Son comité de soutien écrit à Tebboune et Chengriha : «Lever le voile sur le paradoxe du cas Ghediri»

Salima Tlemçani, El Watan, 11 avril 2022

Le comité de soutien au général-major à la retraite Ali Ghediri, candidat à l’élection présidentielle avortée de 2019, a exhorté dans une lettre le président Tebboune et le chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Saïd Chengriha, à «lever le voile sur le paradoxe» du cas Ali Ghediri, en détention depuis 34 mois.

Le président du comité de soutien au général-major à la retraite, Ali Ghediri, ancien candidat à l’élection présidentielle avortée d’avril 2019, a exhorté hier le président de la République et le chef d’état-major de l’ANP, «à lever le voile sur le paradoxe du cas Ali Ghédiri» qui, selon lui, «suscite la perplexité et l’incompréhension de tous et déroute les professionnels de la justice».

Dans une lettre adressée aux deux plus hauts responsables de l’Etat, Yazid Rebouh, en qualité de président du comité de soutien à Ali Ghediri, en détention depuis le 13 juin 2019, et condamné en première instance à une peine de 4 ans de prison ferme, confirmée par la cour d’appel criminelle au mois de janvier 2022, demande au premier magistrat du pays et au chef d’état-major de l’ANP d’apaiser les interrogations des citoyens, en les «éclairant sur ce paradoxe du cas Ali Ghediri».

Il revient sur ce dernier en affirmant qu’il se permet «d’évoquer» l’affaire Ghediri, «actuellement en détention, en attente d’un procès, après avoir été accusé d’atteinte au moral des troupes de notre glorieuse armée nationale».

Selon lui, Ali Ghediri «a effectué toute sa carrière au sein de cette même armée, et servi loyalement son pays durant 42 ans. A la date du 16 décembre 2020, la Cour suprême, à travers un arrêt, avait conclu qu’il n’y avait aucun élément ou fait qui aurait contribué à affaiblir le moral de l’armée».

Pour l’auteur de la lettre, «le verdict de la Cour suprême a été remis en question par la chambre d’accusation en date du 21 février 2021, puis par la chambre criminelle près la cour d’Alger».

Yazid Rebouh a rappelé que le général-major à la retraite, et après 3 ans de détention, «est toujours en attente d’un procès, dont on ne sait quand il aura lieu», précisant que «malgré le soutien infaillible de sa famille et des siens, en dépit de son courage et de sa dignité, Ali Ghediri croupit en prison».

Le signataire a également mis en avant le profil de l’ex-candidat à l’élection présidentielle d’avril 2019 : «Petit-fils de chahid, fils d’un ancien moudjahid, deux de ses enfants ainsi que deux de ses frères sont sous les drapeaux.

Un parcours irréprochable et un engagement patriotique qui ne peuvent que plaider en sa faveur. Il est en prison. Je m’en remets à vous, Messieurs le Président et le chef d’état-major, et interpelle encore une fois votre sens aigu de la justice».

Le 27 janvier dernier, la chambre criminelle près la cour d’Alger avait prononcé une condamnation de 4 ans de prison ferme contre Ali Ghediri, et une autre de 10 ans contre son co-accusé, Hocine Guasmi, alors que le représentant du ministère public avait requis une peine de 10 ans de prison ferme contre le général-major pour «atteinte au moral des troupes en temps de paix» et une autre de 20 ans contre Hocine Guasmi pour «faux et usage de faux», «usurpation d’identité», «intelligence avec l’étranger et atteinte au morale des troupes».

«J’ai défendu l’armée avec dignité»

Lors de son dernier procès à la fin de janvier 2022, Ali Ghediri et ses avocats nourrissaient l’espoir de voir ce candidat à la présidence de la République retrouver sa liberté après 32 mois de prison. Les plaidoiries et les déclarations magistrales de Ghediri n’ont pas pesé sur la décision des juges, lesquels ont tout simplement confirmé la peine prononcée par le tribunal criminel de Dar El Beïda, quatre mois auparavant.

Pourtant, le général-major à la retraite a déconstruit de manière très claire l’accusation de «participation en temps de paix à la démoralisation de l’armée» à travers un entretien accordé à El Watan, et publié le 25 décembre 2018. «Avant l’interview, j’avais publié trois contributions dans le même journal. J’ai assumé pleinement la responsabilité du contenu dans le fond et la forme.

Un vrai militaire assume pleinement ses actes», avait-il déclaré au juge, en affirmant avoir exprimé ses «opinions personnelles». A la question de savoir s’il n’a pas lancé un appel à l’armée pour intervenir dans le champ politique, Ghediri avait surpris les magistrats par sa réponse. «Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace. Partout dans le monde, les armées n’obéissent qu’aux instructions de leurs chefs et non à des appels.

Pour ce qui est du défunt Gaïd Salah, je n’avais aucun problème personnel avec lui, même si on n’a pas été sur la même longueur d’onde concernant le 4e mandat de Bouteflika.

Et en 2015, c’est moi qui ai demandé à quitter l’armée (..). Tous les présidents de l’Algérie indépendante, de Ben Bella à Bouteflika sont issus de l’ALN ou de l’OS.»

Il est allé jusqu’à affirmer que «quand il fallait défendre l’armée, je l’ai fait avec dignité. Je suis fils de moudjahid qui est un invalide de guerre. Mon fils et ma fille sont de hauts gradés et mes frères aussi sont dans l’armée. Et après ça, ils viennent m’accuser d’atteinte à l’armée.»

Pour Ali Ghediri, ses déboires avec la justice ont commencé avec sa candidature à l’élection présidentielle d’avril 2019.

«Des hommes des services m’avaient approché en me disant que la haute hiérarchie est mécontente de ma candidature, tout en me conseillant de la retirer. J’ai refusé, car on ne m’a pas appris à faire marche arrière», avait déclaré Ghediri qui, faut-il le préciser, boucle son 34e mois de détention pour des opinions exprimées dans un journal.