Approvisionnement de l’Italie en gaz : Les assurances d’Alger

Zhor Hadjam, El Watan, 12 avril 2022

Si une partie de l’accord entre Sonatrach et Eni porte sur l’augmentation des volumes de gaz, une seconde partie est liée à un partenariat visant à tirer le meilleur parti des contrats de production d’hydrocarbures en cours, mais aussi d’étendre la coopération à des projets communs dans le domaine de l’énergie renouvelable.

La visite effectuée, hier, par le Premier ministre italien, Mario Draghi, en Algérie consolide les liens politiques et économiques entre les deux pays, notamment dans le domaine énergétique, à la faveur de la signature d’un important accord gazier qui fait désormais de notre pays le premier fournisseur de l’Italie.

L’accord qui porte sur un volume d’environ 10 milliards de mètres cubes est le fruit d’intenses contacts diplomatiques et économiques, amorcés dès le mois de novembre 2021 entre les deux pays et nettement accélérés dans le sillage de la crise ukrainienne.

Le Premier ministre, qui était accompagné des ministres italiens des Affaires étrangères et de la Transition énergétique et du président du groupe ENI, a rencontré, hier, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour passer en revue le renforcement des relations politiques et économiques et sceller notamment la partie institutionnelle de l’accord gazier, en prélude à la signature de l’accord technique entre les deux groupes énergétiques, ENI et Sonatrach.

L’Algérie fournira désormais à son partenaire italien des quantités supplémentaires de gaz pouvant totaliser plus de 30 milliards de mètres cubes à travers le gazoduc Transmed. Sonatrach, qui fournissait jusqu’à présent environ 20 milliards de mètres cubes, soit 27% des besoins italiens, replace notre pays en tête des pays fournisseurs de gaz à l’Italie et du sud de l’Europe de manière générale.

Les quantités supplémentaires dûment portées sur les contrats, signés hier entre les deux compagnies énergétiques, devraient être acheminées assez rapidement.

Les premiers envois devraient être effectués dès les prochaines semaines, ce qui permettra à l’Italie de reconstituer ses stocks d’hiver. L’acheminement rapide est permis par la capacité inutilisée du pipeline Transmed, aussi appelé Enrico Mattei, reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, avec une capacité de 32 milliards de mètres cubes de gaz/an.

Pour le gouvernement italien, il s’agit d’un contrat important pour l’Italie, qui cherche à trouver diverses sources d’approvisionnement en gaz suite au conflit ukrainien. Le pays importe, selon les données officielles, environ 95% du gaz qu’il consomme, dont de 40% proviennent de Russie.

Si une partie de l’accord entre Sonatrach et Eni porte sur l’augmentation des volumes de gaz, une seconde partie est liée à un partenariat visant à tirer le meilleur parti des contrats de production d’hydrocarbures en cours, mais aussi d’étendre la coopération à des projets communs dans le domaine de l’énergie renouvelable.

Le PDG d’ENI a fait part, récemment, de son «très vif intérêt à continuer à investir en Algérie, qui constitue un partenaire confiant et crédible, notamment dans l’amont pétrolier et les énergies renouvelables». Premier client de l’Algérie, d’où elle assure le tiers de ses approvisionnements gaziers, l’Italie, dont le président, Sergio Matarella, était en visite à Alger début novembre dernier, ne cesse d’exprimer, selon l’APS, la volonté de renforcer la coopération bilatérale, en réitérant sa confiance quant à la fiabilité de l’Algérie en tant que partenaire.

«Les relations algéro-italiennes sont solides, anciennes et stratégiques, et nous travaillons afin de les renforcer et de les consolider davantage», déclarait le président Matterella à l’issue d’un entretien avec le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, tenu lors de sa visite à Alger.«Un tiers du gaz utilisé par l’Italie vient d’Algérie, plus de 200 entreprises italiennes y ont réalisé des travaux d’infrastructures, nous sommes présents dans le secteur agroalimentaire.

C’est une relation complète à 360 degrés», a commenté, selon l’APS, l’ambassadeur d’Italie à Alger, Giovanni Pugliese, pour qui, la visite du président Mattarella en Algérie a été «un grand succès et a eu une grande visibilité».

Selon l’ambassadeur d’Algérie à Rome, Abdelkrim Touahria, cité par la presse italienne, «l’Italie pourra compter sur des approvisionnements supplémentaires en gaz algérien au même prix, atteignant et, peut-être, dépassant 30 milliards de mètres cubes dans les mois à venir».

Lors d’une réunion de préparation tenue à Rome par les délégations algérienne et italienne, le ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, avait expliqué que «l’Italie souhaite un accord stratégique avec l’Algérie, pour intensifier le dialogue politique et renforcer davantage la coopération économique et énergétique, travailler ensemble pour la stabilité de la Méditerranée».

Le voyage de Draghi en Algérie a été précédé, en novembre dernier, de la visite du chef de l’Etat italien, Sergio Mattarella, et le ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, accompagnés du PDG du groupe énergétique Eni, Claudio Descalzi. Il y a quelques jours, le Premier ministre italien a eu une conversation téléphonique avec le président Tebboune avant une visite d’une forte délégation du groupe énergétique italien Eni à Alger, menée par le PDG de la compagnie italienne.

En 2020, le volume global des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Italie a atteint près de 6 milliards de dollars, dont 3,5 milliards d’exportations algériennes vers l’Italie (notamment des hydrocarbures) et 2,42 milliards d’importations de ce pays (des équipements surtout). L’Italie a constitué, durant le premier trimestre 2021, la première destination des exportations algériennes de gaz, avec un volume total de 6,4 milliards de mètres cubes, soit une progression de 109% par rapport à 2020.

Le secteur des hydrocarbures occupe une place importante dans la relation économique algéro-italienne, grâce notamment au partenariat entre le groupe Sonatrach et le groupe énergétique italien ENI, présent depuis 1981 en Algérie. Le contrat de vente de gaz entre les deux pays a été renouvelé en mai 2019 pour l’approvisionnement du marché italien pour une durée de huit années fermes jusqu’en 2027, en plus de deux années optionnelles supplémentaires.

Le 20 mars dernier, Sonatrach et ENI ont annoncé une importante découverte de pétrole brut dans le périmètre de recherche Zemlet El Arbi, dans le bassin de Berkine, après avoir réalisé avec succès le forage du premier puits d’exploration dans ce périmètre.

Fin 2021, les deux partenaires avaient signé, à Alger, un contrat dans les hydrocarbures, portant sur un investissement de 1,4 milliard de dollars, une production de 45 000 barils/jour, et un accord stratégique dans les énergies renouvelables. Les deux parties travaillent actuellement sur une douzaine de projets aussi bien dans l’exploration que dans la production des hydrocarbures.