Vieillissement de la population agricole: Plaidoyer pour des terres en concession pour les jeunes diplômés

El-Houari Dilmi, Le Quotidien d’Oran, 2 février 2022

Le vieillissement de la population agricole en Algérie, avec une moyenne d’âge entre 60 et 80 ans, est «une situation qui n’est pas normale au moment où les grandes écoles d’agriculture forment des ingénieurs par centaines», a déclaré, hier mardi, le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (ANEXAL), Ali Bey Nasri. Au micro de la Radio nationale, Ali Bey Nasri a indiqué que « rien que pour l’Ecole nationale supérieure d’agronomie, 300 ingénieurs agronomes sortent chaque année, mais ils ne sont pas orientés là où ils devraient, notamment vers le travail de la terre », a-t-il déploré. « L’Algérie a exporté pour seulement 100 millions de dollars de produits agricoles, avec en tête la datte pour 72 millions de dollars et environ 20 millions de dollars de caroube et de ses dérivés », a encore révélé le président de l’ANEXAL, selon lequel « il faut encourager l’entrepreneuriat des jeunes diplômés en agronomie et injecter cette force dans le secteur qui reste sous-qualifié », a-t-il regretté. Ali Bey Nasri a également appelé les ministères concernés «à trouver des solutions pour donner aux ingénieurs agronomes des terres en concession avec des crédits à long terme», recommandant « d’augmenter les volumes de production agricole et d’aller vers l’agriculture intensive car l’exportation nécessite d’atteindre une taille critique », a-t-il insisté. L’hôte de la radio a également proposé de mettre à la disposition des investisseurs nationaux et étrangers de nouvelles surfaces agricoles qui seront dédiées à l’exportation. « Les artichauts violets de Relizane, la carotte muscadine de Boussaâda ou encore les agrumes de la Mitidja, le ministère de l’Agriculture a identifié nombre de produits du terroir dont il faut développer l’exportation, mais pour cela, il faut respecter les itinéraires techniques et des normes de production que l’Algérie ne maîtrise pas suffisamment », a relevé Ali Bey Nasri. Ce dernier a estimé que « les atouts de l’agriculture algérienne, qui sont la précocité, la primeur et l’arrière-saison, doivent être valorisés », soulignant que « l’Algérie est l’un des rares pays au monde à continuer à étendre sa surface agricole utile, notamment dans le Sud, où les rendements sont bien supérieurs à ceux enregistrés dans le Nord », a-t-il dit.

Culture du blé: 80 q/ha dans le Sud contre 28 dans le Nord

Le président de l’ANEXAL a cité l’exemple du blé à Adrar où le rendement à l’hectare dépasse les 80 quintaux, lorsqu’il n’atteint pas les 30 quintaux dans les Hauts-Plateaux.

L’expert s’est posé la question de l’utilité de poursuivre ces cultures dans le Nord, «alors que le ministère de l’Agriculture doit définir et tracer une stratégie d’exportation», a-t-il affirmé. «La fonction d’exportation est transversale, elle engage plusieurs secteurs et demande de nombreux métiers», a encore plaidé l’invité de la radio, «c’est pourquoi l’investissement en partenariat avec des étrangers peut contribuer à transférer le savoir-faire et surtout une ouverture vers le réseau à l’international, ce qui peut apporter facilement des plans de charge à l’exportation», a expliqué le président de l’ANEXAL.

Pour ce dernier, le problème de logistique et de transport se pose également: «la maîtrise de la logistique et du transport est un enjeu stratégique pour notre sécurité alimentaire», a-t-il affirmé, alertant au passage «sur l’absence de ne serait-ce qu’un vraquier dans la flotte maritime algérienne», a-t-il conclu.