Entreprises industrielles publiques en difficulté : L’Etat annonce un plan de sauvetage

Samira Imadalou, El Watan, 28 mai 2022

En visite jeudi dernier à Tipasa, le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, est longuement revenu sur la situation des entreprises industrielles publiques, s’engageant encore une fois à voler au secours de celles en difficultés, comme c’est le cas du complexe industriel du papier Tonic Emballage, dont les comptes sont bloqués et dont l’alimentation en électricité par Sonelgaz a été coupée depuis trois mois avant d’être rétablie jeudi. Un exemple qui illustre clairement le contexte dans lequel évolue ces entités économiques, lesquelles bénéficient à chaque fois de mesures de redressement et de restructuration sans pour autant que les résultats escomptés soient au rendez-vous.

Devant les travailleurs de Tonic Emballage, le ministre s’est montré rassurant, affirmant que les 1881 employés du complexe ne seront pas abandonnés et annonçant l’adoption d’un plan d’action pour sauver l’entreprise. Justement, d’autres plans sont prévus dans ce cadre. «L’Etat n’abandonnera pas ces groupes industriels», a insisté le ministre, évoquant une feuille de route basée sur l’efficacité économique et financière, dans le cadre d’un «accompagnement du gouvernement. Et ce, de manière à leur permettre de surmonter les obstacles, tout en les incitant à se repositionner sur le marché local et régional, voire même mondial», selon la même source.

Au total, 15 entreprises industrielles publiques sont concernées par de plans de redressement. Ces plans ont déjà été approuvés par le Conseil de participation de l’Etat (CPE). Ces entreprises font partie d’un total de 51 entités à l’arrêt en raison des difficultés financières et des problèmes accumulés au cours de périodes précédentes. Ces programmes se traduiront, notamment, par des mutations en matière de management. Une question qui a toujours posé problème dans le secteur public, et que bon nombre d’observateurs et d’experts soulèvent régulièrement dans les débats et dans les orientations sans que les changements efficaces n’interviennent. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? La rupture sera-t-elle signée avec les anciennes pratiques dans la gestion des entreprises ?

Les questions restent posées en attendant que les décisions soient mises en œuvre. En tout cas, concernant Tonic Emballage, le ministre a parlé de «changement radical des gestionnaires après confirmation de leur inaptitude à concrétiser le précédant plan de faisabilité». Et ce, en plus du lancement d’une expertise économique qui sera fin prête au mois de juin prochain, avant d’être présentée devant le CPE pour garantir le financement bancaire des investissements et le paiement des salaires des travailleurs.

La stratégie du changement sera appliquée à d’autres entreprises, parallèlement à la signature d’une convention engageant les gestionnaires à la rentabilité économique et financière, selon le ministre. Ce dernier soutiendra : «Le rôle des pouvoirs publics se limitera à l’accompagnement des groupes industriels.» Une précision de taille connaissant le poids de l’administration et son ingérence dans la gestion du secteur public, qui ont eu pour impact la faillite de fleurons de l’industrie nationale.

S’agit-il donc d’une simple promesse ou bien se dirige-t-on réellement vers la libérations des initiatives dans la gestion du secteur public, surtout qu’il y a la question de la dépénalisation de l’acte de gestion qui reste en suspens.

Pour Tonic, le plan en question prévoit, par ailleurs, un relèvement à 10% des capacités de production, actuellement estimées à 4%, une fois ses unités opérationnelles, outre la relance de l’activité de récupération du papier à l’échelle nationale, pour réduire la facture d’importation des matières premières. Des mesures similaires seront également engagées au profit du groupe Africaver de Jijel, de l’entreprise de détergents de Sour El Ghozlane (Bouira) et du complexe des Pâtes alimentaires de Bouchekouf de Guelma, dont le plan de redressement et l’importation de sa production permettront «une économie de 66 millions de dollars de devises».

Le cap est donc mis sur la réduction de la facture d’importation pour limiter les dépenses. Mais pas que. Il s’agit, selon le ministre, d’aller vers un «partenariat national, prenant en compte les intérêts supérieurs du pays et respectant la règle gagnant-gagnant». Ce qui a déjà été prôné à maintes reprises.

L’unité de confection et maintenance navale Ecorep, de Bouharoune, fait également partie des entreprises ayant bénéficié de plan de redressement. Pour l’ensemble de ces entités, les banques interviendront dans le financement de leurs projets d’investissement, dans le cadre de prêts bancaires à long terme. Mais, là aussi, la question reste posée : les banques joueront-elle le jeu ?

 

 

 

Récupération de plus de 2000 ha de foncier industriel inexploité

Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a révélé, jeudi à Tipasa, la récupération de plus de 2000 hectares de foncier industriel inexploité. «Les commissions locales, présidées par les walis de la République, chargées de l’assainissement du foncier industriel ont récupéré plus de 2000 ha, dont des terres agricoles accordées précédemment dans un cadre illégal, alors que d’autres ont été affectées à des projets fictifs», a souligné le ministre dans une déclaration à la presse, à l’issue d’une visite de travail à Tipasa. «L’investissement ne sera réservé qu’aux opérateurs sérieux et réels», a-t-il ajouté, observant que l’Algérie «fait l’objet d’importantes demandes d’investissement, tant de la part d’investisseurs nationaux qu’étrangers, de pays du Golfe, européens, la Turquie et l’Italie, entre autres». Le ministre de l’Industrie a signalé la récupération d’un foncier industriel global de 107 ha dans la seule wilaya de Tipasa, «par voie administrative et à l’amiable», a-t-il dit, alors que 50 requêtes ont été introduites au tribunal administratif pour annuler des contrats administratifs. S’agissant du règlement des dossiers d’investissement en suspens, le ministre a fait savoir que les commissions locales chargées de la levée des obstacles et de l’accompagnement des investisseurs ont signifié leur accord de principe à 866 investisseurs pour concrétiser leurs projets, sur un total de 900 projets recensés. Il a informé que l’opération se poursuit en coordination avec la Commission nationale, présidée par le ministre de l’Industrie, les walis de la République et les médiateurs de la République au niveau des wilayas. R. E