Réactions à Alger au rebondissement de l'affaire des moines de Tibehirine:
«Une campagne contre l'armée algérienne»

Par .D.S., Libération, mercredi 25 décembre 2002

Abdelkader Tigha, ancien cadre des services secrets algériens, accuse sa hiérarchie d'être impliquée dans le rapt des sept moines français de Tibehirine en 1996.

C'est tout ou rien, le silence ou les cris. A Paris comme à Alger, les révélations à Libération d'Abdelkader Tigha, ancien cadre des services secrets algériens qui accuse sa hiérarchie d'être directement impliquée dans l'affaire des moines français de Tibehirine en 1996, continue depuis deux jours de susciter les réactions les plus étonnantes.

Imprévisible. Que dit le quotidien algérien privé le Matin du rebondissement d'un drame qui provoqua une immense émotion et où sept religieux trouvèrent la mort après des semaines de captivité ? «Une campagne contre l'armée algérienne», affirme le journal, qui titre à la une : Les généraux ciblés. Et par qui ? «Le président Abdelaziz Bouteflika.» Et pourquoi ? «Pour affaiblir l'institution militaire à mesure qu'approche la présidentielle algérienne de 2004», racontent longuement articles et éditorial. Le fond du témoignage, recueilli dans des circonstances pour le moins imprévisibles au fond d'une prison de Bangkok où croupit Tigha (pour défaut de visa après sa fuite d'Algérie en 1999), semble, en revanche, nettement moins important à décrypter pour le Matin.

Sur l'implication des services secrets algériens et les manipulations des GIA (Groupes islamistes armés), décrites pour la première fois longuement et en détail par Tigha, le quotidien se contente surtout d'une brève réaction de Mgr Henri Teissier, évêque d'Alger, qui affirme «qu'aucune information nouvelle ne nous permet aujourd'hui d'ajouter foi à (cette) version».

«Embarras». Armand Veilleux, moine trappiste qui fut envoyé à Alger par le Vatican comme procureur général de l'ordre des Cisterciens juste après l'enlèvement des religieux n'est pas surpris par le récit de l'ex-cadre de la Sécurité militaire. C'est ce qu'il racontait hier matin en direct sur Radio France internationale. «Beaucoup de témoignages vont dans le même sens. Cela ne fait qu'augmenter les soupçons qu'on avait depuis longtemps (...). A chaque fois qu'on a posé des questions en public, Alain Juppé (alors Premier ministre, ndlr) par exemple n'a pas voulu répondre. Tout le monde est très embarrassé.» Aujourd'hui encore, un «pas de commentaire» reste la réponse du Quai d'Orsay comme du ministre des Affaires étrangères de l'époque, Hervé de Charette.

Le Watan, autre quotidien privé algérien, semble également avoir choisi la discrétion, aussi retenu que le Matin est prolixe. En quinze lignes, page 23, le journal résume cette affaire «qui aurait été ordonnée par l'ex-Sécurité militaire». Mais le titre semble à lui seul un éditorial : Affaire de Tibehirine : rien de nouveau.

 

 
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