Dette du secteur économique public: L’insoutenable recours aux emprunts de la Banque d’Algérie

Liberté, 11 janvier 2022

Le secteur public est devenu trop dépendant du concours financier du Trésor public, lequel avait mis en place, courant 2021, un programme massif de rachat des créances des EPE.

La hausse des coûts de la politique de soutien quasi permanent aux entreprises publiques rend le projet de réforme du secteur public marchand plus complexe. Empêtrées depuis des années dans d’insurmontables difficultés financières, les entreprises publiques sont plus que jamais dépendantes du concours financier du Trésor public, lequel avait mis en place, courant 2021, un programme massif de rachat des créances des EPE, mobilisant, à cet effet, un cash-flow de plus de 15 milliards de dollars.

Ce n’est pas la première fois que le Trésor public vole au secours des entreprises étatiques en difficulté. Ces dernières années – depuis 2017 – le soutien aux EPE à travers la mobilisation d’emprunts auprès des banques publiques a cédé le terrain à une nouvelle politique qui consistait à recourir à des emprunts directs auprès de la Banque centrale. Ce changement d’approche en matière de soutien financier des EPE s’explique par le fait que les créances sur certaines grandes entreprises sont devenues une véritable source de risques pour les banques publiques. Ces risques se sont intensifiés du fait des chocs de la sous-liquidité qui ont affecté les banques publiques depuis 2016, même si elles demeuraient bien capitalisées et que la plupart des créances étaient garanties par l’État.

Il n’en demeure pas moins que la hausse des créances détenues sur certaines entreprises publiques a contribué fortement à la dégradation de la qualité des portefeuilles des banques. Les dettes des entreprises privées, dont les patrons font l’objet de poursuites judiciaires depuis 2019, n’ont fait qu’alimenter davantage le stock des créances non performantes ou compromises au niveau des banques. Pour éponger ces créances, l’Exécutif fait appel à la Banque centrale qui met à la disposition du Trésor un cash-flow de plusieurs centaines de milliards de dollars.

La Banque mondiale a évalué le coût de cette énième opération de rachat des créances à plus de 15,3 milliards de dollars en 2021. Dans sa dernière note de conjoncture, la Banque d’Algérie a souligné à juste titre que la hausse de la masse monétaire enregistrée en 2021, dans un contexte de faible hausse des crédits à l’économie, était due, en partie, à la mobilisation des ressources financières aux fins de permettre au Trésor public de racheter les créances des EPE. C’est-à-dire que la hausse des crédits à l’État fait ressortir une augmentation nette des créances de la Banque centrale sur le Trésor, lesquelles, traduisant une importante injection de liquidités, étaient canalisées en grande partie vers le rachat des dettes des entreprises publiques.

Ces financements ont contribué non seulement à la hausse de la masse monétaire globale, mais aussi à un bond inquiétant de la dette publique interne. Celle-ci a augmenté de 12,9% sur le seul premier semestre de l’année dernière, atteignant, à fin juillet 2021, près de 50% du produit intérieur brut. L’encours de la dette publique interne s’est établi à 9 335,6 milliards de dinars à fin décembre 2020, en augmentation de 1,6% par rapport à la même période de 2019.

Ces chiffres rappellent en tout cas, si besoin est, l’urgence de la réforme tant attendue du secteur public marchand, devenu, clairement, un boulet au pied du Trésor public. La hausse de la masse monétaire en 2021 en raison, en partie, des montants mobilisés à l’effet de racheter les créances des entreprises publiques, a été l’un des facteurs ayant contribué à raviver les pressions inflationnistes.

Cela signifie que, si l’État venait à perpétuer cette politique de financement de ses besoins en empruntant auprès de la Banque d’Algérie, les risques budgétaires pourraient déboucher sur une instabilité macroéconomique en asséchant les réserves et en alimentant davantage l’inflation. La dette du secteur public constitue une source de risque pour le budget de l’État aussi bien au plan microéconomique que macroéconomique, d’où l’urgence d’accélérer la réforme du secteur public marchand.   

Ali Titouche