La bulle pétrolière

La bulle pétrolière

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 10 juin 2008

Le sommet du G8-Energie s’est tenu à Aomori au Japon, c’est une pure coïncidence, au lendemain d’une des journées les plus folles sur les marchés pétroliers. Ce sommet a demandé aux pays producteurs d’augmenter leur production pour faire face à ce qui est présenté comme un troisième choc pétrolier. Pourtant, les statistiques de l’Agence internationale de l’énergie rejoignent celles de l’OPEP: le marché est suffisamment approvisionné.

Le niveau actuel des prix du brut n’est donc pas imputable à un déséquilibre entre l’offre et la demande. Les raisons de cette évolution par à-coups brutaux sont à chercher ailleurs. La formation des prix sur le marché est le fait des deux principales bourses mondiales spécialisées dans les hydrocarbures, celles de New York et de Londres. Sur ces places, se rencontrent les intermédiaires et les traders qui, au moyen d’instruments financiers sophistiqués, échangent à terme des volumes colossaux d’or noir. Ce sont les évaluations et les anticipations de marché qui déterminent le prix du pétrole. Or ces marchés, fort peu régulés, ont connu ces derniers mois une activité spéculative intense, elle-même provoquée par la dépréciation du dollar et les faibles performances des bourses d’actions à travers le monde.

En faisant mine de ne pas tenir compte de cette donnée essentielle pour le marché mondial du pétrole, le G8-Energie semble vouloir accréditer la thèse d’un comportement irresponsable des producteurs qui seraient peu soucieux de répondre aux attentes du marché. Les titres de la presse occidentale sur le «troisième choc pétrolier» relayent, dans des approches plus ou moins nuancées, le discours sur l’insuffisance de la production.

Chakib Khelil a redit le point de vue des pays producteurs. Les mouvements haussiers sont dus à «la crise économique aux Etats-Unis, qui a conduit le dollar à baisser fortement, et aussi aux menaces contre l’Iran qui ont augmenté les tensions géopolitiques». Il a réitéré également la position des exportateurs: «En terme de fondamentaux, il n’y a pas de problème d’offre et de demande. Il y a beaucoup plus une bulle due à la spéculation… ».

Cette position est peu entendue, c’est le moins que l’on puisse dire, par des gouvernements occidentaux qui apparemment semblent se satisfaire d’une situation qui procure des bénéfices considérables à des banques atteintes par la crise des crédits hypothécaires, et qui génère des revenus fiscaux colossaux aux Etats consommateurs.

Quelles sont les conséquences possibles sur l’économie mondiale de ces opérations massivement spéculatives ? La bulle financière sur le marché du pétrole succède à celles que l’on a connues sur les marchés de haute technologie, de l’immobilier et, au plan régional, à la bulle asiatique. La correction d’errements boursiers est souvent très brutale. Elle est en général assumée par des populations qui n’ont jamais partagé l’euphorie des superbénéfices encaissés par des spéculateurs irresponsables.

S’ils veulent éviter des conséquences dangereusement imprévisibles, les gouvernements occidentaux doivent désigner les origines réelles de cette hausse. La moindre des choses serait qu’ils fassent observer les règles prudentielles et le principe de précaution souvent négligés dans un passé récent par les banques. A défaut, le réveil pourrait s’avérer douloureux.