Zerhouni à propos des événements de Berriane

« Il y a eu manipulation à partir de l’étranger»

El Watan, 3 juin 2008

Lors de la cérémonie d’installation de Merad Brahim, ex-wali de Tiaret, hier dans ses fonctions de premier responsable du département de Boumerdès, le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Yazid Zerhouni, est revenu sur les violences qui ont secoué les régions de Berriane et d’Oran.

Il a déclaré que les violences vécues par la capitale de l’Ouest algérien sont directement liées au football parce que « générées par la régression du club phare de la ville en division inférieure ». M. Zerhouni a annoncé que « des dispositions spéciales seront prises pour lutter contre cet aspect de la violence qui découle du système de réglementation régissant le football ». Le ministre a déclaré que ses propos relatifs à l’origine des affrontements intercommunautaires de Berriane ont été « déformés ». En effet, M. Zerhouni a dit hier à propos de la supposée « main de l’étranger » dans ce qui s’est passé, qu’« au stade actuel de l’enquête, nous n’avons pas suffisamment de données pour identifier ceux qui sont derrière ces actes de violence ». Cependant, le représentant de l’Etat est catégorique : « Il y a bien eu des manipulations. » La preuve en est que, explique-t-il, la cellule de lutte contre la cybercriminalité de la Gendarmerie nationale a arrêté à Berriane un groupe d’individus et saisi des ordinateurs sur lesquels elle a pu trouver des tracts provenant de l’étranger et destinés à remonter les Mozabites contre les malékites. Cela dit, le ministre précise que l’on ne sait pas encore si ces parties agissant à partir de l’étranger sont véritablement étrangères ou simplement des expatriés. M. Zerhouni n’a pas manqué de souligner que « la situation sécuritaire s’est nettement améliorée dans la région de Boumerdès grâce à la mobilisation des forces de sécurité ». Au sujet de la gestion des collectivités locales, le ministre a rappelé, dans son allocution, la « situation particulière » dans laquelle a eu à travailler le prédécesseur de M. Merad, à savoir Ali Bedrici, qui est muté à la tête de la wilaya de Béjaïa. Ce dernier a, en effet, eu à gérer la crise générée par le séisme de mai 2003. Ce qui lui vaudra les éloges du ministre. Yazid Zerhouni s’est étalé sur les efforts consentis par l’Etat, les fonctionnaires et les citoyens bénévoles pour venir en aide aux sinistrés de Boumerdès. « Grâce à l’administration territoriale, à la mobilisation des fonctionnaires et à la disposition des citoyens, nous avons pu relever le défi », a-t-il dit. Le ministre a surtout valorisé « l’apport de toutes les institutions de la République dans cet élan de solidarité et de soutien » pour conclure que « cela a été une preuve que le citoyen peut avoir confiance en les institutions du pays ». Pour ce qui est de la gestion des affaires de la wilaya, le ministre a insisté sur les efforts qui doivent se concentrer désormais sur le développement de la wilaya. Le nouveau wali, M. Merad, 55 ans, père de 5 enfants, diplômé de l’ENA et qui a exercé comme wali dans pas moins de 5 départements, est donc attendu dans la bataille du développement local après un flottement provoqué par le séisme de 2003 qui a polarisé l’attention des pouvoirs publics durant ces 5 dernières années.

K. O.


Revoilà la main de l’étranger

On la croyait perdue, oubliée dans les méandres des événements qu’a connus le pays depuis des décennies, plus exactement depuis octobre 1988. La voilà qui resurgit d’on ne sait où, cette fameuse « main de l’étranger » et qui serait derrière les émeutes de Berriane, à en croire le ministre de l’Intérieur. Pourquoi ne serait-elle pas, aussi, derrière celles d’Oran, de Chlef et d’ailleurs ? La ville de Berriane se prêterait-elle davantage à la manipulation que d’autres localités ? D’autant qu’on laisse croire que tous les ingrédients sont réunis pour une explosion sociale. La commission d’information – et non d’enquête – parlementaire est arrivée, elle, à d’autres conclusions, à savoir que les raisons de la grogne sociale exigent une intervention de l’Etat. Décidément, on ne sait vraiment pas à quel marabout se vouer. On se croirait revenir aux « années de plomb », à l’ère du « parti unique » des années 70. Autant d’économistes du XVIIIe siècle ont voulu accréditer la thèse de la « main invisible » qui régirait les rapports d’échanges entre les individus et qui serait à l’origine de la richesse des nations ; autant, chez nous, la « main de l’étranger » serait, par contre, à l’origine de toute émeute, de toute contestation populaire. Outre ces particularités destructrices, les gouvernants algériens ont recours et de façon éculée à cette excroissance de l’étranger pour écarter le ras-le-bol, la malvie comme facteurs déclenchant de la colère des citoyens. Une simple adresse email, retrouvée sur un ordinateur portable, suffit à brandir le vieil épouvantail du « complot ourdi » à partir de l’étranger. Des ennemis extérieurs qui guetteraient la moindre liste contestée d’attribution de logements, le moindre match de football perdu pour fomenter aussitôt un mouvement de foule qui saccagerait tout sur son passage, édifices publics, sièges de banques… On ne pourrait trouver meilleur moyen pour susciter chez les gens méfiance et suspicion. Des conditions qui sont souvent le prélude à une « chasse aux sorcières ». Complot de l’étranger, prosélytisme protestant, autant d’épouvantails agités pour provoquer peur et méfiance parmi les citoyens et attiser davantage chez eux le refus de la différence et de vivre ensemble, alors que les causes de ce profond malaise social sont ailleurs : dans la dégradation des conditions de vie de la grande majorité des Algériens.

Reda Bekkat

 
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