samedi 16 juin 2001, 23h04

Les émeutes se propagent dans l'est de l'Algérie, à Annaba

ALGER (Reuters) - Des heurts entre manifestants jetant des pierres et forces de sécurité ont éclaté à Annaba, dans l'est de l'Algérie, pour la première fois depuis le début des troubles dans le pays il y a deux mois, a rapporté l'agence officielle APS.

L'Algérie est secouée depuis la fin avril par des émeutes anti-gouvernementales qui ont débuté en Kabylie et fragilisent le pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika.

Cette agitation a poussé les Etats-Unis et l'Europe à exhorter le gouvernement algérien - sur lequel les généraux ont encore une grande influence - à agir rapidement pour mettre fin à cette violence.

A Annaba, ville portuaire de 300.000 habitants située à 600 kilomètres à l'est d'Alger, près de la Tunisie, des milliers de personnes sont descendues dans les rues, détruisant les fenêtres des édifices publics avec des barres de fer et pillant les magasins, ont indiqué l'APS et des témoins.

"Les émeutes ont éclaté cet après-midi dans certains quartiers et elles se sont rapidement propagées avec des jeunes scandant des slogans anti-gouvernementaux, réclamant des emplois et des logements", a dit un témoin.

Selon l'APS, plusieurs personnes ont été légèrement blessées.

Des incidents similaires ont eu lieu à Bejaïa, la principale ville de Kabylie, située à 180 kilomètres d'Alger, après l'enterrement d'un jeune manifestant fauché par un fourgon de police, ont indiqué des témoins.

Les émeutiers ont mis le feu à une agence d'une banque publique et aux locaux d'une compagnie d'assurances, avant de mettre à sac un entrepôt de la compagnie publique de tabac SNTA.

A Tizi Ouzou, vieux foyer d'opposition kabyle au gouvernement central, de violents affrontements dans les rues ont fait 12 blessés, dont deux policiers, a rapporté la radio officielle.

D'autres incidents ont éclaté dans la ville de Biskra, à 425 km au sud d'Alger, où environ 500 jeunes ont érigé des barrages pour bloquer la route principale, selon l'APS.

Revenant sur la marche kabyle de jeudi à Alger qui a dégénré en de violentes émeutes, le ministre de l'Intérieur Nourredine Zerhouni avait auparavant déclaré lors d'une conférence de presse qu'il y aurait "une grande hésitation des autorités pour autoriser une manifestation comme celle-ci" à l'avenir.

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300 manifestants arrêtés puis relâchés

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"Après ce qui s'est passé, je plaide personnellement pour une suspension de toutes les manifestations," a-t-il ajouté.

Il a précisé que le dernier bilan officiel était de deux morts - des journalistes écrasés par un autobus - et 946 blessés, dont 18 dans un état grave.

Les médias indépendants avancent le chiffre de six morts.

Selon une estimation encore provisoire, le montant des dégâts causés jeudi s'élèverait à 100 millions de dinars (1,3 million de dollars), a-t-il encore indiqué.

Le rassemblement de jeudi est la plus grande manifestation anti-gouvernementale qu'ait connue l'Algérie depuis l'indépendance en 1962. Il faisait suite à la révolte née le 18 avril, après la mort d'un jeune berbère en garde à vue dans les locaux de la gendarmerie en Kabylie.

La contestation trouve ses racines, au-delà de la seule revendication berbériste, dans les difficultés de la vie quotidienne à travers l'Algérie.

Zerhouni a également déclaré que 300 manifestants avaient été arrêtés jeudi mais qu'ils avaient tous été relâchés samedi en signe de bonne volonté.

Il a imputé la responsabilité des violences aux extrémistes.

"Les gens sont venus avec des armes blanches, des barres de fer et des pierres dans un but évident de tout casser. Je suspecte d'ailleurs des extrémistes d'être parmi les organisateurs de la marche," a-t-il dit.

Il a en revanche déclaré n'avoir aucune information étayant ou démentant la rumeur selon laquelle les policiers auraient dressé les Algérois contre les manifestants berbères, ajoutant douter que les forces de l'ordre aient pu agir de la sorte.

Un photographe a toutefois rapporté avoir vu des policiers exhorter des jeunes du quartier populaire de Belouizdad à pourchasser des manifestants berbères.

"J'ai été violemment battu par des policiers et livré aux contre-manifestants à qui ils ont dit que j'étais Kabyle," écrit Larbi Louafi dans l'édition de samedi du quotidien L'Authentique.

 

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