Affaire des moines trappistes

Libération commente Le Matin

Le Matin, 26 decembre 2002

Les révélations de Abdelkader Tigha rapportées par Libération dans son édition de lundi dernier n'ont suscité aucune réaction officielle à Alger.
Pourtant, les accusations de cet homme, qui prétend être un ancien officier des services, sont graves : il ne dit rien de moins que c'est l'armée qui a organisé le rapt des moines en mars 1996.
Sous le titre « Une campagne contre l'armée algérienne », Libération a commenté les réactions de la presse algérienne. En fait, il n'a commenté que les écrits du Matin, seul quotidien à avoir réagi aux vraies-fausses révélations de Abdelkader Tigha, lui reprochant, entre autres, de n'avoir pas décrypté le fond du témoignage de l'ancien cadre des services. En revanche, le journal ne s'est pas trop étalé sur le démenti de Mgr Tessier dans les colonnes du Matin. A peine deux lignes signalant que Mgr Tessier n'ajoutait pas foi à la version de Tigha. Or, les propos de Mgr Tessier méritaient un peu plus. D'abord, il s'agit de la première personnalité de l'Eglise d'Algérie. Ensuite, parce qu'il connaît parfaitement cette affaire. L'on s'attendait donc à ce que le journal l'interroge sur cette affaire. Est-ce parce que Mgr Tessier risquait par ses réponses de nuire à la thèse développée par Tigha ? Pas plus que Libération n'a relevé les anomalies du récit de l'ancien membre des services concernant la mort de Zitouni en essayant au moins de faire des recoupements avec ce qu'il avait publié sur cette affaire et avec les révélations apportées par Sid-Ali Benhadjar, chef dissident du GIA et « émir » de la région de Médéa au moment des faits, et ce afin de laisser le lecteur se faire une opinion ! Qui plus est, Libération va jusqu'à douter de l'assassinat de Mgr Claverie par les islamistes.
Or, ce dernier, de nationalité algérienne, était engagé dans le combat des démocrates algériens contre la menace islamiste. Et de son vivant, pour l'avoir interviewé à l'époque des faits, Mgr Claverie n'a jamais douté un instant sur les auteurs du rapt des moines. Bien sûr, avec du recul, il est facile de se fonder sur l'avalanche d'informations à laquelle fait face un lecteur moyen, pour occulter des faits anciens et présenter un événement passé - l'attentat contre Mgr Claverie - comme une nouveauté sur le plan technique dont seuls les services algériens en auraient la maîtrise. A ce rythme, on va finir par attribuer tous les assassinats de religieux chrétiens aux militaires et, pendant qu'on y est, accuser les services algériens d'être derrière tous ces réseaux islamistes démantelés ces derniers temps en Europe !
Bien que ce nouvel épisode incriminant les généraux algériens s'inscrit dans une campagne moins partisane mais plus agressive sur le fond, il a tout de même fait mouche. Armand Veilleux, moine trappiste, envoyé par le Vatican, juste après l'enlèvement cautionne le récit de l'ancien agent des services.
« Cela ne fait qu'augmenter les soupçons qu'on avait depuis longtemps () A chaque fois qu'on a posé des questions en public, Alain Juppé (alors Premier ministre), par exemple, n'a pas voulu répondre », déclare le religieux, cité par Libération. Et parmi la classe politique française, un député de droite, membre de l'Union pour la majorité au pouvoir (UMP) en France, Alain Marsaud, a demandé au ministre de la Justice l'ouverture d'une information judiciaire. L'affaire, si elle est suivie d'effet, risque de prendre une tournure politique.
Il faudra donc s'attendre à de nouveaux rebondissements ! Le contexte s'y prête. Il y a bien sûr l'Année de l'Algérie qui a réveillé tous les nostalgiques de l'Algérie française. Mais il y a surtout le fait que bien avant le 11 septembre 2001, les islamistes algériens en Europe et ceux qui les soutiennent ont perdu pied. Leur discours ne passe plus. Personne ne croit que le FIS dissous se bat pour les valeurs de la démocratie et des droits de l'Homme. Remettre sur scène les islamistes semble être l'unique but d'une campagne qui ne dit pas son nom !
Hassane Zerrouky

 

 
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