Ils tentaient de rejoindre les côtes espagnoles: Plus de 4 000 migrants morts ou disparus en 2021

Liberté, 4 janvier 2022

Plus de 4 000 migrants sont morts ou ont disparu l’an dernier lors de leur traversée en mer vers l’Espagne, soit deux fois plus qu’en 2020, selon un bilan publié hier par l’ONG Caminando Fronteras.

Cette ONG — qui dresse le bilan de ces drames migratoires grâce aux appels de migrants ou de leurs proches sur ses numéros d’urgence — a recensé 4 404 migrants morts ou disparus sur les routes migratoires vers l’Espagne en 2021, soit 12 par jour en moyenne, ce qui fait de cette année la plus meurtrière depuis au moins 2015, date à laquelle remontent les travaux de l’ONG.

Les corps de la quasi-totalité d’entre eux (94%) n’ont jamais été retrouvés et sont donc comptabilisés comme disparus.

En 2020, Caminando Fronteras avait recensé 2 170 morts ou disparus. Le bilan de cette ONG pour 2021 est bien supérieur à celui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui a recensé, pour sa part, au moins 955 morts ou disparus dans la traversée vers l’archipel des Canaries et 324 vers l’Espagne continentale et l’archipel des Baléares depuis le Maroc et l’Algérie.

Cette agence onusienne estime aussi que 2021 a été une année extrêmement meurtrière, la plus meurtrière depuis 1997 selon ses données et celles de l’ONG espagnole APDHA.

Selon Caminando Fronteras, la plupart (4 016) de ces migrants ont disparu en tentant d’atteindre les Canaries depuis le nord-ouest de l’Afrique, une route très dangereuse, mais beaucoup plus empruntée ces dernières années, en raison du renforcement des contrôles en Méditerranée, a expliqué María Gonzalez Rollan, coauteure du rapport annuel de l’ONG.

“Ce sont les chiffres de la douleur”, a-t-elle déploré devant la presse en soulignant, par ailleurs, la “féminisation” des routes migratoires vers l’Espagne, où 628 femmes et 205 enfants sont morts ou ont disparu en 2021 selon l’ONG.

Coordinatrice de Caminando Fronteras, Helena Maleno a, pour sa part, dénoncé “le manque de moyens” pour les sauvetages et mis en avant la responsabilité des “organisations criminelles” de passeurs, ainsi que le manque de coordination entre l’Espagne et le Maroc en raison de leur brouille diplomatique.

Cette crise, provoquée par l’accueil en Espagne pour des raisons médicales du chef des indépendantistes du Sahara occidental, avait entraîné l’arrivée de plus de 10 000 migrants mi-mai dans l’enclave espagnole de Ceuta, à la faveur d’un relâchement des contrôles par Rabat.

Au moins 37 385 migrants sont arrivés sur les côtes espagnoles en 2021, selon les derniers chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur. L’Espagne demeure l’une des principales portes d’entrée des migrants clandestins en Europe.


 Annaba: Des proches de 13 harraga disparus bloquent les RN16 et 44

Plusieurs dizaines de manifestants ont empêché, avant-hier après-midi, la circulation automobile au rond-point de Sidi Brahim, à la sortie sud de la ville d’Annaba, pour exiger des autorités locales qu’elles entreprennent des recherches pour retrouver 13 harraga disparus en mer, depuis 4 jours.

Les protestataires, des adolescents en majeure partie, ont dressé des barrages au moyen de troncs d’arbres, de blocs de pierre et de pneus enflammés, paralysant le trafic routier sur cet axe routier névralgique.

Devant cette situation chaotique, les automobilistes devant emprunter les Routes nationales 16 et 44 menant respectivement vers Souk-Ahras, Skikda et Constantine, ainsi que ceux qui souhaitaient se rendre dans les quartiers de la Plaine-Ouest se sont retrouvés bloqués de longues heures durant.

Certains ont dû rebrousser chemin, quand ils en ont eu la possibilité, et fait un long détour à partir du centre-ville, afin d’éviter d’être pris dans l’embouteillage inextricable provoqué.

Des témoins affirment que des énergumènes ont profité de la situation en se faufilant entre les files de voitures pour racketter les conducteurs et leurs passagers, dont certains ont réagi avec violence aux menaces de leurs agresseurs, à hauteur du boulevard de l’Afrique notamment, où des rixes ont été signalées.

Nous apprenons, par ailleurs, qu’aux environs de 14h, d’autres protestataires se sont rassemblés devant la caserne du groupement des gardes-côtes, où un important dispositif sécuritaire a été mis en place, afin d’éviter tout débordement.

N’ayant pu obtenir la moindre information sur l’embarcation disparue avec à son bord 13 personnes toutes originaires de la cité du 11-Décembre-1960 et de la commune de Sidi Amar, les membres des familles des harraga ont rejoint à leur tour le rond-point de Sidi Brahim vers 16h. Des sources sécuritaires affirment que la manifestation a pris fin vers 19h.
 
A. ALLIA


13 Algériens morts ou portés disparus au large d’Almeria

Terrible début d’année pour les harraga

Liberté, 4 janvier 2022

De nombreuses embarcations transportant des migrants clandestins, notamment des Algériens, ont  été  secourues ces derniers jours par les gardes-côtes espagnols qui ont pu en sauver certains.

Depuis dimanche soir, 13 Algériens sont morts noyés ou portés disparus, selon la page Facebook de Francisco José Clemente Martin, du Centre international pour l’identification de migrants disparus (CIPIMD). Il parle d’”énorme tragédie à Almeria” en évoquant le naufrage de deux embarcations transportant 17 et 12 passagers chacune.

Selon le témoignage des survivants qu’il a pu recueillir, le drame se serait produit lorsque les deux bateaux ont coulé au même moment, probablement à cause d’un télescopage. Les survivants, dont une femme, avaient besoin d’une assistance médicale et psychologique, écrit-il encore, indiquant que les opérations de secours et de recherches se poursuivent.

La même source rapporte également le naufrage, dans les eaux internationales, “à plus de 80 km de Cabo de Gata, à Almeria” d’une patère transportant 12 harraga. Six d’entre eux ont pu être sauvés par un hélicoptère du sauvetage maritime alors que les autres sont portés disparus.

Les survivants, souffrant d’hypothermie moyenne et grave, ont été transférés à l’hôpital de Torrecardenas, à Almeria. Si Francisco José Clemente Martin a constaté que le flux des arrivées de harraga n’a pas tari, il faut dire qu’ils ont saisi l’occasion des fêtes de fin d’année pour multiplier les traversées.

Ainsi, en l’espace de deux jours, plus de 370 migrants ont été interceptés par les gardes-côtes espagnols ou secourus par les services maritimes des provinces côtières, dont une majorité de nationalité algérienne. Parmi eux, on compte 22 femmes, 10 enfants, 1 Syrien, 7 Subsahariens et 1 Marocain.

Le service maritime de Carthagène a secouru un bateau avec à son bord une vingtaine de passagers, dont deux femmes et trois enfants. Ils ont été transportés jusqu’au port d’Escombreras, à Carthagène.

Son homologue d’Almeria a porté assistance, quant à lui, à une embarcation transportant neuf Algériens après qu’ils ont dérivé à 17 milles de San José, un village et un port de pêche au centre du parc naturel de Cabo de Gata, dans la province d’Almeria.

25 autres Algériens ont été secourus par le sauvetage maritime de la garde civile des îles Baléares, qui ont également porté secours à deux embarcations transportant 21 harraga. 66 personnes, à bord de six bateaux, ont aussi été secourues par les services maritimes de la garde civile de Carthagène-Murcie.

Un jour plus tôt, la garde civile de Garrucha, commune de la province d’Almeria, a transféré huit personnes, dont deux femmes, jusqu’au port de la ville andalouse. Les mêmes services avaient intercepté, quelques heures plus tôt, trois migrants algériens à bord d’un scooter des mers.

Si la plupart des traversées finissent sur la terre ferme, ils sont nombreux à avoir laissé la vie dans les eaux de la Méditerranée, repêchés noyés ou portés disparus jusqu’à l’heure actuelle.

Pour preuve, les réseaux sociaux qui regorgent de ces avis de disparition postés par les familles ou les amis de ces harraga dont on est toujours sans nouvelle.

Des photos de cadavres rejetés par les vagues sont également publiées presque chaque jour sur Facebook pour être éventuellement identifiés par les leurs. Un terrible album de morts qui doit interpeller les consciences politiques et provoquer une réaction en chaîne pour que cesse ce massacre.
 

SAÏD OUSSAD

 SKIKDA
Huit harraga disparus en mer et trois corps repêchés
© D. R.

■ Au moins trois  corps  ont  été  repêchés  hier matin par les services de la Protection civile, aidés  par  les gardes-côtes, alors  que huit autres harraga étaient encore portés disparus, après le naufrage de leur barque à Ras Khres, à Skikda, ont indiqué des sources locales.

Trois autres personnes ont pu être secourues, selon les mêmes sources. Les victimes étaient parties de la plage de Ben Zouit, dans la commune de Kerkera, à l’ouest de la ville de Skikda, à bord d’un petit bateau de pêche.

L’on ignore encore les circonstances dans lesquelles a eu lieu ce terrible drame. Les recherches se poursuivent pour tenter de retrouver les autres harraga.
 

L. M.