Leur procès a été reporté au 30 mai : Ces affaires scabreuses qui lient Anis Rahmani à Tahkout

Salima Tlemçani, El Watan, 17 mai 2022

Le procès du patron du groupe médiatique Ennahar, le journaliste Anis Rahmani, de son vrai nom Mohamed Mokadem, et de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout, propriétaire du groupe Cima-Motors, a été renvoyé hier au 30 mai. Le report a été décidé par le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, à la demande de la défense. Très attendu, ce procès pourrait être très riche en informations sur cette affaire de blanchiment d’argent qui aurait pu lier le journaliste à l’homme d’affaires.

Inscrit au rôle du pôle financier près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, le procès du journaliste et patron du groupe médiatique Ennahar, Mohamed Mokadem, plus connu sous le pseudonyme de Anis Rahmani, et de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout, détenteur du groupe Cima-Motors, a été renvoyé hier au 30 mai. La décision a été prise à la demande d’un des avocats de Tahkout, qui s’était constitué le jour même du procès et a réclamé, de ce fait, un délai pour examiner le dossier.

Les deux prévenus, en détention pour plusieurs affaires, devaient être jugés à distance, à partir de leur lieu de détention (Anis Rahmani à Koléa, et Mahieddine Tahkout à Khenchela), pour un énigmatique dossier de «blanchiment d’argent» et de «violation de la réglementation de change», pour lequel, la Sarl El Athir Presse, appartenant à Anis Rahmani, est également poursuivie en tant que personne morale.

En détention depuis février 2020, Anis Rahmani a déjà été condamné, le 3 mars 2021, soit une année après sa détention, à une peine de 5 ans de prison ferme, revue en appel à 3 ans de prison ferme, pour avoir enregistré et diffusé une communication téléphonique qu’il avait eue avec l’ancien chef de l’antenne de la Sécurité intérieure d’Alger, le colonel Smail (en détention), et où il mettait en garde l’ex-coordinateur des services de renseignement et de sécurité, le général à la retraite Bachir Tartag, contre l’arrestation d’un de ses journalistes.

Parallèlement à cette affaire, qui avait fait couler beaucoup d’encre, une autre enquête était menée sur de présumés faits d’«enrichissement illicite», de «blanchiment d’argent», de «violation de la réglementation de change» en lien avec «la possession de biens immobiliers et de comptes bancaires à l’étranger».

Les investigations vont prendre beaucoup de temps, surtout qu’elles visaient les activités de la société Al Athir Presse, éditrice du journal Ennahar El Djadid (fermé depuis plus d’une année), qui avait connu un âge d’or entre 2013 et 2017, avec un chiffre d’affaires dépassant 1,40 milliard de dinars, soit 140 milliards de centimes.

«Blanchiment d’argent»

Forte de ses revenus et de la manne publicitaire essentiellement publique et privée, l’entreprise obtient d’importants crédits auprès des banques publiques. Mais avant tout, la gestion deux entités, Ennahar TV et le journal, est séparée en 2013.

Anis Rahmani, en tant que gérant du désormais groupe Ennahar TV, avec de nombreuses sociétés, dont des entreprises de taxi, de location de véhicules et même de service de transport (Lahagni), avec tout un parc acquis auprès de Mahieddine Tahkout.

Pour la justice, ce contrat entre le patron du groupe médiatique et Tahkout est suspicieux. Les deux hommes sont alors poursuivis pour «blanchiment d’argent», et ce, en plus de l’«enrichissement illicite», délit auquel le journaliste aura à répondre, en raison des biens et des comptes qu’il possède à l’étranger.

Depuis l’arrestation de son patron, le groupe Ennahar va connaître de nombreuses difficultés, qui ont fait chuter ses revenus et poussé à la fermeture, le 30 avril 2020, du journal édité par la Sarl El Athir Presse, elle-même poursuivie par la justice, «en raison de la situation financière difficile que traverse le journal depuis la suspension de la publicité publique le mois de février dernier (2020)», avait écrit la direction du groupe dans un communiqué rendu public le 20 avril 2020.

Très attendu, le procès d’Anis Rahmani pourrait peut-être répondre aux nombreuses questions sur les conditions qui ont abouti à l’expansion du 1er groupe médiatique et à sa mise à genoux quelques années plus tard.