Le gouvernement donne des directives, mais les administrations n’ont pas les compétences pour les réaliser

Abdelhak Lamiri. Economiste

Le gouvernement donne des directives, mais les administrations n’ont pas les compétences pour les réaliser

El Watan, 26 décembre 2014

-Peut-on compter sur une hausse des prix du pétrole au deuxième semestre 2015 ?

La plupart des experts nationaux et internationaux pronostiquent une remontée des prix vers le second semestre 2015. La raison la plus importante évoquée est sérieuse : à moins de 60 dollars, les sociétés américaines qui exploitent le gaz et le pétrole de schiste risquent la faillite. Elles sont puissantes et ont un lobbying efficace. Même si on veut nuire à l’Iran et à la Russie, les USA ne peuvent pas se permettre une telle déconvenue. Cependant, les projections donnent des prix de 70 à 80 dollars. Finis les prix supérieurs à 100 dollars !

-Peut-on compter sur d’autres ressources énergétiques, notamment sur le lithium, le gaz… ?

Pour l’Algérie, la réponse est très peu. Nous avons un problème pour garder le niveau de production pour les deux sources. Par ailleurs, le prix du gaz est indexé sur celui du pétrole, donc les deux chutent. Les autres sources d’énergie peuvent aider un peu, mais il faudra beaucoup de temps et de chance pour qu’elles se substituent entièrement aux sources actuelles. Autant dire qu’il ne faut pas y compter.

-Quelle potentialité peut-on rapidement mobiliser pour faire face à cette crise ?

Il nous reste quand même des ressources (fonds de régulation, réserves) pour fonctionner 4 à 5 ans. On peut même recourir à l’endettement – la Corée du Sud s’est développée grâce à l’endettement. Cependant, il faut investir dans les facteurs-clés de succès : qualifier les ressources humaines aux standards internationaux, moderniser le management des entreprises et des administrations, décentraliser (plans communaux et régionaux de développement), concevoir une stratégie de développement nationale, financer l’économie productive, créer plus d’un million de PME/PMI pour arriver aux standards internationaux. Ce sont les seules pistes salutaires.

-Cette chute des prix du pétrole n’est-elle pas un mal pour un bien ? Le gouvernement en place a-t-il vraiment les compétences pour dépasser cette crise ?

Pour moi, c’est un mal nécessaire. Il faut crever l’abcès et constater de visu que notre méthode passée n’est pas la bonne. Le gouvernement donne des directives, mais en général, les administrations et les entreprises n’ont pas les compétences pour les réaliser. C’est pour cela qu’il faut investir un peu d’argent pour rendre les entreprises et les administrations compétentes, avant de leur demander de nous sortir de la crise. Il faut changer de paradigme. Même si les décisions retenues sont dans l’ensemble correctes, ni les entreprises ni les administrations, à l’heure actuelle, ne sont préparées à les exécuter efficacement.

Sofia Ouahib