Les risques d’aggravation de la situation socio-économique s’amplifient

Avec l’accumulation des signaux d’alerte

Les risques d’aggravation de la situation socio-économique s’amplifient

El Watan, 18 janvier 2016

Un dinar en dévaluation continue, un pouvoir d’achat en chute libre, des consommateurs désarçonnés face aux hausses des prix déjà appliquées et celles annoncées, des charges de plus en plus lourdes pour les entreprises, un outil de production toujours en panne, et une issue de sortie de crise en attente.

Autant d’éléments qui illustrent les difficultés socio-économiques en ce début d’année 2016, la deuxième année du quinquennat présidentiel 2015-2019 commence en effet avec des signaux alarmants à différents niveaux. Mais ce sont les travailleurs, notamment les moins rémunérés, qui risquent de subir beaucoup plus les conséquences d’une telle situation.

Ayant déjà eu à supporter les hausses injustifiées des prix de certains produits au cours de ces dernières années après la vague de revalorisations salariales de 2011 et 2012 dans un marché marqué par l’absence d’outils de régulation, cette catégorie de la société se retrouve aujourd’hui, à cause de cette crise, désarmée.

C’est la première frange de la population à pâtir des mesures de l’austérité. La question est sur toutes les lèvres et le débat prend de plus en plus dampleur, que ce soit dans les discussions entre amis, en famille, entre collègues ou sur les réseaux sociaux. Chacun y va de ses commentaires et à chacun sa manière de faire part de ses appréhensions quant à des lendemains incertains.

Et ce n’est pas le retour du crédit à la consommation annoncé en grande pompe qui viendra alléger la situation. Au moment où l’on s’affaire au sommet de l’Etat à baliser le terrain à la nouvelle constitution, et où d’autres acteurs ont décidé de sortir au grand jour des vérités ou contre-vérités historiques – ce qui est considéré par certains comme un moyen de détourner le débat sur la situation socio-économique -, le simple salarié, en d’autres termes le citoyen lambda, réfléchit aux moyens de faire face à une éventuelle explosion des prix.

Et ce, d’autant que les caisses de l’Etat se vident, et donc dans l’incapacité d’opérer des augmentations salariales contrairement aux années de faste, alors qu’en parallèle les patrons du privé se disent aussi en manque de moyens financiers pour revoir les rémunérations à la hausse. «S’il le faut, je vais licencier des travailleurs, quitte à me retrouver seul».

C’est la déclaration d’un opérateur économique dans les services à El Oued, rencontré la semaine dernière à l’occasion de l’assemblée générale de la chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI).

Et un autre de la même région employant 18 personnes toujours dans les services de dire : «Les augmentations salariales sont inévitables. Nous nous attendons à des revendications dans ce cadre au cours de ce premier trimestre de l’année».

Chelghoum Djamel, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) d’Alger abonde dans le même sens : «Soulignons que les coûts de production vont augmenter au cours de cette année en raison notamment de la dévaluation du dinar.

En effet, les producteurs nationaux qui sont tributaires de la matière première importée et des équipements seront, eux aussi, contraints de répercuter la dévaluation du dinar sur le prix des produits.»

Les revendications salariales inévitables

Ce que fera remarquer M. Chelghoum, qui notera : «Vous ne pouvez pas augmenter les prix sans revoir les salaires.» Notre interlocuteur, qui a à sa charge 17 salariés, préfère attendre et suivre l’évolution de la situation avant de prendre une décision.

«On va voir l’importance de ces augmentations pour décider. Pour l’instant, il n’y a que les prix des carburants qui ont été revus à la hausse. Pour l’énergie, ça sera vers la fin du premier trimestre qu’on vera plus clair.

Mais c’est évident, les salaires vont augmenter». De combien ? Pour l’heure, rien n’a encore été décidé. C’est le cas aussi dans une autre entreprise du secteur de l’agroalimentaire dont les responsables évoquent des hausses de 15 à 20%. Mais est-ce suffisant pour permettre aux travailleurs de subvenir aux besoins de leur famille ? Cela pour dire que la situation s’annonce difficile à gérer de part et d’autre.

Déjà, en 2011, quand il y a eu une dévaluation du dinar de l’ordre de 18% par rapport à 2010, les effets ne se sont pas fait attendre. Il y a eu une augmentation générale des prix. Mais dans le contexte actuel, les conditions se sont détériorées. Il faut s’attendre d’ailleurs dans les mois à venir à ce que le problème des salaires soit remis sur le tapis. C’est ce que nous ont laissé entendre les syndicalistes contactés à cet effet. Quelle serait la réponse du gouvernement ?

Difficile de corriger la dégradation du pouvoir d’achat

Une question qui reste posée, mais qui rappelle surtout l’inefficacité des politiques menées jusque-là. Car si les augmentations salariales intervenues ces dernières années ont contribué à la hausse du salaire moyen de toutes les catégories socioprofessionnelles, le relèvement du Salaire national minimum garanti (SNMG) a profité beaucoup plus à ceux dont les salaires sont indexés au-dessus, c’est-à-dire les hauts salaires au même titre que les subventions.

En cette période de crise et d’incertitude économique, les risques d’aggravation de la situation socio-économique sont importants, particulièrement pour la classe moyenne qui verra encore son pouvoir d’achat baisser.

«On ne peut s’attendre dans les conditions actuelles, d’une part, à des augmentations de salaires à terme pour corriger la dégradation du pouvoir d’achat comme cela a été pratiqué durant cette dernière décennie, compte tenu non seulement de la baisse des prix des hydrocarbures et de l’amenuisement des réserves de change et du développement de la consommation domestique, et, d’autre part, par le renchérissement du coût de la vie suite aux augmentations des prix des biens et services ; cette catégorie sociale sera certainement touchée et verra sa situation socioéconomique et son niveau de vie se réduire», nous a expliqué à ce sujet le professeur Kouider Boutaleb.

Face à cette situation, «nombreuses seront les personnes qui s’engageront dans la pratique d’activités non structurées, informelles et illicites». Un phénomène déjà en forte propagation.
Samira Imadalou