Sahara occidental: revirement de l’Espagne qui adopte désormais la position marocaine

Madrid abandonne son ancienne colonie…

Le Soir d’Algérie, 19 mars 2022

Le chantage marocain à l’éttoufement migratoire des enclaves espagnoles en Afrique du Nord a porté ses fruits. Madrid se couche carrément devant le Palais royal alaouite et abandonne une politique de pseudo neutralité dans l’affaire du Sahara occidental. Ce pays européen a pourtant une lourde responsabilité dans ce dossier puisqu’il a abandonné son ancienne colonie en 1975 au Maroc qui s’est découvert une paternité sur ce territoire.

C’est ainsi que, contrairement à ses positions traditionnelles, le gouvernement espagnol a annoncé vendredi un changement radical de position sur la question du Sahara occidental en soutenant publiquement la position de Rabat pour la première fois, mettant fin à une querelle diplomatique majeure entre les deux pays.

« L’Espagne considère l’initiative d’autonomie présentée en 2007 (par le Maroc) comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour résoudre ce conflit », a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares aux journalistes à Barcelone.

Albares a littéralement confirmé une lettre du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui avait déjà été révélée par la Cour royale du Maroc.

« Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle phase de nos relations avec le Maroc basée sur le respect mutuel, le respect des accords, l’absence d’actions unilatérales, la transparence et une communication durable », a déclaré le gouvernement espagnol dans un communiqué.

L’annonce de Madrid fait suite à une déclaration de la Cour royale du Maroc se référant à une lettre du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez dans laquelle ce dernier considérait l’initiative « d’autonomie » proposée par le Maroc pour le territoire contesté « comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour résoudre le différend ».

Madrid a également annoncé que Sánchez devait se rendre au Maroc, sans préciser la date, et que le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares se rendrait à Rabat « avant la fin de ce mois » dans le cadre de la normalisation des relations entre les deux pays.

Rabat, qui contrôle près de 80% de la région, propose l’autonomie sous sa souveraineté, tandis que le polisario appelle à un référendum sur l’autodétermination.

Podemos pas d’accord

« Le gouvernement espagnol a répondu à la principale demande du Maroc », a déclaré Ignacio Simbrero, journaliste espagnol spécialisé dans les relations entre les deux pays, qui lui a demandé de « soutenir sa proposition d’autonomie » pour le Sahara occidental.

« C’est un changement important » car « le Maroc exige que cela soit rendu public », a-t-il dit, mais « les autorités espagnoles ont toujours aidé le Maroc (dans ce dossier) ces dernières années ».

Les représentants du Polisario en Espagne ont accusé Madrid de « se rendre face au chantage et à la politique de peur du Maroc ».

Bernabé López, professeur d’études arabes et islamiques à l’Université autonome de Madrid, a déclaré que le geste de Madrid sur le Sahara visait principalement à amener Rabat à contrôler les flux migratoires afin d' »avoir plus de contrôle » plutôt que « cette absence délibérée de contrôle par le Maroc ».

Mais ce changement de Pedro Sánchez pourrait également conduire à de fortes tensions au sein de son gouvernement avec ses alliés de gauche radicale Podemos, qui soutiennent le droit des Sahraouis à l’autodétermination.

« Toute solution au conflit (au Sahara occidental) doit être obtenue par le respect du peuple sahraoui et de sa volonté démocratique », a déclaré sur Twitter la ministre de l’Emploi de Podemos, Yolanda Diaz.

Source : Agences