16e congrès du Front Polisario : La longue marche vers l’indépendance

R. N., El Watan, 16 janvier 2023

Le combat sahraoui est à inscrire dans la trajectoire historique de décolonisation des peuples. Les luttes incessantes ont fini par reléguer le colonialisme au rang des crimes contre l’humanité. Mais il reste encore des îlots de l’infamie coloniale, l’un d’entre eux, l’occupation coloniale marocaine du Sahara occidental. Celle-ci perdure en raison de la trahison de l’Etat espagnol en 1975 et des jeux des grandes puissances occidentales soucieuses de maintenir sous leur zone d’influence la monarchie marocaine. Après lui avoir cédé le territoire à travers les accords dits de Madrid, l’Espagne a apporté sa caution au Maroc en adhérant à sa manœuvre politique «d’autonomie interne». Un calcul de basse politique qui a terni son image de nation démocratique. Mais sa société civile ne cesse, depuis, de harceler les dirigeants espagnols pour revoir leur politique suicidaire. Son argument de poids est que l’intérêt du peuple espagnol reste la neutralité, voire la dénonciation de la première trahison, celle des accords de Madrid de 1975. La mobilisation en faveur du Sahara occidental est aussi forte au sein des populations d’autres pays révoltés qu’au XXIe siècle subsistent encore des pratiques coloniales d’un autre âge. Dès le début de l’invasion marocaine de son territoire, le peuple sahraoui a entamé la guerre libératrice. Les attaques de l’armée sahraouie contre les forces d’occupation marocaines se concentrent le long du mur de sable depuis la reprise de la guerre, suite à la violation par le Maroc, le 13 novembre 2020, de l’accord de cessez-le-feu signé entre les deux parties après que le Conseil de sécurité de l’ONU ait créé la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) avec la promesse de permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination. L’option militaire vient d’être de nouveau réaffirmée à la faveur du 16e congrès qui se tient actuellement dans les camps de réfugiés de Tindouf dans une conjoncture favorable marquée par nombre de reconnaissances internationales de la RASD, plus particulièrement africaines. Avec le soutien de quelques puissances internationales, dont les Etats-Unis et la France, le Maroc se dérobe à sa responsabilité historique à travers une prétendue solution «d’autonomie interne». Washington a conditionné son appui au renforcement des liens militaires et politiques avec Israël, qui en a profité pour s’installer au Maghreb et participer à l’encerclement de l’Algérie. Un mur de sable a été érigé par l’occupation marocaine au Sahara occidental sur 2700 kilomètres. Il sépare les territoires occupés par le Maroc des territoires libérés par le Front Polisario. Le Maroc se livre au pillage des ressources naturelles avec la complicité de l’Union européenne (UE) à travers des accords d’association, en dépit des décisions de justice les jugeant illégaux, parmi elles celles de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) réaffirmant l’avis consultatif de 1975 de la Cour internationale de justice qui a conclu que le Maroc n’avait aucune souveraineté sur le territoire de la République sahraouie. Par ailleurs, 40% des importations européennes de phosphate proviennent du Maroc.

Les gains sont destinés au renforcement des forces d’occupation marocaines. En outre, les forces d’occupation ne cessent d’user de brutalité et de violence contre le peuple sahraoui. L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, lors de sa 77e session, la résolution 77/133 qui réaffirme le cadre juridique de la question du Sahara occidental, la qualifiant de question de décolonisation. L’AG a réitéré, lors de sa résolution, le droit irrévocable de tous les peuples à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément aux principes contenus dans la Charte de l’ONU et à la résolution 1514 (D-15) du 14 décembre 1960 portant Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. Rappelant la responsabilité de l’ONU à l’égard du peuple sahraoui, l’AG a demandé au comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, de poursuivre l’examen de la situation au Sahara occidental en tant que territoire non autonome à décoloniser et de présenter un rapport sur ce sujet à l’AG lors de sa 78e session. Elle a également demandé au secrétaire général de soumettre à l’Assemblée générale, lors de sa prochaine session, un rapport sur la mise en œuvre de cette résolution. La question sahraouie a été fortement présente dans les délibérations générales de haut niveau de la 77e session de l’Assemblée générale de l’ONU, où plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement ont fait des déclarations exprimant le soutien clair de leurs pays au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance et exigeant la tenue d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental. La représentante de l’Angola, Maria de Jesus Dos Reis Ferreira, intervenant lors du débat général de la 4e Commission de l’ONU chargée des questions politiques spéciales et de décolonisation, avait demandé à la communauté internationale de prendre des décisions urgentes pour honorer la résolution 1514 et répondre aux attentes des peuples des 17 territoires non autonomes. La diplomate angolaise a rappelé, dans ce sens, que le mandat de la Minurso «est de faciliter et d’encadrer un référendum d’autodétermination pour le peuple».