Ahmed Attaf en visite hier à Tripoli : L’Algérie réitère son soutien à une «solution libo-libyenne»

Mokrane Aït Ouarabi, El Watan, 4 février 2024

Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a transmis un message écrit du chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune au président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Younes El Menfi.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ahmed Attaf, s’est rendu, hier, à Tripoli en tant qu’envoyé spécial du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Il était porteur d’un message écrit du chef de l’Etat au président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Younes El Menfi.

«Cette visite participe de l’attachement de Monsieur le Président de la République à la consolidation des liens de fraternité, de solidarité et de coopération entre l’Algérie et la Libye et à la préservation et au renforcement des traditions de concertation et de coordination au service des intérêts des deux pays et peuples frères et de la stabilité de la région et de son voisinage», a précisé, le même jour, un communiqué du ministère des Affaires étrangères (MAE).

A son arrivée, le chef de la diplomatie algérienne a été reçu par le président du Conseil présidentiel avec lequel il a passé en revue «l’état et les perspectives» des relations algéro-libyennes, saluant au passage «les liens historiques, fraternels et de solidarité enracinés entre les deux pays et peuples frères».

M. Attaf a fait état de «la disposition de l’Algérie à contribuer, de par sa position au sein du Conseil de sécurité, à défendre les préoccupations et les priorités des frères libyens, en vue d’accélérer la réalisation d’une solution libo-libyenne à même de mettre fin définitivement à la crise».

Excellentes relations

Alger, qui entretient d’excellentes relations avec Tripoli, a toujours refusé la diplomatie de la canonnière et œuvré pour un dialogue inclusif inter-libyen afin d’aboutir à un processus politique de sortie de crise et d’éviter un morcellement du pays. Pour ce faire, les autorités algériennes appuient les efforts de la médiation internationale sous l’égide des Nations unies et encouragent la tenue d’une élection présidentielle qui permettra à la Libye d’avoir des institutions légitimes.

C’est ainsi qu’Ahmed Attaf a reçu, en novembre 2023, à Alger, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Libye et chef de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL), Abdoulaye Bathily. Le chef de la diplomatie algérienne a salué les efforts consentis pour l’adoption des textes de loi nécessaires à l’encadrement du processus électoral en Libye et pour surmonter les différends qui entravent ce processus.

Il a également appelé la communauté internationale à continuer de soutenir le peuple libyen pour «relever les défis imposés par la période actuelle et unifier ses rangs pour mettre un terme à la crise». M. Attaf a souligné que l’Algérie, qui a toujours été aux côtés de la Libye, «par l’acte et la parole», restera «fidèle à sa politique et à sa position sur la crise qui menace la sécurité, la stabilité et l’unité de ce pays frère et voisin».

Un chaos inextricable

Depuis le renversement du régime du colonel Mouammar El Kadhafi et son assassinat en 2011, la Libye est plongée dans un chaos inextricable. Embourbé dans une interminable guerre entre les pouvoirs de l’Est et de l’Ouest, ce pays de près de sept millions d’habitants, riche en hydrocarbures, peine à retrouver la voie de la paix et de la stabilité.

Victime d’ingérences étrangères, la Libye voit ainsi son unité plus que jamais menacée, avec deux gouvernements, l’un porté par le maréchal Khalifa Haftar, qui commande l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) et, l’autre, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, reconnu par la communauté internationale.

Mais le maréchal Haftar, qui cache mal ses ambitions présidentielles, refuse de le reconnaître et cherche à imposer sa propre feuille de route. Il a d’ailleurs tenté, en 2019, de renverser le gouvernement d’unité nationale en lançant une offensive contre Tripoli, avec le soutien des Emirats arabes unis et des milices russes de Wagner.

La «Bataille de Tripoli» s’est déroulée entre le 4 avril 2019 et le 5 juin 2020. Grâce à l’appui de la communauté internationale et le soutien militaire de la Turquie, le gouvernement de Tripoli a réussi à mettre en échec cette offensive. Affaibli, l’homme fort de l’est libyen a fini par signer un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement de Tripoli en octobre 2020, à Genève.

Mais les frictions entre les deux gouvernements n’ont pas cessé puisque la Libye est toujours dirigée par deux gouvernements rivaux. Une aggravation du conflit risque de conduire le pays à l’éclatement. Un scénario qu’Alger, qui partage avec l’ex-Jamahiriya près de 1000 km de frontières, veut éviter à tout prix.