Perspectives économiques 2022 : La BAD prévoit une croissance de 3,7% pour l’Algérie

Zhor Hadjam, El Watan, 28 mai 2022
La BAD, qui souligne que «les balances budgétaire et courante affichent une tendance à la hausse à court terme» (0,9 et 0,2% du PIB en 2022), explique que «la nette amélioration des finances publiques et de la balance courante est due à l’impact de la crise ukrainienne» sur les prix du pétrole. Selon la Banque africaine, l’Algérie devrait cependant diversifier son économie, en s’orientant «notamment vers la pétrochimie, le gaz et les produits agricoles qui ont un fort potentiel d’exportation».

Selon les estimations de la Banque, «l’inflation devrait augmenter en 2022, compte tenu de la tendance à la hausse des prix mondiaux et d’une politique monétaire qui devraient rester expansionnistes». La BAD note, par ailleurs, qu’«après le choc négatif de la pandémie et la chute des prix du pétrole en 2020, l’économie algérienne a commencé à se redresser en 2021 avec une croissance de 4,0%, après une contraction de 4,9% en 2020. La croissance a été soutenue par la reprise de la demande extérieure, principalement pour le pétrole, dont la production a augmenté et les prix sont en hausse». Pour la BAD, «cette amélioration des recettes pétrolières a partiellement compensé l’augmentation des dépenses d’investissement. Ces évolutions, combinées à des mesures d’assainissement en 2021, ont permis de réduire le déficit budgétaire de 4,84 points de pourcentage».

L’institution indique, en outre, que «le déficit courant s’est amélioré de 5,1 points de pourcentage du PIB en 2021, grâce à l’augmentation du volume et du prix des exportations de pétrole, aux bons résultats des autres exportations (fer et acier) et aux mesures de compression des importations».

Au chapitre «Changement climatique et options de politiques publiques», thème phare des assemblées annuelles de la BAD cette année, la banque souligne que l’Algérie «a intégré la viabilité environnementale dans son plan de relance économique 2020-2024 et vise à réduire ses gaz à effet de serre (GES) de 7% d’ici 2030». L’Algérie «cherche à endiguer la désertification en étendant une ceinture forestière de plus de 1,7 million d’hectares et à préserver les ressources en eau en introduisant des mesures prospectives», peut-on lire dans le rapport. Par ailleurs, «l’Algérie, qui est classée 10e parmi les producteurs mondiaux de gaz naturel, avec 2,2% de la production mondiale, dispose d’un potentiel d’exportation énorme, avec de nouveaux projets gaziers dans le Sud-Ouest qui s’ajoutent à ceux de la région gazière d’Illizi dans le Sud-Est, mais il est soumis aux contraintes d’une demande intérieure accrue et d’investissements insuffisants», estime l’institution africaine.

Celle-ci indique qu’«après avoir atteint un pic de 65 milliards de mètres cubes en 2005, les volumes d’exportation étaient de 40 milliards de mètres cubes en 2020. Pour réduire la dépendance du pays au gaz naturel, qui représente plus de 93% de la production totale d’électricité, le programme d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique a été révisé en 2020. Le ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables a été chargé d’établir une capacité de 15 000 MW à partir de sources renouvelables d’ici 2035».

Covid-19 et crise ukrainienne impactent  fortement l’Afrique

Plus globalement, la Banque africaine de développement souligne, dans son rapport intitulé «Perspectives économiques en Afrique 2022», que les effets persistants de la pandémie de Covid-19 et la crise ukrainienne «pourraient poser des défis considérables à moyen terme aux pays africains». La BAD, qui a dévoilé le contenu de ses prévisions pour l’année en cours, lors d’une cérémonie officielle à Accra (Ghana) dans le cadre de ses assemblées annuelles estime notamment que «la croissance au sein du continent pourrait décélérer à 4,1% en 2022, et y rester bloquée en 2023, en raison de la persistance de la pandémie et des pressions inflationnistes causées par la guerre russo-ukrainienne. Les deux pays étant les principaux fournisseurs de céréales de l’Afrique».

Pour la BAD, les perspectives de croissance de l’Afrique sont soumises à une forte incertitude, avec des risques plutôt défavorables. «Les retombées du conflit russo-ukrainien et les sanctions correspondantes contre la Russie pourraient entraîner une baisse de la production mondiale plus importante que prévu actuellement», souligne l’institution. Elle indique, en outre, que «la faiblesse des campagnes de vaccination contre la Covid-19, associée à l’émergence de nouveaux variants du coronavirus, peut obliger les pays à maintenir certaines restrictions». Les autres facteurs défavorables qui pourraient freiner la croissance, selon la BAD, sont principalement «une plus forte vulnérabilité liée à l’endettement et le resserrement des conditions financières internationales lié à l’augmentation des pressions inflationnistes».
 

De notre envoyée spéciale  à Accra (Ghana) Zhor Hadjam