Après le drame de M’sila et l’affaire de Zéralda

L’État démuni face à la vendetta urbaine

Par : Salim Koudil, Liberté, 10 août 2008

De M’sila jusqu’à Khenchela en passant par Berriane et Zéralda, la multiplication des actes de violence a pour origine, au-delà du marasme social, le retour des vieux démons de l’extrémisme religieux.
Ce dernier tente de manipuler une base sociale en proie à des problèmes multiples afin de créer la confusion et reprendre du poil de la bête en l’absence de l’autorité de l’État.

Depuis le début de cet été, les annonces funèbres se succèdent. En plus des attentats terroristes, du massacre quotidien sur nos routes, des corps de harragas repêchés, la violence urbaine prend une ampleur dont les conséquences sont d’ores et déjà dramatiques. Les raisons de ces évènements sont aussi diverses que nombreuses et l’urgence d’y remédier n’est plus à dire. Il s’agit d’apporter et rapidement des solutions idoines. Ce qui s’est passé, il y a quelques jours, dans la commune de Sidi-Aïssa est plus qu’édifiant sur le danger quasi permanent qui guette l’Algérie. Quatre morts, plus d’une soixantaine de blessés (la plupart par balles), vingt-deux véhicules calcinés et tout un hôtel saccagé.
C’est le bilan macabre des affrontements survenus sur place. Les raisons de cette violence ? Les habitants de la commune parlent de hogra et “d’impunité”. Les faits remontent (comme relaté par tous les correspondants de presse présents sur les lieux) à près de trois semaines. Suite à une altercation, le fils du propriétaire de l’hôtel aurait “écrasé” avec sa voiture un jeune de la commune.
Après deux semaines d’hospitalisation, ce dernier décède. Son enterrement, qui a drainé beaucoup de monde, a été l’occasion pour la foule nombreuse de se diriger vers l’établissement (pas loin du cimetière). Une expédition punitive qui a été, toujours selon les témoignages, “accueillie” par le propriétaire et ses agents de sécurité qui n’auraient pas hésité à tirer sur la foule. En plus des morts et des nombreux blessés graves, on parle aussi de la disparition de huit femmes qui étaient à l’hôtel au moment des faits. La mort du jeune homme et l’impunité ne semblent d’ailleurs pas être les seules raisons de ces affrontements. Selon certains échos, ce serait plutôt un “prétexte”. L’hôtel, inauguré en 2005, était déjà désigné par les habitants de la commune comme un “lieu de débauche”.
C’est dire que l’effet de surprise était quasiment absent. Il suffisait aux “représentants de l’État” d’être au courant de la vie de la cité, ce qui est leur première mission, pour éviter tout cela.
C’est dire qu’avant tout, c’est une cascade de défaillances, et à plusieurs niveaux, qui a engendré les malheureux évènements de cette commune de M’sila. C’est une des nombreuses formes du divorce constaté depuis déjà plusieurs années entre le pouvoir et le “peuple d’en bas”. Aussi ce qui vient de se passer à Sidi-Aïssa vient-il remettre en cause toute la politique lancée dernièrement en grande pompe pour la promotion du tourisme en Algérie. D’autres exemples de cette “non-soudaine” violence urbaine peuvent être cités. Il y a ainsi Berriane et ses soubresauts “ethniques”. Alger n’est évidement pas épargnée par ce phénomène. Vers la fin juillet, des affrontements se sont déroulés dans la commune de Zéralda avec au bout un mort et une dizaine de blessés. Il s’agissait de heurts entre les jeunes du village agricole El-Karia et ceux de la cité des 1 000-Logements. Cette dernière a été nouvellement construite et beaucoup de ses habitants sont issus des bidonvilles d’Alger.
Quelques jours après, à Khenchela, un mariage s’est transformé en bagarre générale entre les membres de la famille de la mariée et ceux de la famille… du mari. Aussi violence ne rime-t-elle pas seulement avec jeunesse. Mercredi dernier, à Telagh (Sidi Bel-Abbès), un berger de 55 ans a été assassiné par un propriétaire terrien de 70 ans. À l’origine de ce drame, le troupeau de la victime avait traversé les terres de l’autre.
Cette ambiance de violence qui règne en Algérie est trop facilement expliquée par le caractère nerveux de ses habitants. En l’absence d’études fiables (surtout de la part des sociologues résidant en Algérie), la navigation dans le flou est, jusqu’à preuve du contraire, la politique appliquée par les responsables.
Tout le monde est en train de constater un véritable retour en arrière de la société. Cela va du retour du tribalisme jusqu’à la propagation de la salafia et de l’extrémisme religieux, en passant par le conservatisme. Un “réveil” s’impose.

Salim Koudil

 
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