Bientôt un holding de l’eau

SELLAL L’A ANNONCE HIER

Bientôt un holding de l’eau

Le Quotidien d’Oran, 20 juin 2005

La nouvelle politique de restructuration et réorganisation du secteur de l’eau commence à se concrétiser sur le terrain. Le ministère des Ressources en eau a entrepris un grand changement dans ses services qui sont passés d’un statut d’administration publique à un statut d’EPIC.

C’est ainsi que l’ANB est devenue l’ANBT, l’AGID est devenue l’ANID et devra regrouper l’ensemble des offices des périmètres irrigués (OPI) et l’ADE devra créer des petites SPA qui vont gérer les eaux des grandes villes, en l’occurrence Oran, Constantine et Annaba, avec des partenaires nationaux et/ou étrangers, comme c’est le cas pour la ville d’Alger. Le département de Abdelmalek Sellal envisage de créer au cours de l’année prochaine trois filiales. La première prendra en charge le dragage et la dépollution des eaux usées, la deuxième s’occupera du transfert des eaux de barrages et la troisième devra gérer les eaux de barrages. Le ministre des Ressources en eau s’est inspiré du modèle de la SONATRACH en matière d’organisation. Il faut savoir que l’ensemble des services et des structures du secteur de l’eau, gestion des ressources et assainissement, vont être chapeautés par un holding qui sera créé au niveau central.

Un holding qui aidera l’Etat à suivre de près les évolutions du secteur en assurant sa mission de service public et à financer les grands projets d’investissement dans le secteur.

Le ministre des Ressources en eau a déclaré hier aux directeurs de wilaya de l’hydraulique, réunis pour la présentation du programme sectoriel décentralisé (PSD) 2005-2009, que l’idée de créer un holding pour les services du secteur de l’eau n’est pas nouvelle puisque le ministère a déjà entrepris des démarches en réorganisant ses structures et aboutir enfin à créer ledit holding.

Le ministre des Ressources en eau a recommandé aux directeurs de son secteur de lancer les appels d’offres simultanément pour la concrétisation des projets inscrits dans le programme du secteur 2005-2006, et ce, avant la fin de l’année en cours.

Ainsi, l’ensemble des directeurs recevront une documentation détaillée sur le projet dès la semaine prochaine. Il s’agit, selon le ministre, d’un tableau qui fait ressortir l’échéancier de lancement du projet, des appels d’offres, le lancement des travaux et l’achèvement prévisionnel du projet.

Intransigeant, le ministre a déclaré qu’il n’a pas besoin de rapport en contrepartie mais de faits et d’actions sur le terrain. Très ferme, il a informé l’ensemble des présents qu’un dispositif de suivi est déjà mis en place au niveau du ministère.

L’objectif principal de ce programme est d’arriver à assurer 7,5 milliards de m3, d’ici la fin l’année 2009, et ce, à travers la réalisation de 13 barrages (8 sont déjà en cours de réalisation et 5 sont en voie de lancement). Le programme doit comprendre également la réalisation d’une quinzaine de transferts. L’on compte l’achèvement de Taksebt, Béni Haroun, MAO, Tilsedit de Bouira, Tichi Haf de Béjaïa, Koudiat Acerdoune (hauts plateaux), Kramis et Koudiat Rosfa. Il y a en outre le projet de dessalement d’eau avec 11 stations inscrites au programme et qui devront assurer une production annuelle de 450 millions/m3 par an avec aussi la réhabilitation et la réalisation d’une cinquantaine de stations d’épuration et la réutilisation des eaux épurées pour les besoins de l’irrigation.

Le ministre a précisé que les eaux épurées seront offertes gratuitement aux agriculteurs, une façon d’encourager les fellahs a travailler la terre.

Le ministre a présenté par ailleurs les projets relatifs à la gestion des réseaux. Il a parlé de la réhabilitation et la rénovation des réseaux de distribution de 27 villes et l’amélioration des performances des établissements au niveau de chaque wilaya. Sur le plan des réformes, le ministre a mis l’accent sur la protection du domaine public hydraulique et l’ouverture vers le partenariat, la mise en place de SPA et la finalisation des contrats de gestion déléguée au profit des wilayate.

Le ministre des Ressources en eau ne semblait pas satisfait du travail des directeurs de l’hydraulique et ceux des agences des bassins hydrauliques. Sur un ton dur, il a pointé du doigt les directeurs des DHW les accusant d’avoir agi comme des subdivisionnaires. «Vous n’êtes pas des subdivisionnaires, il faut que vous compreniez une fois pour toutes que vous êtes des concepteurs d’un programme de prévention et prospection pour améliorer le problème hydrique de votre wilaya et du pays», a-t-il martelé.

Le ministre a recommandé à ces derniers de mettre en place des cellules de réflexion et de prospection pour améliorer leurs services. Il ajoute «On ne voit rien arriver, l’été approche, mais personne ne bouge». Sur un ton menaçant, il précise: «Je vous conseille de faire attention pour ce qui des MTH, il faut trouver rapidement une solution pour toute interconnexion entre les eaux usées et l’eau potable avant que le problème n’affecte le citoyen». En ce qui concerne les directeurs des agences des bassins hydrauliques, le ministre n’a pas été clément: «Il y a certains responsables des ABH qui sont à côté de la plaque», a-t-il précisé en recommandant à ces derniers la mise en place d’un dispositif de recouvrement pour assurer le payement des taxes des forages et puits, sachant que sur cette question, beaucoup reste à faire. Le ministre veut un véritable recouvrement qui aidera à l’identification des usagers non branchés aux réseaux.

Le ministre des Ressources en eau a ouvert une parenthèse sur les pertes que subit son secteur en raison des mauvais payeurs et des branchements illicites. Il a indiqué que pour Alger, il est enregistré une moyenne de 17 % de perte commerciale et 20 % de perte physique due aux fuites d’eau. En ce qui concerne les pertes au niveau du territoire national, le ministre a fait un constat alarmant: «Nous n’avons pas de chiffres, c’est l’anarchie totale une fois que vous dépassez la capitale».

M.Aziza