Disparitions forcées  
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Nom : Bouabdallah

Prénom : Abdelaziz

Date de naissance (ou âge)  : 15 octobre 1974

Etat-civil   : Célibataire

Nombre d'enfants :

Profession : Journaliste.

Adresse : Chevalley (Alger).

Date de l'arrestation : 12 avril 1997

Heure : nuit

Lieu de l'arrestation : domicile familial

Agents responsables de l'arrestation : Sécurité militaire

Résumé des faits : Citoyen âgé de 23 ans, demeurant à Chevalley (Alger), journaliste au quotidien arabophone El Alem Essiyassi (Le monde politique) a été kidnappé à son domicile le 12 avril 1997 par des civils armés se réclamant de la police. Ils enfermeront sa mère et ses sours dans une pièce avant de procéder à l'enlèvement d'Abdelaziz. Il avait été précédemment arrêté en janvier 1997 puis relâché. Disparu depuis. Le journaliste, qui signait ses articles sous le pseudonyme de Aziz Idriss, est conduit vers une destination inconnue. Le 18 avril, le quotidien El Watan annonce que Aziz Bouabdallah a été arrêté par la police. "L'interpellation, croit-on savoir, est liée à un article "jugé diffamatoire" écrit par le journaliste", affirme le quotidien. "Nous croyons savoir de sources policières que la détention de Aziz Idriss répond aux besoins d'une enquête judiciaire (...) Après plusieurs jours passés dans les locaux de la police, Aziz Idriss devrait être relâché au plus tard aujourd'hui", conclut le journal. Mais le lendemain, El Watan revient sur ces informations et dément l'arrestation d'Aziz Bouabdallah. Le quotidien affirme même que le journaliste a été enlevé par un groupe islamiste armé. Depuis, on est sans nouvelles du journaliste. Dans un courrier à RSF en date du 30 juin 1997, l'ambassade d'Algérie à Paris affirme que "suite aux investigations entreprises sous le contrôle du ministère de la Justice, il s'avère que l'intéressé est inconnu des services de sécurité, qu'il ne fait l'objet d'aucun mandat et qu'il n'a pas été arrêté, ni détenu".

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • Centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès du tribunal d'Alger.
  • Lettres à la présidence de la République, aux ministères de l'Intérieur et de la justice et aux organisations des droits de l'homme (Amnesty ; HRW, RSF.)

Observations :

Témoignage de la famille   :

Selon les témoignages recueillis par Reporters sans frontières, Rapport du 5 février 2001

Né en 1974, Aziz Bouabdallah a fait des études de droit à l'université de Ben Aknoun à Alger. Il travaillait depuis 1996 pour le quotidien El-Alam Es-Siyassi, aujourd'hui disparu. Aziz Bouabdallah signait sous le pseudonyme d'Aziz Idriss.

La famille Bouabdallah vit dans le quartier de Chevalley, à Alger, où se situe l'école supérieure de police de Châteauneuf. Elle réside dans la cité des Mudjahidin, " hautement sécurisée ", de nombreux policiers et militaires y habitant.

Le 12 avril 1997, à 23h30, on sonne au domicile d'Aziz Bouabdallah. Une voix ordonne : " Police, ouvrez ! " Deux hommes " très bien habillés, en civil, comme des membres de la sécurité militaire " selon la famille, pénètrent dans l'appartement. L'un d'eux pointe son pistolet à double canon sur la tempe du père d'Aziz. Le journaliste, qui se trouve alors dans la cuisine, sort dans le couloir où se tiennent les deux hommes ainsi que son père, sa mère et sa s¦ur. " Vous êtes bien Aziz Bouabdallah ? " Il acquiesce. " Viens avec nous. " Le journaliste se rend alors dans une chambre pour chercher un manteau : il est seulement habillé d'un pyjama et d'une paire de tongues. Pendant ce temps, les deux hommes enferment son père dans une chambre, sa mère et sa s¦ur sont retenues dans le salon. Lorsque les deux hommes quittent l'appartement, tous les membres de la famille se précipitent à la fenêtre : Aziz Bouabdallah, et quatre hommes se dirigent vers une voiture, garée à une trentaine de mètres de l'immeuble, qui démarre en trombe. " C'est la dernière fois qu'on l'a vu ", explique son père. Dès le lendemain, les parents du journaliste portent plainte à la Brigade mobile de la police judiciaire (BMPJ) de Bouzareah puis à la police judiciaire.

La tante d'Aziz Bouabdallah apprend la nouvelle deux jours plus tard. Elle explique alors à son frère qu'elle connaît un capitaine. Elle se propose d'aller le voir et de lui demander de les aider à localiser Aziz. Contacté, l'officier affirme qu'il est le responsable de " l'opération " et, lors d'une rencontre avec la famille, il explique qu'Aziz Bouabdallah " n'a rien fait. Il a simplement écrit un article diffamatoire ". Il ajoute : " Il a passé de très mauvais moments, mais je vais le faire remonter du sous-sol et il sera bien traité. " Deux semaines plus tard, ce capitaine du Département de renseignement et de sécurité (DRS) se rend chez la famille Bouabdallah. Il leur explique : " Votre fils n'a rien fait mais ils le soupçonnent. " Le capitaine répète qu'" il a passé de très mauvais moments " mais ajoute : " Je l'ai retiré du sous-sol. Il est avec moi. Il mange ce que je mange. Il dort dans un lit de camp. " Il précise qu'il a assisté à l'interrogatoire. Trois semaines plus tard, la belle-s¦ur de Mme Bouabdallah demande à celle-ci de préparer du linge pour Aziz. Un sac contenant quelques habits, une paire de chaussures et des friandises lui est remis. Trois jours après, la belle-s¦ur de Mme Bouabdallah ramène le sac. Les vêtements n'y sont plus mais il reste la paire de chaussures et les friandises. Elle explique que la nourriture n'est pas autorisée. Une vingtaine de jours plus tard, le capitaine retourne chez les Bouabdallah. Il change de ton et nuance ses promesses : " S'il n'a rien fait, je le relâche. Mais s'il a fait quelque chose, je ne le raterai pas ". Dans les semaines qui suivent, la famille tentera en vain de contacter à nouveau le capitaine. On leur répond qu'il est " trop occupé ". Un jour, pressé par le cousin d'Aziz, il rétorque : " Ne me parle plus de ton cousin ! " La tante d'Aziz Bouabdallah a toujours refusé de donner le nom de famille du capitaine qui se faisait appeler " Rafik ". Depuis, M. Bouabdallah n'a plus aucun contact avec sa s¦ur.

Le 19 avril 1997, la s¦ur d'un ami d'Aziz Bouabdallah, qui a été arrêté puis libéré deux jours plus tôt, explique à la mère du journaliste : " Ne vous inquiétez pas, votre fils se trouve à la prison de Ben Aknoun. Il va être bientôt relâché. " Sept mois plus tard, cet ami lui confirmera qu'il était bien détenu avec Aziz Bouabdallah dans cette prison.

Quelques jours après l'enlèvement, le quotidien El Watan écrit que ce sont bien les " services de police " qui ont interpellé le journaliste : " Nous croyons savoir, de sources policières, que sa détention répond aux besoins d'une enquête judiciaire menée à cet effet. Après plusieurs jours passés dans les locaux des services de police, Aziz Bouabdallah devrait être relâché au plus tard aujourd'hui. " Dans son édition du 19 avril 1997, la version change : El Watan se déclare désormais " préoccupé par la disparition de notre confrère ". Selon un journaliste bien informé auprès de la sécurité militaire, le colonel Hadj Zoubir, directeur du centre de contrôle et de documentation, aurait donné des instructions à l'auteur du second article - qui n'est pas signé - pour qu'il revienne sur les premières affirmations du journal.

Selon l'ONDH, la gendarmerie nationale a affirmé que le journaliste " a été enlevé par un groupe armé non identifié de quatre hommes ". Les multiples démarches des parents d'Aziz Bouabdallah ont abouti, le 20 mai 2000, à un non-lieu prononcé par le tribunal d'Alger. La famille a fait appel devant la chambre d'accusation d'Alger. Le 27 juin, les services du ministère des Affaires étrangères ont informé la délégation de Reporters sans frontières que la chambre d'accusation avait annulé ce non-lieu. Le 30 septembre 2000, la famille reçoit un deuxième avis de non-lieu d'une autre chambre et émanant d'un autre juge d'instruction. Selon l'avocat de la famille, Me Khalili, " ces deux non-lieux rendus par deux chambres différentes démontrent bien que c'est la pagaille ". Un des deux juges d'instruction s'est même déclaré très étonné que l'affaire soit entre les mains de deux juges en même temps. Me Khalili explique que " dans les affaires de disparitions, un non-lieu est équivalent, de fait, à un classement de l'affaire. Le procureur peut alors engager une action dans le but de rendre un jugement constatant une disparition. Et au bout de quatre ans, une procédure peut être engagée pour solliciter un jugement consacrant le décès. "

A ce jour, l'enquête menée par les autorités s'est réduite, selon la famille du journaliste, à cinq ou six interrogatoires des parents d'Aziz par la gendarmerie. Personne d'autre n'aurait été auditionné. Ni ses collègues, ni ses proches, ni ses amis, selon la mère du " disparu ".

 

 
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