.

Florence Beaugé (avec Amir Akef)

Président depuis dix ans

1963-1978
Ministre des affaires étrangères.

1981
Se retire de la politique.

1989
Intègre le comité central du Front de libération nationale (FLN).

15 avril 1999
Elu président de la République, il fait adopter une loi de « réconciliation nationale » pour mettre fin aux violences.

8 avril 2004
Réélu président.

9 avril 2009
Elu pour un troisième mandat après la modification de la Constitution en 2008.