«Nous avons accusé un retard dans les énergies renouvelables»

ABDELMADJID ATTAR, ANCIEN PATRON DE SONATRACH, L’AVOUE

«Nous avons accusé un retard dans les énergies renouvelables»

Le Soir d’Algérie, 19 janvier 2016

Pour l’ancien ministre des Ressources en eau et ex-premier responsable de Sonatrach, le pays ne fait pas face à une crise énergétique mais plutôt à une crise de diversification de son économie, actuellement basée presque à 100% sur les hydrocarbures.
M. Kebci – Alger (Le Soir) – Certes, Abdelmadjid Attar affirmait, hier lundi sur les ondes de la Chaîne III de la radio nationale, qu’il y a «une prise de conscience, se fiant aux déclarations des uns et des autres, mais il estime qu’un retard considérable a été accusé. Car, selon lui, «quelles que soient les mesures qu’on prend, elles ne pourront donner leurs effets que dans deux ou trois ans. C’est bien beau d’investir dans les services, l’agriculture, l’industrie, mais on n’aura de retour que dans trois ou quatre ans. Mais d’ici-là, que faudra- t-il faire ? s’interrogera-t-il. Et de répondre en affirmant que l’Algérie a la chance d’avoir son Fonds de régulation des recettes, ses réserves de change pour couvrir son commerce extérieur. Ceci même s’il considère qu’il est temps d’aller vers l’endettement en finançant beaucoup ou la majorité des projets par des emprunts obligataires locaux ou à l’extérieur. Cela permettra, justifie-t- il, de préserver le Fonds de régulation, de ne pas toucher trop aux réserves de change en attendant que les choses s’améliorent car le baril du pétrole reprendra d’ici deux ans les 40 dollars voire même les 60 dollars. Et de faire siennes des estimations selon lesquelles au-delà de 2025, le pétrole et le gaz reprendront leurs places. Et il est question que le pétrole atteigne 140 dollars le baril. Reconnaissant que la situation du pays est «extrêmement difficile », il avouera ne pas vouloir être à la place des gouvernants auxquels il reprochera de n’avoir rien fait dans les énergies renouvelables en temps opportun. «Quand on avait la fameuse manne financière qui nous aurait permis d’investir et d’avancer dans le domaine ». Un retard qu’il mettra sur le compte de ce «défaut» qui nous colle comme une seconde nature en ce sens, regrettera-t-il, que «nous attendons que le feu atteigne la baraque pour prévoir des systèmes de lutte contre l’incendie ». Abordant le marché mondial de l’or noir, l’ancien président-directeur général de Sonatrach certifie qu’il ne peut pas aller au-delà du niveau actuel avec un baril de pétrole se négociant à 28, 30 et 35 dollars . «Nous avons pratiquement atteint le plancher concernant une bonne moitié de la production mondiale, c’est-à-dire le prix de revient tourne autour d’une moyenne de 25 dollars surtout dans les zones offshore, il atteint parfois 40 dollars dans certaines zones.» Et d’estimer qu’il est «extrêmement difficile de faire des prévisions ou de dire comment évaluer le baril dans un sens ou dans un autre car la situation est complètement différente par rapport à celles de 1986, 1999 et 2008», avouant «s’être trompé comme d’ailleurs le FMI ou encore l’Arabie Saoudite» quand tout ce beau monde prévoyait une «stabilisation autour de 60 dollars». Attar expliquera que si tous les chocs pétroliers qui ont lieu jusqu’à 2008 avaient des raisons très précises, celui actuel, car c’en est un, obéit plutôt à la règle de l’offre et de la demande avec, relèvera-t-il, une récession mondiale, les pays émergents comme la Chine qui consomment nettement moins, les Etats-Unis qui se suffisent en gaz et en pétrole de schiste, tandis que le gaz remplace petit à petit le pétrole qui perdra son influence dans les 20 ou 30 prochaines années tandis que le gaz est en nette croissance. A cela, il faudra ajouter les économies d’énergie, les nouvelles technologies ou encore la consommation mondiale qui a diminué grâce au progrès technologique. Un nouvel ordre que l’arrivée de l’Iran sur le marché pétrolier mondial ne modifiera pas grandement. Selon Attar, Téhéran n’a pas encore mis un seul baril sur le marché, considérant qu’elle peut démarrer si les sanctions sont complètement levées, s’il y a modernisation et rénovation des installations pour arriver durant les trois premiers mois à 200 000 barils par jour tout au plus, 500 000 d’ici la fin de l’année en cours. A cela, il faudra noter qu’aujourd’hui déjà, il y a trop de pétrole sur le marché, à peu près 2 millions de barils de plus, et un manque, voire absence totale de solidarité parmi les membres de l’Opep qui, selon lui, «n’est plus l’acteur d’autrefois, le pétrole étant déjà devenu un produit quelconque ». Et d’ajouter : «Nous assistons à une nouvelle ère, à un nouvel ordre, il y a quelque chose qui est en train de se mettre en place dans le secteur énergétique de façon générale qui va complètement changer le marché pour le pétrole et le gaz.»
M. K.