Le budget des ménages lourdement impacté par la crise : Les Algériens revoient leurs habitudes

Kamel Benelkadi, El Watan, 8 février 2022

La conjoncture actuelle creuse les inégalités. Certains n’arrivent que difficilement à subvenir à leurs besoins essentiels, se retrouvant dans une situation de vulnérabilité.

La chute du pouvoir d’achat en Algérie est un constat accablant établi autant par les experts économiques que par les citoyens eux-mêmes.

La conjoncture actuelle creuse les inégalités. Certains n’arrivent que difficilement à subvenir à leurs besoins essentiels, se retrouvant dans une situation de vulnérabilité. D’autres ont carrément du mal à se soigner en ces temps de propagation de Covid-19. Des tests PCR ou antigéniques et le diagnostic par scanner coûtent chers et ne sont pas à la portée de tout le monde.

C’est le cas aussi de la consultation médicale et des médicaments. Les fins de mois difficiles deviennent une règle. Une impression de déclassement social s’installe. Les difficultés économiques font redouter le pire aux plus fragiles. Certains affirment qu’ils ont le sentiment de «glisser vers la pauvreté», souvent contraints de puiser dans leurs épargnes pour s’en sortir.

La marge de manœuvre des Algériens pour gérer leur budget ne cesse de diminuer. Le plus gros casse-tête est comment faire face à ce qu’on appelle les «dépenses contraintes», en forte hausse : le logement (AADL), les factures d’eau (Seaal) et d’électricité (Sonelgaz), les assurances (notamment automobile), frais d’abonnements internet et téléphone mobile.

Les principaux postes de consommation sont aussi l’alimentation et les transports. Deux types de dépenses qui ne font pas l’objet de factures ou d’abonnement, mais qu’il est difficile de différer ou de réduire drastiquement à court terme.

Le carburant est une dépense récurrente et considérée comme contrainte par les automobilistes. Le pouvoir d’achat s’apprécie par rapport au revenu disponible et l’évolution des prix. Il faut dire que les données concrètes sur ces deux indicateurs demeurent rares. Dans ce contexte, les chercheurs s’appuient sur des observations quotidiennes que lui renvoie la société dans ses pratiques de consommation, d’une part, et des réactions sociales des différentes couches de la société dans leurs diverses formes, d’autre part (contestations sociales, grèves…).

La crise transforme les comportements d’achat

Certaines catégories sont désormais forcées de puiser dans leurs économies pour payer leurs charges. Dans les marchés ou dans les grandes surfaces commerciales, elles comparent les prix avant de se lancer dans un achat. En période de crise, les inquiétudes, les contraintes de revenu, les anticipations d’une évolution négative pour les mois à venir pèsent de plus en plus fort sur les ménages.

Le consommateur tend à rationaliser son comportement d’achat : il réfléchit et compare plus que dans le passé avant d’acheter. Dans ce nouveau contexte, on évoque parfois la disparition des achats d’impulsion, achats effectués sur «un coup de tête», non prémédités et non prévus dans un budget. Leur attitude face à la consommation est d’ailleurs claire : il faut vivre selon ses moyens et se contenter du nécessaire.

Les achats impulsifs ont laissé place à un «plaisir rationalisé». Certaines familles éprouvent un mal fou pour boucler le mois et réduisent les dépenses alimentaires au maximum. D’autres font la chasse aux promotions, notamment dans l’alimentation. Les commerçants et les supérettes font face à un sérieux dilemme : comment vendre quand les temps sont durs, lorsque les budgets rétrécissent et que le moral des clients baisse ?

Les magasins de proximité se sont transformés en magasins de référence pour les courses principales, alors qu’ils constituent traditionnellement une solution de dépannage. Une des astuces qui sert à booster leur activité est la délivrance d’une carte de fidélité. Le but de lancer ce genre de programme est tout simplement d’inciter leurs clients à revenir. De ce fait, ils renforcent plus facilement leur image de marque, et font en sorte que leur commerce soit plus mémorable pour leur clientèle.