Octroi par Faki du statut d’observateur à Israël : L’Union africaine suspend la décision

R. I., El Watan, 7 février 2022

Suspension de la décision relative à l’octroi du statut d’observateur à Israël à l’Union africaine (UA) et condamnation des coups d’Etat. C’est ce qui ressort du 35e sommet de l’UA tenu samedi et dimanche dans la capitale de l’Ethiopie, Addis-Abeba.

Ainsi, dans le souci d’éviter des dissensions entre les pays membres, la décision prise en juillet par le président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, d’accorder à l’Etat hébreu le statut d’observateur à l’UA a été suspendue hier. En conséquence, il est mis en place un comité de sept chefs d’Etat, comprenant le Sénégal, qui assure la présidence de l’UA, l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Rwanda, la République démocratique du Congo, le Cameroun et le Nigeria pour examiner la question. Une telle option évite la possibilité d’un vote.

Dans son discours samedi, le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, a appelé les dirigeants africains à retirer l’accréditation d’Israël. Décision à l’origine de vifs débats parmi les 55 Etats membres de l’organisation. «Nous appelons au retrait et à l’objection du statut d’observateur israélien auprès de l’Union africaine», a déclaré le Premier ministre à la tribune de l’UA, devant des dizaines de chefs d’Etat africains, selon des propos recueillis par l’AFP, qualifiant l’accréditation de «récompense imméritée» pour les abus commis par l’Etat hébreu contre les Palestiniens.

«Les peuples du continent africain ne connaissent que trop bien la dévastation et la déshumanisation qui caractérisent le colonialisme et les systèmes connexes de discrimination raciale institutionnalisée», a indiqué le dirigeant de l’Autorité palestinienne, accréditée en tant qu’observateur auprès de l’UA depuis 2013. Et d’ajouter : «Israël ne devrait jamais être récompensé pour ses violations et pour le régime d’aparthei d qu’il impose au peuple palestinien.»

Cette décision de Moussa Faki divise l’organisation. Plusieurs Etats membres, dont l’Afrique du Sud et l’Algérie, se sont opposés, estimant que ce choix va à l’encontre des déclarations de l’organisation soutenant les Territoires palestiniens.

Les deux pays ont fait pression pour inscrire ce sujet à l’ordre du jour du sommet. Elle devait faire l’objet de discussions et d’un vote hier. Un peu plus tôt dans son discours d’ouverture, Moussa Faki a défendu son choix et appelé à «un débat serein» sur le sujet.

Il a assuré que l’engagement de l’UA dans la «quête d’indépendance» des Palestiniens est «immuable et ne peut que continuer à se renforcer». Mais l’accréditation d’Israël peut constituer, selon lui, «un instrument au service de la paix». L’argument développé par Moussa Faki n’a pas convaincu une majorité de pays.

Au contraire, il a soulevé un tollé. En revanche, la décision de l’UA constitue un camouflet pour le Maroc qui militait en faveur de l’option défendue par Faki. Autre sujet évoqué : les putschs connus par le continent l’an dernier. Lors de la réunion du Conseil de paix et de sécurité, «chaque dirigeant africain de l’assemblée a condamné sans équivoque (…) la vague de changements anticonstitutionnels de gouvernement», a déclaré hier son dirigeant, Bankole Adeoye. L’UA «ne tolérera aucun coup d’Etat militaire sous quelle que forme que ce soit», a-t-il ajouté, rappelant que tous les pays ayant connu des putschs ont été suspendus.

«A aucun moment dans l’histoire de l’Union africaine, nous n’avons eu quatre pays suspendus en 12 mois : le Mali, la Guinée, le Soudan et le Burkina Faso», a-t-il ajouté.

L’UA a opté pour le statu quo concernant le nord de l’Ethiopie, où un conflit armé oppose depuis novembre 2020 les forces gouvernementales aux rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), il a déclaré qu’il n’est «pas vrai» que l’UA a été lente à réagir.

«Il était impossible que l’UA ne s’engage pas dans une telle situation, étant donné précisément sa situation en Ethiopie», a-t-il affirmé, soulignant le rôle de «la diplomatie discrète, des navettes diplomatiques, qui ne peuvent généralement pas être rapportées». L’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo, doit se rendre cette semaine dans les régions touchées par la guerre, a-t-il indiqué.

Moussa Faki a attendu le mois d’août dernier, neuf mois après le début des combats, pour nommer O. Obasanjo comme envoyé spécial chargé d’arracher un cessez-le-feu. L’Ethiopie a également continué à siéger au Conseil de paix et de sécurité de l’UA durant le conflit. Elle n’a toutefois pas été reconduite cette semaine pour un nouveau mandat, ont déclaré des diplomates.