Libération revient sur l'affaire des moines de Tibhirine

Un député français demande l'ouverture d'une enquête

Le Matin, 25 décembre 2002

Le quotidien français Libération n'en démord pas et prédit même un tournant judiciaire à Paris à l'affaire « des moines de Tibhirine ». Dans son édition d'hier, le journal revient sur l'affaire en rapportant la réaction d'un député de l'Union pour la majorité présidentielle (UMP) (droite française, ndlr), réclamant du ministre français de la Justice « l'ouverture d'une information judiciaire pour faire la vérité sur l'assassinat des sept moines trappistes de Médéa ». Alain Marsaud, ancien juge antiterroriste à l'époque des faits, assure que les « révélations » rapportées par Libération dans son édition de lundi (voir Le Matin du 24 décembre) « confirment un certain nombre d'informations recueillies quelques mois après le crime et qui avaient été portées à (sa) connaissance par des familles des victimes ». Il affirme, au journal, avoir « reçu le frère de l'un des moines qui parlait déjà d'un montage des autorités algériennes ». Le magistrat avait demandé par deux fois une enquête, en 1996, et la réitère aujourd'hui, estimant que « la moindre des choses serait d'aller entendre Abdelkader Tigha ». Libération, sous la plume de José Garçon, tente, en outre, d'étayer la thèse de cet ancien militaire qui impute le kidnapping et la mort des religieux aux services algériens. Il cite « une source des plus proches du dossier » confiant que « les trappistes pourraient bien avoir été tués dans le ratissage déclenché par l'armée algérienne, malgré les réticences de Paris, un mois après l'enlèvement, en avril 1996 ». « Quels impacts, quelles brûlures portaient les corps pour qu'il ait fallu les faire disparaître ? », s'interroge cette source. Le quotidien relaye ces soupçons et affirme qu'en tout cas, seul l'ambassadeur en poste à Alger, à l'époque, avait assisté à la mise en bière. Il va plus loin en faisant le lien entre l'assassinat le 1er août 1996 de l'évêque d'Oran, Mgr Claverie, et cette « opération ». L'homme d'église, résume Libération, a été tué après son retour d'un voyage à Alger, quelque temps après ces faits, par une bombe actionnée à distance. « Une première en Algérie », note-t-il comme pour attester que ce procédé « sophistiqué » n'est pas celui des terroristes, mais de la sécurité militaire. « L'homme en savait-il trop sur la mort des moines ? », s'interroge le journal. Des diplomates occidentaux lui assurent que « les autorités avaient autant de raisons de l'éliminer que les islamistes ».
Ce n'est pas la première fois que Libé tente de prouver l'implication des militaires algériens avec les groupes armés islamistes et, partant, dans les tueries de civils. En août 2001, la publication rapportait un premier témoignage du même Abdelkader Tigha dans ses colonnes. S'il ne faisait pas encore allusion à l'affaire des moines, l'ancien lieutenant détenu à Bangkok racontait le travail d'infiltration des GIA par un service sous sa coupe. Les taupes se recrutaient parmi des terroristes arrêtés puis retournés. Elles devaient servir à renseigner l'armée « sur les cibles futures des GIA, sur les planques, quand elles n'incitaient pas ces derniers à commettre des attentats pour retourner l'opinion ». Elles étaient liquidées une fois leur travail terminé. « Dix » agents « sur une soixantaine ont été assassinés dans la région de Blida entre 1993 et 1997 », affirme Tigha. Paradoxalement, il accuse, également, le haut commandement de l'armée d'avoir ordonné la liquidation, à la même période, de toutes les personnes interpellées dans le cadre de la lutte antiterroriste. « L'ordre d'éliminer toutes les personnes arrêtées a été donné par le général Smaïn Lamari, chef de la lutte antiterroriste, pendant l'été 1993 », dit-il. Il prend, bien sûr, le soin d'ajouter « n'avoir jamais été directement impliqué dans de telles actions ».
Soraya Akkouche

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Des pieds-noirs demandent l'« annulation » de l'Année de l'Algérie en France

Des pieds-noirs, rapatriés après l'indépendance de l'Algérie en 1962, ont demandé hier l'« annulation » de l'Année de l'Algérie en France, prévue en 2003, après les déclarations d'un ancien militaire algérien accusant les autorités algériennes d'avoir ordonné l'enlèvement des sept moines français assassinés en 1996. « En tout état de cause, l'Année de l'Algérie ne saurait se tenir en France dans de telles conditions de soupçons sur une partie des autorités algériennes », a déclaré dans un communiqué le président du Parti pied-noir (PPN), Christian Schembré. Selon le quotidien français Libération, un ancien militaire algérien accuse les autorités d'Alger d'avoir ordonné l'enlèvement des sept moines français de Tibhirine, 80 km au sud d'Alger, assassinés en 1996 par les Groupes islamistes armés (GIA).
AFP

 

 
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