«Le régime n’a plus pour souci obsessionnel que sa seule quiétude»

Benflis réagit aux mesures d’austérité prises par le gouvernement

«Le régime n’a plus pour souci obsessionnel que sa seule quiétude»

El Watan, 27 décembre 2014

La crise économique et les mesures prises par le gouvernement pour y faire face n’ont pas manqué de faire réagir l’ancien candidat à l’élection présidentielle du 17 avril 2014, Ali Benflis.

Il ne mâche pas ses mots contre la gouvernance chaotique de Bouteflika. L’ancien chef de gouvernement et ex-secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) a rendu publics, jeudi dernier, deux communiqués au vitriol contre la politique d’austérité prônée par l’Exécutif, à sa tête le chef de l’Etat. «Le plus haut sommet de l’Etat vient, enfin, de se préoccuper de la gravité des répercussions de la crise énergétique mondiale actuelle sur l’économie algérienne», souligne Ali Benflis.

Selon lui, «le Conseil interministériel restreint est loin d’avoir éclairé l’opinion publique nationale sur le diagnostic de cette crise établi par le gouvernement, sur l’identification de ses effets inévitables sur notre économie et sur les mesures prises pour faire face à ses retombées». Relevant que «ceux qui sont en charge des affaires publiques ne partagent pas un même diagnostic de cette crise», l’ancien chef de gouvernement conclut qu’«il y a, à ce sujet, une véritable cacophonie au sommet de l’Etat».

Pour lui, «la vérité sur l’ampleur de cette crise reste soigneusement cachée au peuple algérien». Ali Benflis affirme en effet qu’«en l’absence d’un diagnostic sincère et rigoureux, la prise en charge des effets de cette crise ne peut être que douteuse». «Comme toujours, soutient-il, la gouvernance imprévoyante, approximative et souvent improvisée conduit nos gouvernants à privilégier les solutions de facilité et à céder à leur confort».

Optant pour ce choix qui «consiste à puiser dans les réserves de change du pays et dans le Fonds de régulations de ses recettes (FRR), indique-t-il, le régime politique en place n’a plus pour souci obsessionnel que sa seule quiétude». Il est «en fin de parcours et ne répond plus qu’aux exigences de son présent et n’a que peu d’intérêt pour l’avenir du pays tout entier», tranche l’ancien candidat à l’élection présidentielle d’avril dernier, affirmant que «ce n’est pas avec un pouvoir vacant et des institutions en panne que l’on peut raisonnablement compter faire face à cette crise».

Et «ce ne sont certainement pas, selon lui, des institutions dépourvues de légitimité, de représentativité et de crédibilité qui mettront réellement notre pays en position de relever les défis nombreux et sérieux que l’ampleur de cette crise lui impose». Le diagnostic de Ali Benflis : «Après plus d’une décennie et demie d’un pouvoir à vie, notre économie reste toujours rentière (…) et notre système économique reste conçu et organisé autour de la distribution de la rente en y facilitant l’accès pour certains et en le refusant à d’autres.»

L’ancien chef de gouvernement, qui a visité jeudi dernier la Foire de la production nationale, se dit convaincu que «la solution est ici». «J’invite, dit-il, ceux qui ne savent pas quelles mesures prendre pour réduire la dépendance absolue de l’économie nationale à l’égard de l’étranger à venir trouver ici la source d’inspiration qui leur manque, et, enfin, tous ceux que la crise énergétique mondiale a mis dans un état de désarroi, à venir se convaincre que c’est d’ici que doit être organisée la riposte pour faire face à ses effets redoutables sur notre économie.»

L’ancien chef de gouvernement explique que notre système économique est organisé autour de la prééminence de l’acte d’importation sur l’acte d’encouragement de la production nationale. Selon lui, «ce système facilite tellement l’acte d’importation qu’il en arrive au résultat aberrant de décourager et de rendre sans attractivité particulière l’investissement national». «Notre système économique, ajoute-t-il encore, est organisé autour de la priorité donnée à la consommation par rapport à la création de richesses.» «C’est par ce moyen, dit-il, que le régime politique en place achète sa tranquillité et sa quiétude.»

«Nous n’avons aucun agenda caché»

Ali Benflis a affirmé, hier à Boumerdès, que la CNLDT et l’instance de suivi de concertation de l’opposition n’ont «aucun agenda caché». S’exprimant lors de la conférence organisée par le parti d’El Islah sur «L’expérience démocratique dans les pays arabes», l’ex-chef de gouvernement a souligné que leur objectif est «d’entamer un processus de réformes calme, organisé, graduel et inclusif».

«Nous n’avons aucune arrière-pensée autre que cette intention déclarée ; nous n’avons aucun agenda caché en dehors du projet politique que nous avons soumis à l’appréciation souveraine du peuple algérien», a-t-il précisé dans une déclaration remise à la presse en marge de ladite conférence, qui a vu la participation de personnalités étrangères et de nombreux leaders des partis regroupés au sein de la CNLTD.

Selon lui, l’espoir et l’attente de ces derniers, «c’est de conduire notre pays vers des niveaux qualitativement nouveaux de son évolution politique et de son développement économique et social». Evoquant le Printemps arabe, l’orateur accuse le système d’avoir diabolisé les révolutions enclenchées dans cet espace géopolitique et se réjouit de leur échec.

«L’hostilité et la violence du discours politique contre ces révolutions ont été proportionnelles à la peur et à l’effroi qu’elles ont provoqués au sein d’un système qui n’a pas manqué de les accuser de tous les maux dès lors qu’il a senti qu’il pouvait échapper à leur lame de fond», a-t-il analysé, en déplorant les menace d’instabilité et d’insécurité brandies par le régime pour dissuader le peuple de se révolter contre son immobilisme.

Benflis dénonce également «le recours à la tromperie éhontée et à la manipulation qui véhicule l’idée que le projet démocratique national est la conséquence d’une main étrangère nourrie par la haine à l’égard de notre pays».

«Notre système politique n’a-t-il pas appris des révolutions arabes que la négation du changement et la mise en œuvre de la politique de la terre brûlée aux dépens de la réforme… constituent le prélude aux interventions étrangères ?» s’est-il interrogé. M. Benflis a regretté enfin que les 700 milliards de dollars dépensés ces dix dernières années n’aient pas permis de développer l’économie nationale. R. K.

Said Rabia