Poursuivi avec des cadres locaux et des hommes d’affaires : 10 ans de prison requis contre l’ex-ministre Abdelwahid Temmar

Salima Tlemçani, El Watan, 23 mars 2022

Après plusieurs jours d’audition, le procès de l’ancien wali de Mostaganem et ex-ministre de l’Habitat, Abdelwahid Temmar, s’est poursuivi tard dans la journée de jeudi avec les plaidoiries de la défense. Poursuivi pour «octroi d’indus avantages» et «dilapidation» de foncier agricole, industriel et touristique au niveau de la wilaya de Mostaganem, à travers des affectations de terrains à des hommes d’affaires, l’ancien wali a comparu avec plus d’une cinquantaine de prévenus.

Durant son interrogatoire par le président du pôle pénal financier près le tribunal de sidi M’hamed, à Alger, il a été acculé au sujet des 17 décisions d’attribution de terrains agricoles et forestiers, signées le 19 août 2017 alors qu’il était ministre de l’Habitat. Lors de son réquisitoire, mercredi dernier en fin de journée, le procureur a requis une peine de 10 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de dinars et d’une privation du droit d’être élu contre Abdelwahid Temmar, et une autre de 5 ans de prison ferme avec les mêmes mesures contre son secrétaire général, Bachir Far, l’ex-directeur de l’industrie, Bachir Benbada, et l’ex-directeur des domaines, Abderrahmane Belegroun.

Le procureur a également réclamé une peine de 6 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars contre Ali Haddad, son frère Omar, Tarek Noah Kouninef, Abdelmalek Sahraoui, ex-député de Mascara, Fares Sellal, fils de l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, Abderrachid Nouba et Sofiane Nouba, Benyamina Youcef, Chafik Ouameur et Imad Soufi. Une autre condamnation de 3 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars a été requise contre l’ex-directeur des travaux publics, Mohamed Bouazgui, et l’ex-directeur de la promotion de l’investissement, Faycal Miroud, alors qu’en ce qui concerne Hamid Melzi, le procureur a demandé une peine de 2 ans ferme et 200 000 DA d’amende.

En ce qui concerne les sociétés poursuivies, le représentant du ministère public a demandé l’application de la loi pour la SIH et le paiement d’une amende de 5 millions de dinars pour chacune des autres entreprises, avec annulation de tous les actes signés en leur faveur et la confiscation de tous les biens immobiliers et les fonds contenus dans les comptes bancaires saisis par le juge d’instruction.

Les enfants de…

Pour le procureur, il y a eu «détournement des terres agricoles», tout en rappelant que «la loi donne un caractère stratégique aux terres arables et toute personne qui porte atteinte à ce patrimoine ou le détourne de sa vocation est sévèrement punie. Aussi bien les prévenus que le témoin ont évoqué des violations de toutes les lois. Pas seulement celle de l’orientation agricole». Concernant le foncier touristique, le procureur a précisé que «durant des jours, l’interrogatoire des prévenus a tourné autour de l’octroi d’assiettes n’ayant pas été inscrites au plan d’aménagement, ce qui constitue une violation flagrante de la loi».

Pour leur part, tous les prévenus ont nié les faits. Abdelwahid Temmar a juré que «toutes les procédures d’attribution des terrains sont légales», avant de s’attaquer, en pleine audience, à l’unique témoin à charge, Mme Ouazzane, l’accusant de l’avoir mené en prison. Harcelée par les questions du juge et des avocats, Mme Ouazzane semblait déstabilisée. Elle est revenue sur certaines de ses déclarations, s’est cachée derrière «la pression exercée» sur elle par les officiers de la police judiciaire, avant de charger le wali et ses cadres. Les hommes d’affaires Ali Haddad, Tarek Noah Kouninef, Abdemalek Sahraoui ainsi que les deux frères Menad ont affirmé avoir obtenu les concessions foncières «dans le cadre de la loi, en déposant des dossiers en bonne et due forme, dans le but de promouvoir l’investissement dans la région». Présent en tant que responsable de la SIH, Hamid Melzi a précisé au juge qu’il est gérant d’une entité publique et non pas privée, et que c’est le wali qui a sollicité la SIH pour la réalisation d’un centre hôtelier de thalassothérapie et d’un autre commercial.

Auditionné, Fares Sellah a expliqué avoir déposé une demande d’octroi d’une assiette pour la réalisation d’une usine de biscuits et de chocolat dans la région de Bridjia, mais le projet n’a pas pu voir le jour. Le terrain ne répondait pas aux critères, et après le départ de Temmar, son successeur a annulé la décision. Ali Haddad a également rejeté les accusations et déclaré avoir agi dans le cadre de la loi et obtenu la concession en respectant la procédure, tout en dénonçant par la même occasion la saisie de ses biens en disant : «Ils ont tout pris, même mon perroquet n’a pas échappé à la saisie.»