Libérez les détenus d’opinion et les journalistes !

S’organiser et se réunir sont des droits constitutionnels. Non à la criminalisation des activités citoyennes : politiques, associatives et syndicales !

Maghreb Émergent, 8 janvier 2022

L’offensive répressive contre les libertés des Algériennes et des Algériens et contre leurs droits constitutionnels à l’expression, à la réunion et à l’organisation s’est dangereusement amplifiée en ce début d’année 2022. Une organisation politique, le Rassemblement des jeunes pour l’Algérie (RJPA), née, parmi d’autres, de l’élan populaire du Hirak pour le changement démocratique est aujourd’hui la cible du rouleau compresseur sécuritaire. Un de ses dirigeants, Nasreddine Hamitouche, est en garde à vue depuis le 2 janvier 2022 à la gendarmerie de Bir Mourad Raïs, avant que son porte-parole Hicham Khiat, déjà sous contrôle judiciaire, ne soit à son tour interpellé sur son lieu travail à Blida le 6 janvier.

La volonté d’empêcher la contestation organisée des Algériennes et des Algériens ne renonce à aucun instrument de répression. Le RCD a été notifié, ce 5 janvier, d’un avertissement pour « l’utilisation de son siège pour des activités non conformes avec les objectifs prévus pour lui par la loi ». Il est, en fait, menacé pour avoir accueilli, le 24 décembre dernier, l’initiative de lancement d’un « front populaire contre la répression ».

La répression du Hirak populaire se poursuit à plusieurs niveaux. Les arrestations de citoyens pour leurs publications, notamment leur soutien aux détenus, n’ont jamais cessé depuis deux ans, et se sont aggravées depuis mai 2021 pour culminer aujourd’hui à plus de 245 détenus d’opinion. Cette répression, confortée par l’article inique 87 bis, veut terroriser toute volonté d’organisation ancienne ou nouvelle. Des partis légaux, le Parti socialiste des travailleurs (PST) et l’Union pour le changement et le progrès (UCP), sont menacés de dissolution ; l’association Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) a subi une décision de dissolution ; Fethi Gherras, leader d’un parti politique historique, le Mouvement démocratique et social (MDS), connaît la prison depuis plus de six mois.

La répression s’attaque aujourd’hui aux droits syndicaux. De nombreux syndicalistes des secteurs sociaux en lutte pour défendre leurs intérêts moraux et sociaux sont soumis, ces dernières semaines, à des enquêtes sécuritaires, et risquent des poursuites pénales sur le modèle désormais classique de la répression des acteurs et des revendications politiques. Les Algériennes et les Algériens sont interdits de toute forme d’organisation autonome : cela est inacceptable !

Nous, signataires de cette déclaration, appelons à :

– l’arrêt immédiat des arrestations, des poursuites et des procédures administratives contre les actrices et acteurs politiques, sociaux, associatifs et syndicaux et leurs organisations ;

– l’abrogation des lois liberticides illégitimes (article 87 bis du code pénal, notamment), « adoptés » pour affronter les revendications démocratiques du Hirak populaire.

Le droit de s’organiser est un droit constitutionnel. Son abolition, au prix d’une vague répressive honteuse qui n’épargne aucune corporation (universitaires, journalistes, avocats, fonctionnaires…), est une escalade irresponsable qui hypothèque l’avenir du pays et la cohésion de la société.

Nous appelons à la libération, sans délais, de tous les détenus d’opinion, à leur réhabilitation, et à l’annulation de toutes les procédures en cours contre les organisations – partis politiques, associations, syndicats –, qui animent la vie publique nationale, régulent le vivre ensemble dans notre pays. La dérive en cours piétine tous les engagements internationaux de l’Algérie en matière de respect des droits de l’Homme et la met au ban des nations.

Le 8 janvier 2022.

Pour vous joindre à cette décalaration :

http://www.leslignesbougent.org/petitions/large-solidarite-5930

Premiers signataires

Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA) – Café littéraire de Bejaïa – CDDH Bejaia – Confédération syndicale des forces productives (COSYFOP) – Dzayer 2.0 – Free Algeria – Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) – Rassemblement des jeunes pour l’Algérie (RJPA) – Riposte internationale – Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP) – Tharwa n’Fadhma n’Soumeur