Libération revient, avec l’ahurissant «qui tu qui ?», sur l’assassinat des moines de Tibhirine

De sa cellule de Bangkok, un Algérien accuse le DRS

Aït-Chaâlal Mouloud , Le Jeune Indépendant, 24 décembre 2002

L’offensive des relais marocains reprend de plus belle avec le «déterrement» du fin fond de la Thaïlande d’un Algérien présenté comme un officier du DRS. A huit jours du début de l’Année de l’Algérie en France, le quotidien français met le paquet avec un «dossier» remettant sur le tapis, encore une fois, l’assommant «qui tue qui ?».

C’est ainsi que l’assassinat des sept moines français en mai 1996 par le GIA serait, en fait, selon Libération, l’œuvre d’officiers algériens du DRS. C’est le scénario avancé par le quotidien français citant un ancien «cadre» du DRS qu’il est allé «trouver» une nouvelle fois, six ans après les faits, en Thaïlande.

Un nouvel épisode dans la cascade des révélations sur la situation sécuritaire en Algérie servies depuis quelque temps par les médias français.Abdelkader Tigha, 34 ans, emprisonné à Bangkok, où il s’est exilé en 1999 après sa défection, affirme, dans le second interview accordé en deux ans à Arnaud

Dubus pour le compte de Libération, que l’enlèvement des moines trappistes de Tibhirine (Médéa) était destiné à «intoxiquer l’opinion internationale et en particulier la France» afin que son soutien à Alger ne faiblisse pas face à la «barbarie islamiste».

Dans son récit de la « mission spéciale » à laquelle il a pris part, Tigha dira qu’un terroriste du GIA, un certain Mouloud Azzout, qu’il présente comme une recrue des services et également comme le lieutenant de Djamel Zitouni, alors chef de l’organisation terroriste, devait mener, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, en compagnie d’une poignée d’hommes de main, le kidnapping des sept moines de leur monastère en se servant de deux camionnettes du DRS de type J-5 banalisées. Tigha précise que le GIA était infiltré par les services, chose qui n’est un secret pour personne aujourd’hui.

Après leur enlèvement, les moines auraient été ensuite conduits par Azzout au poste de commandement de Djamel Zitouni, à Tala Acha (Tamezguida). Azzout aurait disparu dans la nature après que les moines seraient passés entre les mains d’une faction du GIA qui échappait au contrôle des services dans les maquis de Bougara, poursuivait Tigha. Deux mois plus tard, les moines sont exécutés. «Nous avons tranché la gorge aux sept moines, parce que le président français et son ministre des Affaires étrangères ont déclaré qu’ils ne négocieraient pas avec les GIA», affirmait le 21 mai 1996, un communiqué du GIA.

L’organisation de Zitouni proposait alors à la France un échange de prisonniers, sinon les religieux en paieraient le prix.

Le président français refusa toutes formes de négociations et leur mort était un acte de représailles.

Il convient de rappeler qu’avant les trappistes, onze religieux du diocèse d’Alger furent tués, en cinq attentats différents, suivis de l’assassinat, la même année, de l’archevêque d’Oran, Mgr Claverie. Lors d’un premier interview, paru dans l’édition de Libération du 27 août 2001, Tigha avait longuement parlé des exactions commises par les services de sécurité et leurs méthodes d’infiltration du GIA, qu’il admettait avoir lui-même infiltré avant 1996, notamment le groupe d’Alger dirigé par Athmane Khelifi alias Hocine Flicha.

Lors de cet entretien, l’ancien agent du DRS n’avait pas évoqué l’affaire des moines trappistes.

Toutefois, la «révélation» sur l’assassinat des moines trappistes par le quotidien parisien intervient à quelques jours du début de l’Année de l’Algérie en France, une manifestation qui fait couler beaucoup d’encre sur l’autre rive de la Méditerranée. A.-C. M.

Qui est Abdelkader Tigha ?

Emprisonné depuis deux ans au Centre de détention de l’immigration de Bangkok, Abdelkader Tigha se présente comme un ancien cadre du DRS (Département du renseignement et de la sécurité). Il tente d’obtenir un statut de réfugié politique, afin d’éviter d’être refoulé vers l’Algérie. Il affirme avoir travaillé comme chef de brigade au Centre territorial de recherche et d’investigation (CTRI) de Blida de 1993 à 1997.

Tigha, 34 ans, raconte qu’il était chargé «d’identifier, de localiser et d’évaluer le degré d’implication» des éléments du GIA dans la wilaya. «Je ne donnais que les adresses des gens à interroger. Je n’étais chargé ni des interrogatoires ni des exécutions.».

Il affirme qu’après avoir reçu des menaces de mort, il décida de quitter le pays.

En décembre 1999, il parvient à passer en Tunisie puis en Libye avant de débarquer à Damas où transitent nombre d’Algériens, car la Syrie n’exige pas de visa d’entrée aux ressortissants arabes.

En quittant l’Algérie, Tigha s’est dit «prêt à aider la France contre le terrorisme en échange d’une protection et d’un asile politique en Europe». En vain. Les services secrets français, méfiants, l’aident à rejoindre la Thaïlande en janvier 2000 pour un débriefing avec des agents français. «J’ai été trahi par le gouvernement français», lançait-il au correspondant du quotidien Libération. A.-C. M.

Un ancien juge français demande une information judiciaire

Le député UMP de la Haute-Vienne et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud a demandé hier au garde des Sceaux l’ouverture d’une information judiciaire «afin que la vérité soit faite» sur l’enlèvement et l’assassinat en 1996 des sept moines français de Tibhirine.

Le député a donc demandé au ministre de la Justice Dominique Perben «de faire ouvrir une information judiciaire afin que la vérité soit enfin établie». AFP


 
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