Reporters sans Frontières (RSF)

22 octobre 2001

ALGERIE

Un journaliste agressé par le fils du général Nezzar

Dans une lettre adressée au ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre l'agression dont a été victime Sid Ahmed Semiane, dit S.A.S.. "Cet acte est extrêmement grave. En touchant à S.A.S., c'est à la liberté de ton que l'on s'en est pris", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de RSF. "Le coupable a été identifié, nous demandons qu'il soit puni", a-t-il ajouté.

Selon les informations recueillies par RSF, Sid Ahmed Semiane, dit S.A.S., chroniqueur au quotidien Le Matin, a été violemment frappé par Lotfi Nezzar pour avoir critiqué le père de ce dernier, Khaled Nezzar, général major à la retraite et ancien ministre de la Défense. L'agression a eu lieu dans une discothèque d'Alger, dans la nuit du 18 au 19 octobre 2001. Un an auparavant, une altercation avait déjà éclaté entre les deux hommes. Ces derniers mois, le journaliste avait été menaçé à plusieurs reprises par Lotfi Nezzar. Le 21 octobre, le général Nezzar a présenté ses excuses au journaliste en qualifiant l'agression "d'affaire de droit commun". Sid Ahmed Semiane, qui souffre de nombreux hématomes et ecchymoses, a déposé plainte. Ce célèbre chroniqueur de la presse algérienne est connu pour ses articles critiques à l'égard de personnalités politiques.

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Virginie Locussol ([email protected] / [email protected])
Bureau Maghreb et Moyen-orient / North Africa and Middle-East desk

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Le fils de Khaled Nezzar a agressé jeudi notre chroniqueur. Notre collègue était encore hier sous surveillance médicale

La République des voyous

Le Matin, 20 octobre 2001

On a frappé Sid Ahmed Semiane. Avec haine, avec l'envie de blesser, de handicaper, peut-être même de tuer. On a frappé notre chroniqueur pour ses écrits, et l'auteur de l'agression, le fils d'un général, le fils du général Nezzar, a dû dormir tranquille la nuit dernière pendant que SAS se tordait de douleur. Ce voyou a tort : il ne dormira plus tranquille avant longtemps. Ce rejeton d'un haut officier de l'ANP qui prend un revolver pour aller danser, cet individu qui se prévaut de la force supposée de son père pour agresser des journalistes, ce chenapan qui pense jouir de l'impunité de la République des voyous, ce garnement va non seulement passer devant les tribunaux, mais aussi et surtout faire l'objet de notre scrupuleuse attention durant ces prochaines semaines. Il est le symbole de ce qu'il coûterait à ce pays s'il venait à basculer définitivement entre les mains des barbouzes et c'est à ce symbole-là que nous nous attaquerons, avec détermination. Nous ferons du procès de ce petit loubard qui profite des galons de papa un procès exemplaire, le procès contre la certitude de l'impunité, le procès des coquins. Un procès à forte portée pédagogique. Quel qu'en soit le prix. Ne cultivons pas le malentendu sur le sens de notre soutien à l'action du général Nezzar : on n'a pas empêché les intégristes de s'emparer du pouvoir pour que les fils des généraux en abusent. Quelle dérision ! Et quelle stupide certitude habite ce mafioso, persuadé qu'il suffit de donner des coups à un journaliste pour l'inhiber définitivement. S'il disposait de quelques aptitudes à la réflexion, il aurait constaté que ni la mort ni la prison ne sont venues à bout de la liberté de la presse. Sans doute aurons-nous, dans la perspective de ce procès, à supporter la pression des « copains de papa », à subir des chantages de divers ordres, mais rien ne nous dissuadera de mener cette bataille-là : pendant que papa Nezzar s'expliquera à Paris contre Souaïdia, le fils rendra des comptes devant le tribunal d'Alger. Et nous dénoncerons toutes les éventuelles entraves de l'administration judiciaire de Ouyahia, nous rendrons publiques toutes les menaces qui nous parviendraient. Le coup est parti.
Mohamed Benchicou

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Notre chroniqueur SAS a été agressé jeudi
par le fils de Khaled Nezar

Communiqué du Matin

Le chroniqueur du Matin, Sid Ahmed Semiane (SAS), vient d'être grièvement agressé par le fils du général-major à la retraite et ancien ministre de la Défense Khaled Nezzar. Reprochant à SAS ses écrits sur Nezzar le père, qui est une personnalité publique, le fils de ce dernier, Lotfi, a finalement mis à exécution ses menaces proférées à maintes fois à l'encontre de notre collègue.
Dans la nuit de jeudi 18 à vendredi 19 octobre, le fils de Nezzar s'est attaqué physiquement à la personne de Sid Ahmed Semiane à l'intérieur puis à l'extérieur d'une discothèque sise dans la proche banlieue d'Alger, lui causant de graves blessures. En effet, après avoir été agressé une première fois dans l'enceinte de l'établissement, SAS a quitté les lieux suite à l'intervention de personnes présentes. Le fils du général à la retraite le poursuivra à l'extérieur pour l'agresser de nouveau et le menacer de mort.
Il faut rappeler que SAS avait à maintes fois subi des intimidations de la part de cet individu qui n'en est pas à son premier forfait. C'est d'ailleurs en raison de ces menaces antérieures que SAS a voulu quitter les lieux au moment même où il a remarqué la présence de celui qui tenait à « faire justice » pour le compte de son père qu'il considère sans doute victime d'un crime de lèse-majesté.
Cette agression sur la personne de notre collègue est un coup porté à la liberté de la presse par ceux qui veulent à tout prix s'octroyer le statut d'intouchable.
Tout en annonçant notre décision de porter cette affaire devant la justice dès aujourd'hui (samedi 20 octobre 2001), Le Matin dénonce cet acte inqualifiable et rassure son chroniqueur de son soutien total. Que son agresseur, ses protecteurs et tous leurs semblables sachent qu'aucune intimidation ne nous fera reculer et que ni leurs agressions ni leurs menaces ne viendront à bout de notre détermination à dénoncer tous les despotismes et toutes les forfaitures, quel que soit le rang de ceux qui s'en rendent coupables, par le libre exercice de notre métier.
Le Matin

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La Tribune : « Nous sommes choqués »

Notre confrère du Matin Sid Ahmed Semiane, journaliste et chroniqueur à l'irrévérence pétillante et impénitente, a été sauvagement agressé par le fils du général à la retraite Khaled Nezzar.
Ce dernier, après plusieurs menaces contre SAS, vient de franchir le Rubicon en commettant l'irréparable. A La Tribune, nous sommes naturellement choqués et outrés par ce comportement de voyou. Et nous dénonçons fermement cet acte odieux. De même, nous assurons SAS et Le Matin de notre entière solidarité.
Dans de pareilles circonstances, la corporation se devrait de réagir vigoureusement afin que force reste à la loi et que ces pratiques fascistes ne se reproduisent plus.
Il semble que ce qui n'a pas été réalisé par le terrorisme et les amendements du code pénal pour faire taire les journalistes, des énergumènes tentent de le faire.
En vain. Nul ne nous intimidera et encore moins ne pourra nous faire taire. Que chacun sache que dès lors qu'on choisit d'être un homme public, ce qui est le cas du général Nezzar, on devrait accepter de s'exposer à la critique.

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Me Miloud Brahimi : « Mobilisons-nous »

« J'apprends avec stupeur et indignation l'inqualifiable agression dont vient d'être victime SAS. Après lui avoir téléphoné pour lui exprimer ma sympathie, je tiens à manifester au Matin ma solidarité pleine et entière.
L'agression perpétrée contre notre ami SAS traduit et trahit des murs absolument inadmissibles, parce qu'elles privilégient la force brutale sur le débat pacifique.
J'appelle à la mobilisation de tous les acteurs de la société civile pour mettre un terme définitif à des agissements aussi scandaleux. »
M. B.

 
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