Forum international sur le soixantenaire de la presse algérienne : «Bâtir un nouveau système médiatique, une urgence»

Madjid Makedhi, El Watan, 2 juillet 2022

Les participants exigent la promulgation rapide d’une loi sur la publicité pour définir les critères commerciaux de sa distribution transparente aux entreprises de presse.

Les participants au Forum international sur le soixantenaire de la presse algérienne 1962-2022, organisé mercredi et jeudi derniers à Alger, ont été unanimes à faire ce constat : le système médiatique algérien traverse une crise complexe et multiforme. «Il est donc obligatoire de penser à bâtir une nouvelle politique médiatique et un nouveau système en mesure de faire face aux défis actuels et futurs», plaident les enseignants et les professionnels ayant pris part à cette rencontre, initiée par l’université Alger 3 et la revue algérienne de la communication.

Ce Forum a émis 10 recommandations urgentes pour sortir la presse algérienne de cette situation asphyxiante, engendrée par la vision politique, le système législatif et le modèle économique des entreprises de presse. «Il est nécessaire d’enclencher une réflexion sérieuse sur l’édification d’un nouveau système médiatique en phase avec la logique du moment et qui suit le développement exponentiel des technologies de l’information.

Car le système actuel est en crise à tous les niveaux et il est incapable de suivre la transformation numérique, encore moins les développements politiques, tant sur le plan régional qu’international», demandent en premier lieu les participants.

Pour ce faire, ils réclament «le changement du système juridique régissant ce domaine, en vue de garantir l’accès aux sources d’information et améliorer le rendement professionnel des entreprises de presse pour qu’elles puissent recouvrer leur crédibilité auprès du public». «Dans ce sens, il est nécessaire de promulguer une loi spécifique garantissant l’accès aux sources d’information pour assurer le droit constitutionnel du citoyen à l’information», plaident-ils.

Pour réaliser la rupture avec la gestion opaque et en dehors de la loi du système médiatique, les intervenants ont insisté sur «la mise en place de mécanismes d’application des textes législatifs en lien avec la régulation du secteur».

Gestion transparente de la publicité

Les participants ont émis également des propositions pour en finir avec la gestion douteuse de la manne publicitaire. Ils exigent une promulgation rapide d’une loi sur la publicité pour définir les critères commerciaux de sa distribution transparente aux entreprises de presse.

Dans ce sens, ils suggèrent «la révision et le développement de la politique d’aide à la presse, qui devra être conditionnée par l’efficacité professionnelle et économique». «Et cela dans le but d’édifier des entreprises médiatiques garantissant un réel pluralisme et respectueuses des règles professionnelles et de déontologie», soulignent-ils.

En contrepartie, les entreprises de presse, précisent-ils, doivent «s’engager à réinvestir une partie de l’aide publique dans la formation en continue des journalises». «Comme elles seront tenues de s’engager à revoir leurs stratégies et management pour prétendre à un soutien de l’Etat», conditionnent-ils, réclamant aussi la mise en place d’une nouvelle stratégie pour réussir la transformation numérique des médias, ainsi que la création d’un centre national d’hébergement des informations.