Les contrecoups d’une thérapie de choc

STRATÉGIE DE COMMUNICATION D’OUYAHIA

Les contrecoups d’une thérapie de choc

Le Soir d’Algérie, 3 octobre 2017

Il affiche l’image d’un homme sûr de lui, déterminé à aller jusqu’au bout de la mission qui lui est dévolue. Pour faire passer son message, Ouyahia s’appuie sur une stratégie de communication qui ne passe pas inaperçue, livrant aux Algériens des «vérités» crues, sans emballages et sans démontrer surtout la moindre appréhension sur les conséquences d’annonces peu anodines.
Abla Cherif – Alger (Le Soir) – A l’inverse de ses prédécesseurs, le Premier ministre opte donc pour dévoiler le plan d’action gouvernemental sans mettre de gants. Les tournures abracadabrantes de Sellal, les discours mi-figue mi-raisin de Belkhadem ou en résumé les précautions prises depuis un certain nombre d’années pour faire passer en douceur des transitions socio-économiques sont une ère révolue.
L’heure est grave, l’économie du pays chancelle menaçant la stabilité sociale des Algériens et c’est à ces derniers qu’Ouyahia décide donc de dire les choses telles qu’elles se présentent et telles qu’elles se feront. De la manière dont elle a été présentée, la liste des vérités énoncées par ce dernier est pourtant choquante a priori.
Le recours à la planche à billets, le retour à l’exploitation du gaz de schiste, la révision de la loi sur les hydrocarbures, l’endettement interne, les tergiversations autour de la mise en pratique d’une taxe sur les voyages (finalement démentie), et même l’impôt sur la fortune sont les ingrédients d’une plaquette de pilules qui n’ont pas été dorées avant de se faire avaler.
L’auteur de ses annonces avait prévenu que des mesures douloureuses allaient être entreprises pour éviter à «l’Algérie de sombrer dans l’enfer» et que tout le plan d’action se basait sur des «faits réalistes». Alors à quoi bon enjoliver ou farder ces mêmes faits, semble dire Ouyahia aux Algériens lorsqu’ils s’adressent à eux ? Ses arguments sont crus : «Sans le financement interne non conventionnel, nous n’aurons pas de quoi payer les fonctionnaires dès novembre prochain» a-t-il fait savoir empruntant au passage une expression populaire bien connue de la population : «La lame (ou le couteau) est arrivée à l’os». Les Algériens ont même eu droit à une réponse en règle suite aux critiques suscitées par la diffusion d’images choquantes par l’ENTV lors de l’anniversaire de l’adoption de la charte sur la réconciliation nationale. Il s’agissait, selon lui, d’une manière de «rendre hommage aux victimes du terrorisme et de préserver leur mémoire».
Pas de formules «emballées» non plus pour répondre aux critiques d’une opposition révoltée par la situation. Ces formations politiques, toutes tendances confondues, ont été successivement qualifiées «d’artisans d’une opposition radicale et inutile». «Les artisans de l’opposition, a-t-il déclaré, ont utilisé un langage outrancier, ils ont traité l’Etat de voyou et le régime de maffieux (…) Vous étiez absents lors des grands rendez-vous, à présent, même vos militants fuient votre radicalisme répulsif». Dans le contexte, le discours a eu pour effet d’accentuer un malaise déjà insupportable. Ouyahia l’ignore-t-il ? Rompu aux pratiques politiques (il a occupé six fois le poste de Premier ministre depuis 1995) spécialistes des épreuves difficiles, il n’est pas sans savoir, non plus, que son mandat chevauche une échéance électorale de taille : les présidentielles 2019.
Cette perspective mobilise depuis un long moment déjà toutes les énergies impliquées dans le processus. La conjoncture nécessite de la prudence et un tact qui n’a pas prévalu jusqu’à l’heure. Cela, le Premier ministre semble l’avoir compris.
Certaines sources annoncent d’ores et déjà que les mesures économiques envisagées par son gouvernement pourraient être reportées à l’après-2019…
A. C.