ZLECAF: «L’Afrique doit sortir du pacte colonial»

Massiva Zehraoui, Le Soir d’Algérie, 14 février 2022

L’accélération de la croissance économique et le développement de l’Afrique dans le cadre des projets contenus dans l’agenda 2063 associés à la zone de libre-échange continental africain (Zlecaf), ne peuvent se concrétiser, tant que l’Afrique demeure prisonnière du pacte colonial. C’est l’idée autour de laquelle l’ancien président de la République du Niger, Issoufou Mohamadou a décliné hier dimanche les points phares du plan de la Zlecaf, lors d’une conférence tenue au ministère des Affaires étrangères à Alger.
Massiva Zehraoui – Alger (Le Soir) – Issoufou Mohamadou a, dans ce contexte, centré son exposé sur les idéaux du panafricanisme desquels se sont imprégnés les acteurs de la Zlecaf pour élaborer le plan 2063.
Ce dernier estime qu’on ne peut aspirer à une Afrique souveraine, «si on ne se démarque pas définitivement des paradigmes de développement, tels que conçus par le passé». Issoufou Mohamadou a évoqué un point phare de l’agenda 2063, qui consiste à renforcer le developpement industriel de l’Afrique.
Il rappelle que l’Afrique est un réservoir en matières premières. Un état de fait qui souligne-t-il ; «représente une source d’appauvrissement pour les pays africains». Et pour cause, l’Afrique en général exporte des produits à faible valeur ajoutée, tandis qu’elle importe des produits à forte valeur ajoutée. «Une politique asymétrique sur le plan des échanges avec les pays développés», précise-t-il. Nous pouvons y mettre fin grâce à la mise en œuvre efficiente du plan de la Zlecaf, selon l’ancien Président du Niger. Dans le même cadre, ce dernier aborde le projet lié au développement agricole. «l’Afrique importe plus de 50 milliards de dollars de céréales alors qu’elle dispose de 60% des terres arables qui ne sont pas mises en valeur».
On pourrait, suggère-t-il; commencer par exploiter ces terrains afin de ne plus dépendre de l’importation. «L’objectif est de créer une souveraineté alimentaire», a-t-il indiqué. Issoufou Mohamadou parle d’une vision dont le but «est de mettre en place un marché africain unique». Il attire l’attention sur le fait que le marché africain aujourd’hui est fragmenté. «Il est fractionné en 57 petits marchés avec un nombre réduit de consommateurs», fait-il savoir. L’objectif d’ici à l’horizon 2060 est d’en faire un marché unique en passant de 1 milliard de consommateurs à 3 milliards.
Évoquant par ailleurs les projets qui enregistrent des avancées remarquables dans le continent, Issoufou Mohamadou cite les accords conclus en rapport avec la libéralisation des marchandises la libéralisation du commerce des services. En seulement 4 mois, «54 États africains ont signé des accords portant sur la libéralisation du commerce des services et les marchandises».
Il rappelle aussi que 40 États ont ratifié et déposé leurs instruments de ratification auprès de l’UA. Il a, dans le même registre, relevé qu’en matière de croissance économique ; «l’objectif phare consiste en la réalisation d’un taux de croissance économique moyen de 7% d’ici 2063». Si cela venait à se réaliser, les richesses de l’Afrique seront multipliées par 16. Issoufou Mohamadou se dit conscient du défi que constitue l’application de cette feuille de route.
Il préconise de se centrer en priorité sur le développement des infrastructures en Afrique. «Je pense à des projets structurants d’infrastructures routières, ferroviaires, énergétiques et numériques également». Dans le cas de l’Algérie, il cite le projet de la transsaharienne, du chemin de fer transsaharien et la concrétisation du projet de gazoduc entre l’Algérie et le Niger.
M. Z.