Sommet de Djeddah sur la sécurité et le développement: «Pas de normalisation officielle» entre l’Arabie saoudite et Israël

Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 18 juillet 2022

Bien qu’il ait ouvert l’espace aérien de l’Arabie Saoudite à l’aviation civile israélienne, le prince héritier Mohamed Ben Salmane affirme qu’ «il n’y a aucune coopération militaire ou technique avec Tel-Aviv, ni une normalisation officielle des relations bilatérales entre les deux pays».

Rien de fortuit quand la visite du président américain, Joe Biden, en Israël et en Palestine occupée coïncide avec la tenue -le 15 juillet dernier- à Djeddah d’un sommet sur la sécurité et le développement. Deux problématiques mises en avant par l’entité sioniste pour vendre la normalisation officielle de ses relations avec les Etats arabes. Certains ont vite accepté à cet effet, de signer «les accords d’Abraham» qui permettent à Tel-Aviv de devenir leur partenaire «à part entière» au risque de sacrifier la question palestinienne sur l’autel des intérêts des pouvoirs en place. Mais MBS s’en défend et déclare lors de la clôture du sommet qu’«il n’existe aucune coopération militaire ou technique avec Israël et l’idée d’un ‘Nato arabe’ n’a été discutée ni dans le sommet ni avant». Il a reconnu toutefois qu’ «il y a 5 ans, l’Arabie Saoudite a proposé la création d’un dispositif de défense sécuritaire et pour la paix». MBS a, par ailleurs, noté avoir eu «des pourparlers positifs avec l’Iran grâce à une intermédiation irakienne, notre main lui est toujours tendue».

L’ouverture de l’espace aérien saoudien à l’aviation civile israélienne vise, selon le ministre saoudien des Affaires étrangères, uniquement des intérêts commerciaux qui permettent à Ryadh de devenir un hub. Une ouverture qualifiée pourtant d’ «historique» par Biden qui fait état, selon les agences étrangères, «de progrès au sujet d’un îlot stratégique en mer Rouge, situé entre l’Arabie saoudite, l’Egypte et Israël». Le président américain a noté juste avant, lors de sa visite en Israël, que «nous assurerons la sécurité du détroit d’Hormoz et de la mer Rouge». Dans un discours à Djeddah, Biden a précisé son idée en affirmant que «les Etats-Unis ne quitteront pas le Moyen-Orient en laissant un vide que pourraient remplir la Russie, la Chine ou l’Iran». Et que «les Etats-Unis investissaient pour construire un meilleur avenir dans la région en coopération avec vous tous».

«Je ne suis pas venu pour rencontrer le prince héritier»

Ce que les observateurs résument comme étant «sa vision au Moyen-Orient basée sur le dialogue et la coopération économique et militaire avec en toile de fond les processus de normalisation entre Israël et les pays arabes. Biden n’a pas manqué de souligner que «nous ne permettrons pas à l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire». L’Iran a l’attention duquel il a déclaré «nous ne tolérerons pas qu’un pays essaie d’en dominer un autre dans la région à travers de renforcement militaire, d’incursion, et/ou de menaces». Ainsi, le président américain a-t-il plus parlé de Téhéran qu’il n’a certes pas menacé mais averti, tout en faisant l’impasse sur les graves violations des droits de l’homme par Israël en Palestine occupée. D’ailleurs, il ne fera aucune déclaration sur l’assassinat prémédité de la journaliste palestino-américaine Sherine Abou Akla. Il n’en fera pas non plus sur l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à propos duquel il a juste lancé vendredi lors d’un bref point de presse qu’il en a parlé «au tout début» de sa réunion avec le prince héritier» et avoir été «on ne peut plus clair». Il s’en est aussi justifié en précisant qu’il n’était pas venu au sommet de Djeddah pour rencontrer le prince héritier mais plutôt les 6 membres du GCC (Conseil de coopération du Golfe : Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar, Oman, Koweït, Bahreïn), ainsi que l’Egypte, la Jordanie et l’Irak.

Bien que recherchée par Washington, la normalisation officielle des relations saoudiennes avec l’entité sioniste ne lui sera pas annoncée. Le MAE saoudien a affirmé dans une conférence de presse que «la paix avec Israël est un choix stratégique mais l’Arabie Saoudite la conditionne avec la mise en œuvre de l’initiative de paix arabe et la création de deux Etats (…)». Biden a averti à Tel-Aviv que «l’intégration d’Israël dans le Moyen-Orient et la création de deux Etats sont encore loin». Il s’est contenté de dire en Israël, «je ne me suis jamais tu quand il s’agit de parler des droits humains. La raison de ma venue en Arabie saoudite est toutefois bien plus large. C’est pour promouvoir les intérêts des Etats-Unis». Il a eu ainsi des discussions sur les hydrocarbures dans une conjoncture marquée par le conflit russo-ukrainien.

La sécurité alimentaire, cette nouvelle arme de domination

Le président américain a déclaré que»je fais tout mon possible pour augmenter la production pour les Etats-Unis», tout en assurant «avoir eu des discussions fructueuses avec les Saoudiens, dont les résultats concrets se verront dans quelques semaines». Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Kenneth Roth, n’a pas raté l’occasion pour lâcher :»Les autocrates ont le sourire, le soutien de Biden aux droits humains peut être vendu pour une goutte de pétrole».

L’Arabie saoudite, elle, annonce avoir conclu avec les Etats-Unis 18 accords de coopération dans des domaines très variés (spatial, finance, énergie, santé), en plus d’un accord évoqué par Washington «pour connecter les réseaux électriques des pays du Golfe à celui de l’Irak, qui dépend grandement de l’énergie importée d’Iran (…)».

A son arrivée en Arabie Saoudite, la presse locale a remarqué qu’il n’a pas serré la main à MBS. Si le prétexte de la précaution sanitaire a été avancé par son équipe de communication, des journalistes avaient, selon les agences, «soupçonné une volonté d’éviter une poignée de main avec le monarque du Golfe. Le parallèle est d’ailleurs vite fait avec sa visite en Israël où «poignées de mains et accolades ont été multipliées», selon les médias.

Sur tout un autre chapitre, les Etats-Unis promettent un milliard de dollars «à court et à long terme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour le soutien de la sécurité alimentaire». Cette autre problématique nouvellement mise en avant par les puissants de ce monde est la première conséquence désastreuse du conflit russo-ukrainien, une nouvelle arme de domination…