L’Espagne impose des restrictions à Sonatrach, Alger se fâche

L’Espagne impose des restrictions à Sonatrach, Alger se fâche

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 27 mars 2007

A la demande de l’Algérie de revoir à la hausse le prix du gaz qu’elle doit lui vendre, l’Espagne ne perd pas de temps pour lui rendre la pareille en lui imposant une révision à la baisse des quantités qu’elle se fixe de lui acheter conséquemment à l’accord conclu entre la Sonatrach et Gas Natural.

« Nous sommes l’objet d’une évidente discrimination. On va nous laisser vendre une goutte dans l’océan», a déclaré hier le ministre algérien de l’Energie et des Mines au Quotidien espagnol El Païs. Ces propos de Chakib Khelil prouvent que le gouvernement espagnol a fait une volte-face inquiétante à propos du contenu de l’accord gazier conclu depuis longtemps entre la Sonatrach et Gas Natural. Le contrat en question stipule l’exportation par l’Algérie vers l’Espagne de 9 milliards de m3 de gaz, ce qui équivaut 30% de la consommation globale de ce pays en gaz. Hier, le ministre de l’Energie et des Mines a indiqué que le gouvernement espagnol a fait savoir que son pays achèterait un milliard de m3 de gaz algérien, soit 7%. En fait, ce changement d’attitude de Madrid n’est pas aussi surprenant qu’il en a l’air. La décision de l’Algérie de réviser à la hausse le prix du gaz qu’elle doit exporter vers l’Espagne doit en être la cause essentiellement. Pour rappel, l’Algérie a vu que le prix de cession du gaz à l’Espagne a été négocié au temps où celui du pétrole était moyen. Aujourd’hui, le gaz est vendu à un prix devenu trop bas par rapport à l’importance de l’envolée des cours du brut. Ouvertes depuis 11 mois, les négociations entre l’Algérie et l’Espagne autour de la révision à la hausse du prix du gaz n’ont toujours pas abouti.

Le refus de Madrid

L’Espagne a en effet refusé d’acheter le gaz algérien à un prix augmenté de 20% tel que proposé par Alger même si cette augmentation pourrait se faire en deux tranches. Bloquées depuis le rejet de la proposition algérienne par Madrid, les négociations prendront à partir d’aujourd’hui inévitablement une autre tournure, celle de la défense des intérêts de tout ordre. Parce qu’entre autres intérêts énergétiques, il se pourrait que les déclarations politiques de l’un et de l’autre pays au sujet de la question sahraouie auraient à elles seules pesé lourdement. L’on pourrait croire d’ores et déjà que rien ne va plus entre l’Algérie et l’Espagne. La visite du roi Juan Carlos à Alger n’a donc pas servi à grand-chose si l’on tient au caractère sec et au ton ferme des récentes déclarations du ministre algérien de l’Energie et de Mines au sujet du contrat gazier qui lie les deux pays. Ceci en admettant que l’essentiel de ce qui caractérise les relations entre Alger et Madrid. Avant même que les choses ne se durcissent entre les deux pays, l’Algérie se devrait de se préparer pleinement à défendre l’idée de la création d’une OPEP du gaz. Et pour cause. «De là à aller à une OPEP du gaz, il faut un peu plus de travail.» C’est une déclaration du ministre de l’Energie et des Mines qui, s’il est tenu de s’aligner sur les choix du président de la République en matière de politique énergétique en mettant en avant un certain nombre de préalables, il se doit impérativement d’être plus percutant à ce sujet. La question pourrait ne pas être ficelée le 9 avril prochain à Doha, mais son esquisse d’une manière sérieuse pourrait protéger les pays producteurs comme l’Algérie contre toute velléité de marchandage des pays consommateurs.

La nouvelle vision gazière

Il faut admettre que l’idée d’une OPEP du gaz n’a pas surgi du néant. Elle constitue de fait une crainte de taille depuis que l’Algérie a signé un important accord avec Gazprom le russe. Un tel accord n’a pu se faire en évidence qu’après de profondes tractations entre les deux géants du gaz. Les déplacements de représentants de plusieurs pays européens en Algérie, avec à leur tête l’Italien Romano Prodi, témoigneraient d’une maturation d’une nouvelle vision gazière chez les producteurs. Le président Bouteflika a été le premier à mettre les pieds dans le plat en déclarant au même journal espagnol que l’idée mérite réflexion. En fait, il n’a pas dit ni plus ni moins que son ministre de l’Energie et des Mines qui a préféré rester prudent sur le sujet. Si Chakib Khelil a jugé qu’elle n’était pas opportune, il n’a jamais dit qu’il en était foncièrement contre.

Mercredi dernier, en attendant que les présidents africains procèdent à l’ouverture du sommet extraordinaire du NEPAD, il n’a pas été avare en propos sur la question bien qu’il a préféré en donner de plus importants à un journal étranger. Il a fait part en tout à la presse algérienne de l’existence « depuis quatre ans » d’un forum de producteurs de gaz qui discute d’aspects divers de cette énergie, mais qui à ce jour n’a pas très bien cerné l’opportunité de la création d’une OPEP du gaz. Le ministre estime qu’en discuter le 9 avril prochain à Doha n’engagera en rien personne. Il faut juste se mettre à l’idée, selon lui, qu’une organisation de ce genre doit avoir ses raisons et ses objectifs bien définis pour pouvoir exister. Il lui place, à cet effet, un grand nombre de préalables sous forme de questionnements.

Les interrogations de Khelil

«Est-ce qu’une OPEP du gaz permettra aux pays producteurs de désindexer effectivement le prix du gaz du pétrole ? Si oui, à quel prix vendront-ils le gaz ? Plus élevé, moins élevé que celui du pétrole ? Et comme les contrats sont à long terme, quelles échéances se fixeront-ils pour amortir leur décision de la création d’une OPEP du gaz ? ». Mais vous ne semblez pas être vraiment pour le principe ? lui demandons-nous. «Absolument pas ! Je veux savoir où et vers où pourrions-nous aller si la décision est tranchée», a-t-il répondu. Khelil affirme qu’il ne serait pas aisé d’aller vers une OPEP du gaz «juste pour y aller mais savoir en tirer profit à moyen et long terme».

En attendant, il répondra par oui à la question de savoir si une telle idée n’amènerait pas l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à ouvrir le dossier énergie qui lui tient tant à coeur. Agité à plusieurs reprises dans les rangs de l’Organisation de Pascal Lamy, ce dossier risque en effet d’être effectivement ouvert selon Khelil lors de la prochaine réunion de Doha. La démarche dans ce sens sera comptée comme l’une des premières réactions des pays occidentaux à l’idée de la création d’une OPEP du gaz.

Le ministre a affirmé par ailleurs que les décrets d’application de la loi sur les hydrocarbures ont été finalisés. «Tout est prêt, les textes d’application qui permettront l’entrée en vigueur de la loi sont finalisés, ne manque que la signature d’un dernier contrat entre la Sonatrach et l’ANAFT», dira-t-il. Le tout pourrait passer, selon lui, devant le prochain Conseil des ministres pour être définitivement adopté.