Des proches de Zendjabil écroués

Parquet d’Oran

Des proches de Zendjabil écroués

El Watan, 1er octobre 2012

L’enquête préliminaire des services de la Gendarmerie nationale sur l’admission de Ahmed Zendjabil, l’un des plus grands barons de la drogue en Algérie, dans une clinique privée, le retrait de son corps après son décès et son transport jusqu’à Chlef, a été clôturée hier avec la présentation au parquet d’Oran de trois personnes.

Il s’agit du fils de Zendjabil, de son gendre et d’un membre de la famille de son épouse, qui l’auraient évacué vers la clinique à la suite du malaise cardiaque dont il souffrait. Les trois individus ont été placés sous mandat de dépôt, alors qu’une autre enquête plus approfondie sur Zendjabil – ses activités, ses déplacements et ses biens – vient juste d’être ouverte. Peut-on croire que les personnes arrêtées puissent apporter une quelconque explication à l’énigmatique situation de Zendjabil ? On n’en sait rien. Mais Quelques proches de ce dernier lèvent le voile sur une partie très infime de son parcours.

Selon eux, Zendjabil, ou Chelfaoui, a basculé dans la clandestinité après la diffusion par Interpol, en juillet 1999, d’un mandat d’arrêt international. Auparavant un ordre d’arrestation avait été émis sous le nom de Cheikh Ahmed, après l’interception par la police française d’une cargaison de cannabis à Marseille. Tapis dans les rouages de l’administration et des services de sécurité, ses complices l’avaient toujours protégé et évité que sa vraie identité soit révélée. Mais en juillet 1999, à la suite de deux autres opérations de récupération, en avril 1999, de 9 quintaux de kif, et au mois de mai de 6 autres quintaux au port d’Oran, devant être exportés vers Marseille, que le vrai nom de Zendjabil est cette fois-ci porté sur un mandat d’arrêt international. Grâce à ses complices, il efface toute trace de son état civil à Oran et à Chlef, et quitte le pays à destination de la Belgique, via le Maroc.

Mais avant, il place Ghorfati Fethi, un de ses adjoints, à la tête de l’organisation. Le 22 février 2001, une cargaison de cocaïne dissimulée dans un camion frigorifique contenant 15 tonnes de beurre acheminées du port d’Anvers, en Belgique, accoste à Oran. Le chargement disparaîtra et ce sont les douaniers qui avaient découvert le pot aux roses qui feront par la suite l’objet d’une poursuite judiciaire pour une affaire montée de toutes pièces contre eux. Celui qui conduisait le camion n’était autre que le chauffeur occasionnel de Zendjabil.
Quelque temps après, Ghorfati est arrêté, mais pas pour longtemps.

En septembre 2002, ses complices l’aident à s’enfuir du tribunal d’Es Senia, où il devait être présenté (dans notre article de l’édition du jeudi, une mauvaise manipulation a provoqué la disparition de deux phrases, dénaturant ainsi l’article. En fait, c’est Ghorfati qui a été arrêté et par la suite a pris la fuite et non pas Zendjabil). Après cette fuite organisée, Ghorfati se réfugie à Alger. Sa cabale prend fin avec son arrestation dans la capitale à la suite d’une dénonciation.

C’était en août 2003. De la Belgique, Zendjabil le fait remplacer par un autre trafiquant notoire, connu sous le sobriquet de Pascal (parce qu’il était spécialisé dans le trafic de devises) et maîtrise également l’art de la confection des vraies pièces d’identité. Il s’agit en fait de Arabat Ziane Abdelkader. Celui qui a réussi à établir un passeport, un permis de conduire et une carte d’identité à Ghorfati alors qu’il se trouvait en prison. «Pascal gérera l’organisation de Zendjabil durant quelque temps avant qu’il ne s’envole, lui également, avec de fausses pièces d’identité, vers la France. En 2006, à la faveur de la charte portant réconciliation nationale, Zendjabil décide de rentrer en Algérie, en espérant profiter des dispositions de cette loi. Dès son arrivée à l’aéroport d’Alger, il déclare avoir financé les groupes terroristes, et à ce titre, il fait valoir son droit à une amnistie et négocie son statut.

C’était le 3 juillet 2006. Les membres de sa famille l’accompagnent dans cette opération et lui rendent visite tout au long de sa présence au siège de la 1re Région militaire, où il était briefé quotidiennement. Ses révélations sont explosives. Il dévoile ses nombreux parrains qui se comptaient parmi les plus hautes autorités militaires et civiles de l’Oranie, mais aussi ses relais au Maroc, en Belgique, en Espagne et en France. Il met fin à 25 ans d’activité mafieuse ayant des ramifications à travers tout le territoire national, mais également au Niger, au Mali, au Tchad, en Tunisie, en Libye, en Egypte et en Europe, notamment l’Espagne, la France et la Belgique. En contrepartie de ces informations, Zendjabil aurait demandé à être protégé. Après un court séjour à Chlef, il craint pour sa vie et demande à être transféré ailleurs. C’est à Mascara qu’il sera placé sous résidence surveillée, avec une fausse identité et ne fréquente que les membres de sa famille les plus proches. Mais il n’y restera pas longtemps.

Comment et dans quelles conditions a-t-il quitté cette résidence pourtant surveillée ? Personne n’a pu apporter une explication. Une crise d’appendicite le fait sortir de sa tanière. Il se fait opérer à Chlef, sa wilaya d’origine, quelques jours plus tard, il est victime d’un malaise cardiaque. En l’absence de cliniques spécialisées, c’est à Oran qu’il a été admis en urgence le 23 septembre dernier. Mais son cas était désespéré. Il décède le jour même de son admission en emportant avec lui tous les secrets divulgués aux responsables de la 1re Région militaire.

Questions : quelle orientation va avoir l’enquête de la Gendarmerie nationale sachant que Zendjabil s’était rendu en 2006 et qu’il avait négocié un statut particulier ? Pourra-t-on parler de non-dénonciation de criminels ? Les réponses sont difficiles à trouver en l’état actuel de l’enquête.

Salima Tlemçani