Réforme dans le secteur hydrolique en Afrique du nord

RÉFORME DANS LE SECTEUR HYDRAULIQUE EN AFRIQUE DU NORD

La Banque mondiale évoque les groupes de pression

L’Expression, 25 mars 2007

La disponibilité de l’eau par habitant baissera de moitié en 2050.

La corruption gangrène le secteur de l’hydraulique en Afrique du Nord. Le constat est établi par la Banque mondiale, dans son dernier rapport intitulé: «Obtenir le meilleur parti des ressources rares: une meilleure gouvernance pour une meilleure gestion de l’eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord». En dépit des investissements énormes consentis par la région dans l’alimentation en eau courante, (des pays comme l’Algérie, l’Égypte et le Maroc consacrent ainsi 20 à 30% de leur budget à l’eau), beaucoup de pays obtiennent de mauvais résultats dans le domaine. Deux principales raisons expliquent ce manque de résultats, selon la Banque mondiale qui cite d’abord le fait que des changements n’ ont été entrepris qu’en partie. «La majorité des pays tardent à s’attaquer aux réformes les plus importantes parce que celles-ci se sont avérées intouchables» souligne le rapport. Les raisons avancées varient en fonction du contexte national, «mais dans la majorité des cas, des groupes disposant d’ importantes assises politiques se sont opposés aux changements». Certains groupes puissants profitent de la subvention des services ou du système en place de répartition de la ressource et maintiennent le statu quo. «Ceux qui pourraient tirer partie des réformes – les agriculteurs, les défenseurs de l’environnement – n’ont pas réussi à constituer de lobbies efficaces». L’autre argument, qui est le plus important, de l’avis des experts de la BM, à trait au fait que la région n’a pas fait l’expérience du type de grande crise de ressources naturelles ou économiques, qui peuvent amener tout le monde à accepter que les réformes sont nécessaires et que les avantages seront globalement suffisants pour justifier les difficultés sociales, économiques et politiques que cela implique. Et pourtant, la région de l’Afrique du Nord connaît un véritable problème de pénurie d’eau. Malgré la diversité du paysage et du climat qui les caractérisent, la plupart des pays de la région ne sont pas en mesure de satisfaire la demande en eau. Nombre d’entre eux sont, en effet, confrontés à de véritables crises et tout porte à croire que la situation se dégradera davantage. «La disponibilité de l’eau par habitant baissera de moitié en 2050 et s’accompagnera de graves conséquences pour les nappes souterraines et les réseaux hydrographiques naturels déjà assez limités de la région», met en garde la BM. Ces pays, sont-ils en mesure d’adapter leurs méthodes de gestion d’eau actuelles pour relever ces multiples défis?
Les conséquences sociales, économiques et budgétaires seraient énormes s’ils n’en étaient pas capables. Les ser-vices d’eau potable deviendraient plus irréguliers qu’ils ne le sont déjà. Les villes dépendraient de plus en plus de la désalinisation qui est une pratique coûteuse et devront, en période de sécheresse, s’appuyer fréquemment sur les secours d’urgence fournis au moyen de camions citernes. Dans le domaine de l’agriculture irriguée, les revenus des agriculteurs seront davantage réduits en raison du peu de fiabilité de la disponibilité de l’eau. C’est le scénario que prévoit cette étude. «Il est indispensable d’introduire un ensemble de réformes aux plans technique et politique dans le secteur de l’eau de la majorité des pays de la région pour qu’ils soient en mesure de donner un coup d’accélérateur à leur progrès». Au nombre des changements figurent un mode de planification qui puisse prendre en compte la qualité et la quantité de l’eau ainsi que l’ensemble du système hydrologique, la promotion de la gestion de la demande, la réforme des tarifs de l’alimentation en eau, le renforcement des organismes étatiques.
Selon le rapport, les pays de la région Mena (Proche-Orient, Afrique du Nord), consomment près de 80% de l’eau dont ils disposent. Cela contraste fortement avec des régions comme l’Amérique latine, les Caraïbes ou l’Afrique subsaharienne, où ils ne consomment que 2% environ du volume disponible.
Une consommation déjà si élevée ne laisse guère de marge aux pays de la région pour absorber l’accroissement de leur population ou les effets du changement climatique, qui pourraient amener les pays de la région à restreindre l’utilisation de cette ressource.

Achira MAMMERI