La banque mondiale évalue la santé économique de l’algérie: Forces et faiblesses

Liberté, 29 décembre 2021

Dans un rapport de suivi de la situation économique en Algérie, la Banque mondiale estime que “le rebond de la production des hydrocarbures masque une reprise économique fragile”. Sur le volet social, le rapport redoute une “inflation croissante qui risque de détériorer les conditions de vie”.

Dans son dernier rapport, la Banque mondiale a largement évoqué l’évolution de l’inflation en Algérie, soulignant qu’elle s’est “nettement accélérée en 2021”, affectant les ménages “vulnérables de façon disproportionnée”, et qu’elle “restera élevée”, les mois à venir. L’institution multilatérale a expliqué qu’une “récolte décevante”, les efforts de “rationalisation des subventions” et la “dépréciation” de la monnaie nationale contribuent à une “hausse marquée” de l’inflation. En octobre 2021, a-t-elle indiqué, l’indice des prix à la consommation avait augmenté de “9,2 %”, en glissement annuel, un “sommet depuis 2012”. Elle a également mis en exergue le fait que la “sécheresse précoce”, qui a “freiné” la production agricole, et les efforts de “rationalisation” de subventions alimentaires et des importations aient contribué à une augmentation “rapide” des prix des produits alimentaires frais et industriels “(+16,5 % et +12,3 %)” en glissement annuel, respectivement.

Dans le même temps, relèvent les experts de la Banque mondiale, les prix des produits importés et des biens manufacturés ont “continué de grimper à un rythme élevé et accéléré”, alimentés par une “dépréciation soutenue du taux de change”. En raison de la “forte hausse” de l’inflation alimentaire, ajoutent-ils, le pouvoir d’achat du segment le plus vulnérable de la population a été “disproportionnellement” affecté en 2021, compte tenu du poids majeur des produits alimentaires dans son panier de consommation.

Les indications chiffrées établies par la Banque mondiale ne s’éloignent pas beaucoup de celles fournies la semaine dernière par le gouverneur de la Banque d’Algérie, Rostom Fadhli. Ce dernier avait déclaré que l’inflation globale dans le pays s’est “accélérée de près de 6%”, en une année pour atteindre un niveau alarmant de plus de “9,2%” au mois d’octobre 2021. Elle a fait un bond de “5,96 points” en une année, avait-il révélé. Cette évolution reflète, avait-il expliqué, la “forte hausse des prix” des biens alimentaires, passant de “1,8% en octobre 2020 à 14,4% en octobre 2021”. Cela est en lien avec la forte croissance des prix des produits agricoles frais qui ont marqué une évolution de “16,5%” en octobre 2021, contre “1,9%” le même mois de l’année passée, a encore indiqué le gouverneur, pour qui, cette inflation n’est pas d’origine “monétaire”.

Chiffres contrastés
Dans ce chapitre, certains chiffres sont relativement bons. D’autres le sont beaucoup moins. Ainsi, est-il mentionné, dans ce rapport, l’indicateur de la pauvreté multidimensionnelle a “baissé” en Algérie entre 2013 et 2019 (dernières données disponibles), indiquant des “améliorations” sur toutes les dimensions qui composent cet indicateur unique du bien-être des Algériens : résultats en éducation, santé et conditions de vie. Le document souligne cependant : “Si l’Algérie s’en sort relativement bien au sein de la région Mena, et malgré des améliorations notables, de grandes lacunes subsistent et la pauvreté multidimensionnelle varie considérablement d’une région à l’autre et entre les zones rurales et urbaines.” Et d’expliquer que le “Nord et le Nord-Est sont confrontés à des niveaux de privation plus faibles qu’ailleurs, tandis que la région des Hauts-Plateaux Centre affiche des niveaux plus élevés”.

Néanmoins, est-il noté dans ce rapport, les régions les “plus pauvres” ont connu une “amélioration plus rapide” entre 2013 et 2019, montrant une “convergence modérée” avec les régions les plus aisées. En parallèle, y est-il ajouté, “la santé et l’éducation” sont devenues des “dimensions de plus en plus importantes de la privation”, mettant en évidence “les priorités politiques en vue du développement humain” du pays. En termes chiffrés, le taux de pauvreté “multidimensionnelle” en Algérie est passé de “2,1 à 1,4%” entre 2013 et 2019. L’indicateur de la pauvreté multidimensionnelle (IPM) est une approche non monétaire permettant de mesurer le niveau de privation en se concentrant sur trois grandes dimensions : “La santé, l’éducation et les conditions de vie.” Celles-ci sont agrégées dans un indicateur unique variant de 0 à 100, où 100 représente le dénuement le plus total. Une personne est considérée comme “multidimensionnellement pauvre” si son niveau de privation dépasse 33.

Les personnes dont l’indicateur va de 20 à 33 sont considérées comme vulnérables à la pauvreté multidimensionnelle. Selon la Banque mondiale, la baisse de l’IPM s’explique par “l’amélioration de la santé, de l’éducation et des conditions de vie de la population”. Le pourcentage de personnes vulnérables à la pauvreté multidimensionnelle a, lui aussi, baissé de “5,8 à 3,6%”. Le taux de pauvreté multidimensionnelle de l’Algérie — 1,4% — est “meilleur” que celui de “ses voisins régionaux, l’Égypte (5,2%), l’Irak (8,6%) et le Maroc (6,1%)”, mais “plus bas” que le taux de pauvreté comparativement faible de la “Tunisie (0,8%)”.

Youcef Salami