Dépénaliser l’acte de gestion : un dossier épineux à déminer

Makhlouf Mehenni, TSA, 10 Septembre 2022

L’homme qu’il faut à la place qu’il faut ? La nomination lors du dernier remaniement ministériel de Lakhdar Rekhroukh à la tête du méga ministère des Travaux publics, de l’hydraulique et des Infrastructures de base, peut être ainsi perçue.

L’homme a fait ses preuves à Cosider, une entreprise publique qu’il a transformée en mastodonte de la réalisation dans le bâtiment, les travaux routiers et autres.

Lakhdar Rekhroukh a fait son entrée au gouvernement à la faveur du dernier remaniement ministériel qui a vu aussi la nomination de Ali Aoun qui, par le passé, avait signé une prouesse similaire en faisant de Saidal un géant de l’industrie pharmaceutique algérienne alors que sa mission initiale était de liquider la société qui, comme la majorité des entreprises étatiques, constituait un boulet pour la bourse publique.

Après une longue traversée du désert et un retour en mars dernier par la porte de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), Ali Aoun est désormais ministre de l’Industrie pharmaceutique.

Il est difficile de ne pas voir dans la nomination de ces deux cadres aux idées tranchées un message fort, voire une orientation résolue. Le président de la République a fait de la promotion de l’outil national de production et de réalisation un objectif primordial et c’est peut-être dans cette optique que s’inscrit l’entrée au gouvernement de Ali Aoun et de Lakhdar Rekhroukh.

Sous la direction de ce dernier, Cosider fût l’une des rares entreprises algériennes à avoir réellement tiré profit de la venue en force de sociétés étrangères, chinoises, turques et autres, qui ont réalisé l’essentiel des grandes infrastructures en Algérie pendant les deux dernières décennies.

Cosider réalise aujourd’hui avec sa propre ingénierie, routes, barrages, logements, chemins de fer, aérodromes, tunnels, stades et lignes de métro. Aujourd’hui, Cosider est le seul groupe algérien qui touche à tous les métiers du BTP. C’est l’entreprise à tout faire.

Il est vrai que Lakhdar Rekhroukh a pu compter aussi sur le concours des pouvoirs publics qui ont résolument encouragé ces dernières années l’octroi de marchés aux entreprises locales, mais il n’est pas tout à fait étranger à cette orientation puisqu’il n’a pas cessé de la réclamer en sa qualité du syndicat des patrons du public, l’UNEP (Union nationale des entrepreneurs publics).

C’est en cette qualité qu’il s’est également battu pendant des années pour la dépénalisation de l’acte de gestion. Sur ce point aussi, il partage la vision du chef de l’État qui, a plusieurs reprises, a fustigé publiquement l’épée de Damoclès qui empêche les cadres et les gestionnaires du secteur public d’agir.

Un vieux serpent de mer

La dépénalisation de l’acte de gestion est un vieux serpent de mer. La peur est toujours là avec les blocages qu’elle implique, bien qu’on en parle depuis les années 1990, lorsque des dizaines de cadres d’entreprises publiques avaient été simultanément jetés en prison, pour sortir quelques années plus tard blanchis de toutes les accusations.

Après la vague d’arrestations qui a touché cadres et fonctionnaires dans les mois qui ont suivi le déclenchement du Hirak en 2019, un climat de peur s’en est suivi et a sclérosé la sphère économique et de décision.

Devant le blocage des investissements, le président Tebboune est monté plusieurs fois au créneau, haussant le ton contre ceux qui le font sciemment et rassurant ceux qui tergiversent par peur de poursuites. En août 2020, il avait plaidé publiquement pour la dépénalisation de l’acte de gestion.

En attendant la mise en place d’un texte de loi, il a interdit aux services concernés de prendre en compte les dénonciations anonymes et s’est engagé à ce que seuls ceux qui se rendraient coupables d’actes avérés de corruption seront poursuivis.

Mais dans la réalité, les choses n’ont pas vraiment évolué et de nombreux gestionnaires et fonctionnaires attendent toujours d’être sécurisés par un texte de loi

L’arrivée de Lakhdar Rekhroukh au gouvernement peut, dans ce sens, être perçue comme une étape supplémentaire dans l’engagement du président à clarifier les lignes entre l’acte délictuel et l’erreur de gestion.

Celle de Ali Aoun aussi, car l’ancien PDG de Saidal a lui-même payé cher cet amalgame, en étant condamné dans l’affaire Khalifa pour des décisions, bonnes ou mauvaises, qu’il avait prises alors qu’il dirigeait le groupe pharmaceutique public.