Déclarations des Espagnols sur «l’implication de la Russie» dans la crise avec l’Algérie : Alger : «Cela ruine les chances de normalisation»

Madjid Makedhi, El Watan, 18 juin 2022

L’Algérie a réagi officiellement aux déclarations des responsables espagnols concernant l’implication de la Russie dans la brouille entre Alger et Madrid. La réaction est venue de l’envoyé spécial pour le Sahara occidental et les pays du Maghreb au ministère algérien des Affaires étrangères, Amar Belani.

Dans la déclaration faite, jeudi dernier, au journal espagnol El Confidencial, il affirme que «ces déclarations des ministres espagnols ont ruiné toute chance de normalisation avec le gouvernement de Pedro Sanchez».

«Les déclarations irresponsables de la ministre Calvino et les propos distillés en off par le ministre des Affaires étrangères Albares ruinent définitivement toute chance de normalisation des relations avec un gouvernement non fiable, qui s’enfonce dans les mensonges et la fuite en avant», déclare le diplomate algérien.

Ce dernier commente ainsi la sortie, le 13 juin dernier, de Nadia Calvino, ministre de l’Economie et des Finances, qui a affirmé que «l’Algérie s’alignait de plus en plus sur la Russie». Cette dernière a confirmé, de ce fait, les propos prêtés par la presse espagnole au ministre des Affaires étrangères Albares, qui a accusé l’Algérie d’avoir attaqué l’Espagne sur «instigation de la Russie».

Amar Belani est revenu également sur les arguments espagnols justifiant le changement, depuis le mois de mars 2022, de la position du pays sur la question du Sahara occidental, en soutenant le «plan marocain d’autonomie du Sahara Occidental».

«Quant aux autres officiels (Robles et Bau, respectivement ministre de la Défense et secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères), qui soutiennent que la nouvelle position radicale de l’Espagne sur la question du Sahara occidental est ‘‘respectueuse du droit international’’, ils font montre d’un cynisme et d’un aveuglement affligeants», lance-t-il.

Le diplomate rappelle, dans la foulée, le contenu de «la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui considère le Sahara occidental comme territoire non autonome éligible à l’autodétermination». «Le statut final du territoire du Sahara occidental reste donc à déterminer sous les auspices de l’ONU. De ce fait, aucun reniement de l’Espagne ne peut le changer car le sceau de la légitimité appartient à l’ONU et à elle seule», ajoute-t-il.

Et d’enchaîner : «Non seulement l’Espagne bafoue le droit international, mais elle foule aux pieds le droit européen qui a statué que le royaume du Maroc et le Sahara occidental sont deux territoires ‘‘séparés et distincts’’, excluant ainsi toute souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental.»

Selon lui, le revirement du gouvernement espagnol menace d’entraver les efforts de Staffan de Mistura, envoyé spécial du SG de l’ONU pour le Sahara occidental. «Mais aussi, il va encourager le Maroc à persévérer dans sa dangereuse aventure expansionniste, porteuse de risques sérieux d’escalade et d’exacerbation de la tension dans la région. L’Espagne en portera aussi la responsabilité», avertit-il.