Disparitions forcées  
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Nom : Fahassi

Prénom : Djamal-Eddine

Date de naissance (ou âge)  : 11 février 1954

Etat-civil   : Marié

Nombre d'enfants : 01

Profession : Journaliste

Adresse : El Harrach (Alger).

Date de l'arrestation : 06 mai 1995

Heure :

Lieu de l'arrestation : dans la rue

Agents responsables de l'arrestation : Sécurité militaire

Résumé des faits : Citoyen âgé de 41 ans, journaliste à la radio, marié et père d'un enfant demeurant à El Harrach, Alger, est kidnappé par la SM le 6 mai 1995 à El Harrach, près de l'Institut d'agronomie par quatre hommes armés et munis de talkies-walkies venus à bord de deux véhicules banalisés. Un détenu, libéré a déclaré formellement avoir vu en juin 1995, ce journaliste au centre de la sécurité militaire de Châteauneuf. D'autres témoignages concordants confirmeront ces dires. Il est à noter qu'il fut précédemment condamné en 1991 à trois mois de prison par le tribunal de Blida pour diffamation puis déporté durant un mois et demi au camp de concentration de Aïn Salah en 1992. Les multiples démarches de son épouse resteront vaines quant à son sort.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • Centre de la SM de Châteauneuf

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès du procureur de la République
  • Lettres aux différentes ONG internationales des droits de l'Homme
  • Lettres aux autorités politiques restées sans suites

Observations :

  • Condamné en 1991 à trois mois de prison pour diffamation par le tribunal militaire de Blida
  • Déporté en 1992 au camp de concentration d'Aïn Salah

Témoignage de la famille   :

Extrait du rapport de Reporters sans frontières du 5 février 20101

Journaliste pour la Chaîne 3 de la radio d'Etat, un programme en français, Djamil Fahassi est traduit, le 16 décembre 1991, devant le tribunal militaire de Blida. Il est accusé de " diffamation ", " atteinte à corps constitué " et " diffusion d'informations tendancieuses portant atteinte à la sûreté de l'Etat et à l'unité nationale ". On lui reproche un article, publié dans El Forkane, hebdomadaire francophone du Front islamique du salut (FIS), intitulé " Beni Mered, la barbarie est passée par là " sur la répression d'une manifestation du FIS par l'armée. Il est condamné, le 1er janvier 1992, à un an de prison avec sursis. Il a déjà passé six mois en détention.

Le 17 février 1992, il est convoqué à la gendarmerie pour interrogatoire. Pendant plus d'un mois, on sera sans nouvelles de lui. Lors d'une réunion de l'Association des journalistes algériens (AJA), en février, un débat houleux oppose ceux qui veulent soutenir le journaliste et ceux qui déclarent qu'il n'est pas question de " prendre la défense d'un intégriste islamiste qui n'a que ce qu'il mérite ". Au terme d'une longue discussion, il est décidé de demander des explications au ministre de la Culture et de la Communication. Celui-ci explique alors que le journaliste est incarcéré au centre de sûreté d'Aïn Salah, l'un des centres de détention pour islamistes du Sahara. Djamil Fahassi ne refait surface que le 29 mars 1992, date à laquelle la radio nationale annonce sa libération. " A son retour, Djamil est à nouveau sous pression " raconte un ancien collègue qui précise que le journaliste était victime d'un véritable harcèlement psychologique de la part du rédacteur en chef de l'époque, Chadli Boufaroua. " Evidemment, il lui reprochait d'être un sympatisant du FIS. Mais Djamil ne s'en cachait pas, même s'il restait discret. Djamil assumait simplement ses opinions ", ajoute l'ancien collaborateur de Djamil. Petit à petit, le journaliste est marginalisé au sein de sa rédaction. Au mois d'avril 1995, il prend un congé sans solde de six mois. Il tentera alors, en vain, de se rendre en Allemagne chez son frère. L'invitation dont il a besoin ne parviendra qu'après sa " disparition ". " Notre courrier était bloqué " affirme aujourd'hui son épouse.

Le 6 mai 1995, comme plusieurs fois par semaine, Djamil Fahassi se rend chez un ami, restaurateur dans le quartier d'El Harrach, à Alger. Le journaliste y va à pied : son domicile n'est pas très loin. Le restaurant est situé rue Nourreddin Houmiri, à environ 100 mètres de la prison d'El Harrach. Djamil Fahassi arrive sur les lieux aux environs de midi. Vers 14 heures, son ami lui demande s'il veut l'accompagner acheter un mouton. Djamil s'excuse : il doit aller s'occuper de son bébé à la maison. Il quittera le restaurant une heure plus tard. A l'angle de la rue Nourreddin Houmiri, deux hommes en civil sortent d'une Peugeot 205 et le forcent à monter dans leur véhicule. Selon des témoins, la voiture l'attendait depuis plusieurs heures. Toujours selon ces mêmes personnes, le véhicule a pu franchir, sans difficulté, un barrage de police, situé tout près de la prison d'El Harrach. D'autres habitants du quartier affirment que le journaliste était suivi depuis plusieurs jours.

Le lendemain, son épouse porte plainte auprès du commissariat. Elle contacte l'Agence France-Presse pour l'informer de la disparition. Suite à une dépêche de l'agence, la direction de la radio appelle Mme Fahassi et lui demande pourquoi elle fait tant de " tapage médiatique ".

Le 10 octobre 1995, le quotidien Horizons affirme que Djamil Fahassi est vivant et qu'" il coule des jours heureux de l'autre côté de la Méditerranée " : une journaliste de la Chaîne 3 affirme que Djamil a appelé la rédaction, sans se présenter, mais qu'elle a reconnu sa voix. Il lui aurait affirmé qu'il ne fallait plus le chercher. Selon un ancien collègue, " la thèse du départ à l'étranger ne tient pas debout. Djamil, à ce moment-là, n'avait pas d'argent. Il était en congé sans solde. Il était contraint de piger. Et puis il était complètement gaga de sa petite fille et pour rien au monde il ne l'aurait quittée. " La dernière pige de Djamil Fahassi est parue dans l'hebdomadaire La Nation, après sa " disparition ". L'article intitulé " La mort pour mériter la paix " était consacré à la question des " disparus ".

L'épouse de Djamil Fahassi est convoquée, en mai, une première fois, par le commissariat de son quartier, à la suite du dépôt d'une plainte auprès du procureur. Elle sera convoquée à nouveau après qu'Amnesty International a adressé une demande d'information à l'ONDH. Et la gendarmerie d'El-Harrach entendra Mme Fahassi à deux reprises : une première fois en 1998 et une seconde, en août 2000, à la suite d'une mission de Reporters sans frontières. Ces interrogatoires ne durent pas plus d'une heure. Aucun autre membre de la famille du journaliste, aucun de ses amis, aucun de ses collègues de travail ne sera entendu dans le cadre de l'enquête.

Pourtant, selon le ministère de la Justice, cette affaire a donné lieu à une enquête préliminaire et serait en cours d'instruction devant le tribunal d'Alger. Pour l'ONDH, citant la gendarmerie nationale, Djamil Fahassi n'a fait l'objet " ni d'une interpellation, ni d'une arrestation ". Seuls éléments nouveaux depuis sa " disparition " : une semaine après l'enlèvement du journaliste, son épouse reçoit un appel téléphonique d'un homme qui affirme avoir été détenu avec Djamil (elle affirme que son interlocuteur lui a donné des détails sur sa vie privée que seul son mari pouvait connaître). En juillet 1995, l'hebdomadaire La Nation reçoit une lettre anonyme qui explique que Djamil Fahassi a été vu, à plusieurs reprises, et " très récemment " au centre de détention de Châteauneuf. Enfin, en juillet 1999, un ancien prisonnier affirme à une amie de la famille qu'" en 1997, [il était] avec le journaliste Djamil Fahassi de la Chaîne 3 en prison ".

Voir aussi: Troubles révélations sur le sort de Djamil Fahassi

 
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