L’adjudant Tigha au rapport

DRS in Bangkok

Le Quotidien d'Oran, 25 décembre 2002

Le témoignage de Abdelkader Tigha, transfuge du DRS réfugié en Thaïlande, n’est pas nouveau. Se présentant comme cadre, alors qu’il n’a que le grade d’adjudant, il s’est vu refuser l’asile politique en août 2001. Tigha accuse les services secrets algériens d’avoir commandité l’assassinat des 7 moines de Tibherine et d’avoir utilisé les services de Mouloud Azzout, bras droit de Djamel Zitouni, à l’époque chef des GIA, pour procéder à cette liquidation. Des révélations rapportées par Libération et qui semblent assez contradictoires à la base. D’abord, comment le DRS, accusé de «contrôler» le GIA de Djamel Zitouni, aurait pu laisser échapper les 7 moines de son emprise au profit d’un commando rival du GIA ? Comment la sécurité militaire algérienne pouvait détenir dans une de ses casernes (CTRI de Blida) les moines trappistes et finir par négocier avec un commando qui les égorge ? Comment peut-on accuser un jour (Libération du 23/12/02) le général Smaïn Lamari d’avoir ordonné à une des ses taupes (en l’occurrence Azzout) d’égorger les moines et le lendemain (Libération 24/12/02) l’accuser d’avoir fait périr les moines dans un ratissage exécuté dans la région de Médéa «au napalm» ? Si Libération fait l’impasse sur le témoignage principal de l’ancien émir de la LIDD, Ali Benhadjar, qui est un des seuls témoins directs de l’épisode de l’enlèvement des moines dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, elle ne s’intéresse guère à la crédibilité de Tigha.

Certains sous-officiers du DRS, anciens compagnons de Tigha à Blida, se rappellent de Abdelkader: «Il ne pensait qu’aux filles et se faisait passer pour un officier lorsqu’il allait draguer» à la cité universitaire de Blida, explique le lieutenant Mohamed. «Il était violent, assez instable, et insultait tout le temps les chefs en privé», ajoute-t-il. Selon son dossier administratif, Abdelkader Tigha a été radié pour «faute grave». Mais selon ses anciens collègues, c’est sa propension à dégainer son pistolet qui a fini par lui créer des problèmes avec sa hiérarchie qui l’ont éjecté pour «son comportement de voyou».

Arrivé en Thaïlande en décembre 1999 grâce au réseau de Kuala Lumpur dirigé par un certain Boudjelkha, universitaire djaz’ariste proche d’Anouar Heddam, cet adjudant a été arrêté sous deux chefs d’inculpation: carte de crédit volée et faux passeport (immigration clandestine). De décembre 1999 jusqu’à son arrestation en avril 2001, Tigha réside à Bangkok. Pour les spécialistes des réseaux islamistes, la Thaïlande représente la plaque tournante de l’immigration du Sud-Est asiatique vers le continent américain, spécialement le Canada.

Menacé de rapatriement vers l’Algérie, Tigha demande la protection internationale du Haut Commissariat pour les réfugiées (HCR Bangkok) et se voit refuser l’asile politique demandé depuis sa prison. «Je veux la protection de l’ONU, sinon je rentre mourir devant ma femme et mes enfants», disait-il déjà à un correspondant de l’AFP en août 2002.

La Thaïlande n’a pas signé la convention internationale de 1951 sur les réfugiés, ni celle de 1984 contre la torture, il n’a aucun moyen de quitter la prison sauf à retourner en Algérie. Il est également menacé d’extradition car il a commis des crimes contre l’humanité en Algérie, une «clause d’exclusion». Il y confiera d’autres choses intéressantes comme le fait qu’il est venu en Thaïlande avec un visa touriste qu’il a expiré, qu’il comptait «changer de nom et de nationalité» et qu’il avait déposé un recours au HCR de Genève, où la réponse récente fut négative. Tigha aura d’autres contacts «avancés» avec une équipe de la DGSE, les services français d’espionnage. Mais les discussions, dans un complexe de luxe de la capitale thaïlandaise, auraient échoué sur les garanties d’asile politique que demandait Tigha. Il livra, en vrac, des informations sur des exécutions sommaires et des enlèvements. Il dira aussi que les généraux algériens «craignent Amnesty International et le TPI» et que «le chef du DRS n’est pas idiot» ! Ce qui pourrait rassurer le général Toufik.

Mounir B.

 

 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org