Affaire du financement de la campagne électorale du 5e mandat : Saïd Bouteflika et Ali Haddad devant le juge le 18 avril

Salima Tlemçani, El Watan, 14 avril 2022

Saïd Bouteflika, frère-conseiller du défunt président déchu, comparaîtra le 18 avril devant le pôle financier près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, avec Ali Haddad, pour «financement illicite» de la campagne électorale du 5e mandat avorté, «blanchiment d’argent» et «dissipation de produits de corruption». Des faits liés à l’acquisition de la chaîne de télévision Al Istimrariya et sa mise au service du 5e mandat.

Deux semaines après sa sortie du bureau du juge de la 3e chambre du pôle financier près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, l’affaire dite de la chaîne de TV Al Istimrariya vient d’être programmée pour être examinée par la même juridiction le 18 avril.

Deux prévenus déjà en détention pour des affaires déjà jugées, Saïd Bouteflika, frère cadet et conseiller du défunt président déchu, et Ali Haddad, patron du groupe ETRHB et ancien président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), seront appelés à la barre pour trois griefs : «financement illicite» de la campagne électorale du 5e mandat avorté de Abdelaziz Bouteflika, «blanchiment d’argent» et «dissipation de produits de corruption», liés principalement à l’acquisition de la chaîne de télévision privée Al Istimrariya (Continuité), dédiée à la campagne électorale du candidat au 5e mandat.

L’enquête judiciaire a fait état de liens entre Saïd Bouteflika et Ali Haddad, alors patron du groupe médiatique Le Temps d’Algérie, comprenant des journaux mais aussi Dzaïr TV, dont une partie des équipements a été affectée, à en croire l’instruction, à la nouvelle chaîne de télévision Al Istimrariya, destinée à promouvoir la candidature, pour un 5e mandat, du défunt président déchu.

Lors de son audition devant le juge, Ali Haddad a affirmé avoir été sollicité par Saïd Bouteflika, à travers un appel téléphonique, pour mettre une partie des équipements de Dzaïr TV, appartenant au groupe médiatique Le Temps d’Algérie, dont il est propriétaire, à la disposition de la nouvelle chaîne, Al Istimrariya, pour servir de support à la campagne électorale du candidat Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat, qui, faut-il le préciser, devait être lancée au début du mois d’avril 2019.

Amara Benyounès auditionné

Des déclarations rejetées par Saïd Bouteflika, qui a affirmé au magistrat n’être qu’un conseiller du Président et qu’il n’était pas chargé de la campagne électorale. Pour lui, les aspects financiers ne relevaient pas de ses prérogatives mais de celles d’autres responsables désignés à ce titre.

Entendu en tant que témoin, l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, et directeur de campagne du défunt Abdelaziz Bouteflika, a, quant à lui, affirmé avoir été désigné en tant que tel par Saïd Bouteflika, et nié tout lien avec les questions de finance et celles en relation avec la chaîne de télévision. Selon lui, son rôle se limitait uniquement au volet organisationnel, étant donné que l’aspect trésorerie a été confié à Hamoud Chait, trésorier et financier de la campagne, déjà condamné pour des faits liés au financement de la campagne.

Le juge a également auditionné l’ancien ministre Amara Benyounès, président du Mouvement populaire d’Algérie (MPA), en tant que chargé des contacts du défunt candidat, lequel a nié tout lien avec le financement de la campagne électorale et avec la chaîne Al Istimrariya, en affirmant que son rôle se limitait uniquement à organiser des meetings et des regroupements au profit de Abdelaziz Bouteflika, dans la région de Kabylie.

Le 18 avril, Saïd Bouteflika et Ali Haddad devront répondre aux nombreuses questions du juge du pôle financier près le tribunal de Sidi M’hamed sur l’origine des fonds utilisés pour l’acquisition des équipements d’Al Istimrariya, le rôle joué par le groupe médiatique Le Temps d’Algérie, mais surtout sur les conditions de mise en place de cette chaîne de télévision au profit d’une campagne électorale qui n’avait même pas encore commencé.