Réduction des visas Schengen aux Algériens : l’aveu de Darmanin

Riyad Hamadi, TSA, 26 Juillet 2022

Du nouveau dans l’affaire des expulsions des clandestins algériens en France qui a provoqué de fortes tensions entre les deux pays à l’automne dernier.

En septembre dernier, Paris avait annoncé une réduction de 50 % des visas accordés aux ressortissants algériens, marocains et tunisiens, une mesure prise officiellement pour faire pression sur l’Algérie, le Maroc et la Tunisie accusés de refuser de reprendre leurs ressortissants en situation d’expulsion en France.

Le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin avait haussé le ton en reprochant à l’Algérie de ne délivrer que 31 laissez-passer consulaires sur 7731 demandes, soit un taux d’exécution de 0,02 %.

Ces chiffres ont été démentis par le président algérien Abdelmadjid Tebboune qui a reproché à « Moussa Darmanin d’avoir bâti un gros mensonge. »

Dans la foulée, des déclarations du président Emmanuel Macron sur le système algérien et l’existence de l’Algérie en tant que nation avant la colonisation française en 1830 ont plongé les relations entre les deux pays dans un froid glacial.

Dix mois après, dans un contexte de réchauffement timide des relations entre l’Algérie et la France, l’heure est à l’apaisement. Les tensions entre les deux pays sur ce dossier semblent moins fortes.

« Il faut un rapport d’amitié avec ces pays »

S’exprimant sur ce sujet ce mardi 26 juillet, Gérald Darmanin a tenu un discours apaisant, prenant ses distances avec l’extrême-droite qui a réclamé récemment des sanctions contre l’Algérie si elle continue de refuser à reprendre ses ressortissants.

Le ministre français de l’Intérieur a fait état de « progrès » dans le dossier des clandestins algériens, marocains et tunisiens, qui font l’objet d’une mesure d’expulsion en France. Mieux, il a estimé que la mesure relative à la réduction drastique des visas n’a pas eu les effets escomptés.

« En général, ils posent d’abord la question de savoir est-ce que vraiment c’est mon national, est-ce que c’est quelqu’un de ma nationalité », a expliqué Darmanin dans un entretien à BFMTV, en parlant des pays d’où sont originaires les clandestins à expulser. Pour les trois pays du Maghreb qui ont été accusés par la France de ne pas coopérer dans ce dossier, Gérald Darmanin a indiqué que la situation a changé.

« On progresse avec l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. On a 25 % d’expulsions supplémentaires au 1er semestre 2022, dont 50 % de plus dans les trois pays du Maghreb », a détaillé Darmanin, en privilégiant la diplomatie et le dialogue pour résoudre ce problème.

« Je pense que c’est un sujet de très bonne collaboration diplomatique et d’information », a expliqué M. Darmanin. Il a concédé que le gouvernement français a sa part de responsabilité dans la crise provoquée par les migrants clandestins.

« C’est un peu de notre faute quand on n’arrive pas à définir les nationalités », a expliqué Gérald Darmanin. Le ministre français a même fait un aveu : la pression via la réduction des visas n’est pas très efficace.

« Ça ne marche pas toujours aussi bien que cela. Il faut un rapport d’amitié avec ces pays », a-t-il dit.

Gérald Darmanin a annoncé qu’il va « reprendre des discussions » avec l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, comme le fait sa collègue des Affaires étrangères, sur le dossier des clandestins maghrébins en situation d’expulsion en France.