Disparitions forcées  
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Nom : Djebrouni

Prénom : Kamel

Date de naissance (ou âge)  : 10 juillet 1963

Etat-civil   : célibataire

Nombre d'enfants :

Profession : Taxieur

Adresse : Place du 1 er mai, Alger

Date de l'arrestation : 20 novembre 1994

Heure : 2 heures

Lieu de l'arrestation : Domicile

Agents responsables de l'arrestation : Militaires

Résumé des faits : Citoyen âgé de 31 ans, marié, taxieur, demeurant place du 1er mai (Alger), a été arrêté à son domicile le 20 novembre 1994 à 2h du matin par des militaires cagoulés. Selon le témoignage de la famille, un témoin aurait été détenu avec lui en janvier 1995 en un lieu secret qu'il n'est pas arrivé à localiser.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • N'a jamais pu être localisé par sa famille.

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès du tribunal de Sidi M'Hamed.
  • Lettres aux autorités politiques et à l'ONDH, sans suites.

Observations :

Témoignage de la famille   : (La mère)

Un militaire me répondit qu'ils en avaient juste pour quelques minutes avec lui

Alger, 15 septembre 1998

J'ai l'honneur de venir par la présente vous demander de bien vouloir m'aider à retrouver mon fils DJEBROUNI Kamel arrêté par les forces de l'ordre la nuit du samedi 19 au dimanche 20 novembre 1994 et dont je suis sans aucune nouvelle depuis.

En effet le dimanche 20 novembre 1994 à 2hO0 du matin des hommes armés, habillés de tenues militaires et cagoulés se sont présentés à mon domicile (...).

Après avoir sonné à plusieurs reprises à la porte, nous nous sommes réveillés mes trois fils et moi. Mon jeune fils ouvrit la porte et on lui demanda à lui ainsi qu'à ses frères de lever leurs mains et de divulguer leurs prénoms respectifs. Quand mon fils Kamel annonça son prénom, on lui demanda alors de ramener ses papiers et les documents de sa voiture ainsi que les clefs de cette dernière et de les suivre. Il eut juste le temps de mettre une paire de chaussures et partit avec un pantalon de survêtement gris et un tee-shirt avec lesquels il dormait habituellement. Je leur ai demandé alors ce qui se passait et de le laisser au moins mettre son pantalon; un militaire me répondit alors qu'ils en avaient juste pour quelques minutes avec lui et qu'ils allaient le relâcher tout de suite et que je n'avais pas à m'inquiéter. Je suis arrivée tout de même à leur donner un blouson pour qu'ils le lui remettent vu que c'était le mois de novembre et qu'ils venaient de le sortir de son lit. Depuis plus aucune nouvelle. Ni de la part des autorités ni d'aucune autre partie.

Mon fils Abdelhamid s'est rapproché du commissariat du quartier (8eme arrondissement à Alger) mais ils ne pouvaient lui donner aucune information sur cette opération. On lui demanda simplement d'attendre la fin des 12 jours de garde à vue instaurés par la nouvelle loi. A la fin de la durée théorique de la garde à vue, aucune nouvelle.

Par la suite j'ai alerté les gens d'Amnesty International (...). Ils me conseillèrent alors de me rapprocher de l'Observatoire National des Droits de l'Homme (ONDH) à Alger .

Le 11 janvier 1995 à 9h mon fils s'est présenté à l'ONDH ou il y avait beaucoup de monde. A 13h il fut reçu par Mme HA . Elle lui demanda alors des renseignements sur mon fils et l'informa que son organisme allait entamer des démarches (ce qu'ils appellent dans leur jargon demande de localisation) auprès des différents corps de sécurité et qu'ils m'écriraient dés qu'ils auraient des nouvelles. Il a insisté pour avoir la permission d'appeler de temps à autre par téléphone pour avoir des nouvelles, ce qui lui a été accordé. Il a appelé par la suite plusieurs fois mais aucune information ne lui fut communiquée. Il a fini par abandonner. Depuis que mon fils a disparu une seule fois on a eu de ses nouvelles d'une manière officieuse et indirecte et que je n'ai jamais pu ni vérifier ni confirmer.

Le jeudi 23 février 1995 un ancien collègue de Kamel (mon fils disparu) qu'on appellera dans ce récit Bob se présenta à la maison. Il l'informa qu'une personne (dont il ne voulait me révéler ni l'identité ni l'adresse) venait d'être libérée depuis 17 jours par les forces de l'ordre et que pendant sa détention il était dans la même cellule que mon fils. Le 27 février 1995, soit 04 jours après sa visite, mon fils Abdelhamid est parti voir Bob pour de plus amples détails. Il l'informa que cette personne ne se trouvait plus à Alger et qu'il ne pouvait pas la rencontrer; que c'était un bon ami à lui et que durant sa détention avec Kamel ils ont eu à discuter de longues journées et de la ils découvrirent qu'ils avaient un ami commun, lui, Bob. Au moment de sa libération, Kamel lui demanda de passer le bonjour à Bob. Mais aucun message ne nous a été adressé à nous.

Si on croit cette personne mon fils était bien vivant début février 1995.
Bien sur j'ai essayé d'avoir des informations sur mon fils par personnes interposées qui ont des parents ou des amis militaires ou policiers mais je n'ai jamais pu le retrouver comme s'il n'avait jamais existé auparavant.

On me conseilla de consulter un avocat, qui pourrait, lui, effectuer des recherches dans les centres de détention. Mais la plupart des avocats refusent de s'occuper de ce genre d'affaires qui leurs causent beaucoup de tracas ; d'autres me répondirent qu'ils pourraient éventuellement s'occuper de l'affaire mais une fois la personne localisée officiellement.

Finalement on m'indiqua un avocat que mes enfants ont rencontré à plusieurs reprises, et dont les recherches n'aboutirent pas à ce jour.

AI nous conseilla alors d'alerter le groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires de l'ONU à Genève. Ce que je fis au début de l'année 1997.

Le 12 septembre 1998 les gendarmes se présentèrent à mon domicile pour demander après mon fils Kamel. Ils me laissèrent une convocation pour me présenter le lendemain à la brigade de Bab Edjedid munie du livret de famille et éventuellement de deux témoins qui auraient assisté à l'enlèvement. Le 13 septembre 1998, je me suis présentée à la brigade avec deux témoins ainsi que mon fils Abdelhamid. Ils enregistrèrent la déposition de ce dernier puis reçurent les témoins séparément et individuellement. La déposition du premier a été enregistrée alors que celle du second non. Le gendarme avait décidé que ce dernier n'avait rien vu et qu'il n'était pas utile de l'entendre.

Nom : DJEBROUNI
Prénom : Kamel
Date et lieu de naissance : 10 juillet 1963 à Sidi M'hamed (Alger)
Situation familiale : Célibataire
Dernière profession exercée : Chauffeur de taxi à Alger ,
Formation : Technicien Supérieur en Maintenance Industrielle
Véhicule : CITROEN type GS bleue, immatriculée 15122 173 16

 
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Décision du Comité des droits de l'homme dans l'affaire Kamel Djebrouni

TRIAL obtient la condamnation de l’Algérie par le Comité des droits de l’homme de l’ONU dans deux nouvelles affaires de disparitions forcées (TRIAL, 15.02.12)

 
www.algeria-watch.org