La tension monte entre Israël et le Hezbollah : L’autre guerre qui risque d’embraser la région

Amel Blidi, El Watan, 13 mars 2024

Malgré l’escalade, les deux parties impliquées – Israël et le Hezbollah – semblent vouloir éviter une guerre ouverte, conscientes des conséquences désastreuses que cela pourrait entraîner.

Les frontières entre Israël et le Liban sont devenues un point chaud de la région, alors que les échanges de tirs entre les forces d’occupation israéliennes et le Hezbollah connaissent, depuis le début de la guerre à Ghaza, une escalade inquiétante.

Cette montée des tensions, qui semblait initialement limitée à la bande frontalière, s’étend désormais à des zones plus profondes au Liban, laissant craindre une possible dégradation de la situation et un déclenchement d’une guerre ouverte aux conséquences dévastatrices pour la région toute entière.

La situation est marquée par des échanges de tirs quotidiens et des déclarations belliqueuses des deux côtés, laissant craindre une escalade incontrôlable.

Jusqu’à présent, analyse le magazine américain Foreign Policy, les deux belligérants «ont maintenu le conflit en dessous du seuil de la guerre ouverte, privilégiant les représailles du tac au tac aux diverses provocations». Hier, le Hezbollah a affirmé avoir lancé «plus de 100 roquettes» sur des positions militaires israéliennes.

Depuis le début de la guerre, au moins 317 personnes, la plupart des combattants du Hezbollah et 54 civils, ont été tuées au Liban, selon l’agence AFP.

Les échanges de tirs sont devenus presque quotidiens entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Cependant, ils ont pris le 26 février, une nouvelle tournure : des frappes israéliennes ont ciblé des sites du Hezbollah dans la région de Baalbek, en Bekaa, dans l’est du Liban, marquant ainsi un changement significatif dans la dynamique du conflit.

Il y a là un changement de stratégie de la part de l’armée d’occupation israélienne car, jusque-là, les attaques étaient concentrées dans le sud du Liban.

Le 29 février, une information de CNN a fait monter la température. Selon la chaîne américaine d’information, l’Etat sioniste «prévoit une incursion terrestre au Liban, qui pourrait être lancée à la fin du printemps ou au début de l’été si les efforts diplomatiques échouaient à éloigner le Hezbollah de la frontière israélienne».

Malgré l’escalade, les deux parties impliquées – Israël et le Hezbollah – semblent vouloir éviter une guerre ouverte, conscientes des conséquences désastreuses qu’elle pourrait entraîner. Pour l’heure, le Hezbollah, bien que s’engageant dans des actions militaires contre Israël en soutien au Hamas dans la bande de Ghaza, semble préférer maintenir ses troupes au Nord pour ne pas affaiblir ses positions dans le Sud.

Une nouvelle guerre dans un Liban déjà exsangue à cause de la crise économique serait désastreuse. Amar Moussaoui, responsable des Affaires internationales du parti libanais, déclarait il y a peu : «Nous, le Hezbollah, ne voulons pas de guerre ouverte avec Israël, mais nous sommes prêts.»

De son côté, Israël cherche à repousser le Hezbollah de ses frontières. Malgré ces intentions affichées, la situation reste volatile et instable, et les efforts de médiation internationale, notamment ceux de la France et des Etats-Unis, n’ont pas encore abouti à des résultats tangibles.

Le commando Al Radwan

Le Hezbollah conditionne la fin de ses attaques contre Israël à un cessez-le-feu dans la bande de Ghaza. Du côté d’Israël, le ministre de la Défense, Yoav Gallant, a récemment averti qu’une éventuelle trêve à Ghaza – qui, soit dit au passage, ne vient toujours pas – n’entamerait pas «l’objectif» d’Israël de repousser le Hezbollah de sa frontière nord, par la force ou la diplomatie.

Hier, la formation libanaise a annoncé que son chef, Hassan Nasrallah, avait rencontré le chef adjoint du bureau politique du Hamas, Khalil Al Hayya. Les deux hommes ont abordé les pourparlers en cours visant à parvenir à un cessez-le-feu à Ghaza et les attaques menées par les alliés régionaux du Hamas pour soutenir ses efforts de guerre, selon un communiqué du Hezbollah.

Il s’agit de la première rencontre entre le secrétaire général du Hezbollah et une délégation du mouvement de résistance islamique depuis l’assassinat par Tel-Aviv du numéro 2 du Hamas, Saleh Al Arouri, dans la banlieue sud de Beyrouth.

Il est à rappeler que le Hamas et le Hezbollah ont établi une «chambre d’opérations communes» avec le Jihad islamique palestinien et la Force Al Qods, une unité d’élite des Gardiens de la révolution en Iran, bien avant le début de l’agression israélienne à Ghaza.

Le 14 août dernier, Hassan Nasrallah avait mis en garde Israël, qui avait menacé de ramener le Liban «à l’âge de pierre» si le Hezbollah le provoquait. Il suffit «de quelques missiles de haute précision» au Hezbollah pour détruire «les aéroports (…), les centrales électriques, les centres de communication et la centrale (nucléaire) de Dimona», avait-il alors répliqué.

Le Hezbollah s’appuie sur son commando militaire Al Radwan, considéré comme l’unité de forces spéciales du groupe. Cette unité, déployée dans le sud du Liban, a pour mission de contrer les tentatives d’offensives israéliennes sur le territoire libanais et de mener des infiltrations dans le nord d’Israël.

Fondé au lendemain de la guerre de 2006, sous l’impulsion d’Imad Mougnieh, l’un des plus hauts dirigeants du Hezbollah décédé en 2008, Al Radwan a pour objectif principal la défense du territoire sud-libanais contre Israël.

Cette mission est clairement démontrée par les actions de l’unité, comme la simulation d’une infiltration du territoire israélien réalisée en mai 2023, devant un groupe de journalistes. Un discours télévisé du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est attendu aujourd’hui.